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Agnès Marin

Massacre de la jeune Agnès Marin : l’Etat condamné pour « faute lourde »

Souvenez-vous, c’était en novembre 2011. La France, horrifiée, découvrait le martyre d’Agnès Marin, une jeune fille de 13 ans, élève au collège-lycée Cévenol du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire), violée, poignardée à 17 reprises et finalement brûlée par un autre élève de l’établissement.

Comble de l’abomination et du scandale, les Français apprenaient dans la foulée que le coupable, âgé de 17 ans et toxicomane, avait déjà effectué, un an auparavant, quatre mois de détention provisoire pour le viol (avoué), sous la menace d’une arme, d’une autre jeune fille dans le Gard.

Remis malgré tout en liberté par le juge d’instruction, avant même que les conclusions de l’enquête socio-éducative et de l’expertise psychiatrique ne soient connues, le meurtrier avait été envoyé dans cet internat mixte, où il devait normalement être soumis à « un contrôle judiciaire strict ». Ce qui ne l’avait pas empêché de passer devant un conseil de discipline au mois de juin précédent pour des « comportements déplacés » à l’égard de plusieurs jeunes filles de l’établissement…

Un laxisme impardonnable qui avait poussé les parents d’Agnès, au lendemain du massacre de leur enfant, à engager des poursuites contre l’Etat. Or, dans sa décision rendue le 24 avril dernier, mais révélée seulement mercredi, le tribunal de grande instance de Paris a reconnu que l’Etat avait commis des « négligences fautives » dans le suivi du meurtrier. Soulignant notamment que le juge d’instruction n’avait pas demandé l’avis de la Protection judiciaire de la jeunesse avant de libérer le meurtrier et n’avait pas non plus attendu le rapport de l’expert psychiatre, pointant pourtant les « traits pervers très actifs et effrayants » du coupable, le tribunal a conclu que

« ces négligences fautives […] doivent être assimilées à une faute lourde de l’Etat qui a pu favoriser le passage à l’acte du 16 novembre 2011 » et condamné celui-ci à verser 185 000 euros de dommages et intérêts à la famille de la victime.

Cependant, plus que de prétendues « réparations », ce que souhaitait surtout la famille d’Agnès, c’était que l’Etat mette fin au laxisme judiciaire qui sévit depuis des années dans notre pays. Or, pour cela, peut-être serait-il temps de rendre les magistrats pénalement responsables de leurs décisions.

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 5 mai 2017