« Dix petits nègres », despotisme de la bêtise, par Maxime Tandonnet

Les dix petits nègres d’Agatha Christie sont débaptisés et deviennent « Ils étaient dix ». Pourquoi? Leur titre était supposé offensant au regard de l’antiracisme. De prime abord, cette décision prête à rire tant elle ruisselle de bêtise. Le titre d’une oeuvre s’attache à une époque. Le juger au regard des valeurs et de la sensibilité dominante, presque un siècle plus tard, est le sommet de l’aberration. Le titre est le nom d’une oeuvre, son identité, son essence même.

Le modifier transforme cette oeuvre. Les valeurs dominantes d’aujourd’hui justifieraient donc de modifier la nature même d’un livre considéré comme un chef d’oeuvre qui date de 80 ans. De quoi est faite l’idéologie dominante aujourd’hui? antiracisme, communautarisme, rejet des nations et des frontières, ultra-féminisme ou théorie du genre, indigénisme, nivellement et puritanisme. En suivant la même pente, les deux tiers de la littérature occidentale deviennent suspects.

Il faudra brûler par exemple la chanson de Roland (racisme anti-Maure), Shakespeare (racisme) “Dites encore une fois dans Alep, un méchant Turc frappant un Vénitien et insultant la République, je pris à la gorge ce chien (Othello)” … Montaigne, Chateaubriand, Kipling (colonialisme), Molière (sexisme – les femmes savantes, quelle horreur!),Voltaire, Balzac, Flaubert, Maupassant (sexisme), Nietzsche (sexisme, racisme anti-germanique), Barrès, Péguy (nationalisme). Nous sommes là au corps de la logique totalitaire: détruire le passé, la culture, l’intelligence, pour engendrer un « homme neuf », apuré de toute culture, dès lors indéfiniment manipulable et servile. Changer le titre d’une oeuvre historique célèbre, brûler les livres ou saccager les statues sont des gestes de la même nature. Je ne dis pas que c’est la même chose, mais que la logique qui la sous-tend est exactement la même.

Les systèmes totalitaires de l’histoire, tortionnaires de la loi des Suspects et de la Terreur, l’URSS de Lénine, Trotski et Staline, l’Allemagne hitlérienne et l’Italie fasciste, la Chine de Mao et le Cambodge de Pol Pot, plus près de nous les djihadistes de daesh, avaient à coeur d’éradiquer le passé, l’histoire et la culture pour préparer cet avènement de l’homme neuf. La même logique de la table rase est en ce moment à l’oeuvre dans le monde occidental où elle fait rage sous d’autres formes, moins sanguinaires en apparence, beaucoup plus subreptices et hypocrites, mais tout aussi perverses.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet

Camille Galic : “C’est après être devenue directeur de Rivarol que j’ai vraiment approfondi l’œuvre d’Agatha Christie”.

Camille Galic : "C’est après être devenue directeur de Rivarol que j’ai vraiment approfondi l’œuvre d'Agatha Christie".

08/01/2014 – 18h00
PARIS (NOVOpress) –
Directrice de l’hebdomadaire Rivarol et du mensuel Ecrits de Paris de 1983 à 2010, Camille Galic est une figure incontournable du journalisme de dissidence et de ré-information. Elle nous propose, dans l’esprit de la collection Qui suis-je ?, une biographie brève mais d’une grande précision, qui dénote une connaissance approfondie et une fréquentation amoureuse de l’œuvre de « l’Impératrice du crime ». Le lecteur fidèle des enquêtes d’Hercule Poirot ou de Miss Marple y trouvera son miel à l’égal du novice, tous deux étonnés de nombreux aspects méconnus de la personnalité de Christie ou des nombreux rebondissements de sa propre existence. Un livre à mettre dans toutes les mains, sans risque de déception, pour découvrir ou mieux connaître Dame Agatha aux 4 milliards de volumes vendus.

Nous vous connaissions fine analyste de la vie politique et médiatique – notamment avec la publication récente de votre essai Les médias en servitude, signé Claude Lorne, sous l’égide de la Fondation Polémia – nous avons désormais le plaisir de découvrir votre veine de biographe; pourquoi débuter avec Agatha Christie ? Dans quelles circonstances avez-vous rencontré son œuvre ?

Qui suis-je ? Agatha Christie par Camille Galic
Qui suis-je ? Agatha Christie par Camille Galic

Camille Galic : Tout simplement parce que je la fréquente depuis longtemps. Fillette, j’avais fait sa connaissance à travers deux romans, L’Homme au complet marron et Rendez-vous avec la mort qui m’avaient fait découvrir de grands espaces, l’Afrique australe pour le premier, la Jordanie pour le second. Je me suis ensuite aperçue que ses livres ancrés dans le terroir anglais étaient tout aussi « exotiques ».

Mais, curieusement, c’est après être devenue directeur de Rivarol que j’ai vraiment approfondi l’œuvre de Christie. A l’époque, j’étais la seule permanente de la rédaction avec mon amie Renée Versais, qui ne venait toutefois qu’à mi-temps, et les journées étaient très longues. Lorsque je rentrais chez moi le soir, il était plus de neuf heures et je devais encore lire les quotidiens, unique forme d’information pour nous, trop pauvres pour avoir l’AFP. Du coup, quand venait l’heure du coucher, je restais obsédée par l’actualité. Il fallait décompresser. Ma mère me conseilla Agatha Christie comme sédatif, mais cela ne marchait pas à tous les coups. J’ai donc racheté ses romans en anglais et l’univers christien, comme le passage à une autre langue, constituèrent un sas idéal vers le sommeil — que je continue à pratiquer, avec d’autres auteurs. Mais c’est là, aussi, que j’ai commencé à souligner certaines de ses réflexions, très justes et souvent iconoclastes, sur les races et la société contemporaine. Cette vieille dame si digne pouvait-elle donc être indigne ?

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