Afghanistan : l’insurrection qui vient (première partie) – Par Gilles-Emmanuel Jacquet

Afghanistan : l’insurrection qui vient (première partie) - Par Gilles-Emmanuel Jacquet

Ci-dessus : Patrouille américaine.

Le retrait des troupes de l’ISAF [en français, Force internationale d’assistance et de sécurité, FIAS] et ses conséquences telles que le transfert complet des responsabilités en matière de sécurité aux forces afghanes, la situation sécuritaire, politique et sociale du pays, la corruption endémique ainsi qu’une présence sans cesse réaffirmée des Talibans laissent entrevoir un avenir sombre pour l’Afghanistan.

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[Lu sur le net] Le Conseil de Paris refuse de “dédier un espace public” aux militaires français tués en Afghanistan

À lire sur "Secret défense" : Le Conseil de Paris refuse de "dédier un espace public" aux militaires français tués en Afghanistan

Extrait
Sylvain Garel, Conseiller de Paris, co-président du groupe Europe Écologie Les Verts au Conseil de Paris :

“(…) Je pense que si on devait construire des monuments, il faudrait aussi penser à ces 120.000 personnes, qui pour la plupart n’avaient rien demandé et qui ont été tuées à cause d’une guerre que nous avons déclarée à leur pays”.

Voilà que nous aurions déclaré la guerre à l’Afghanistan… et que la mort des soldats n’est “bien triste” que pour “eux et leurs familles”… mais pas pour les élus écologistes manifestement. Sylvain Garel, co-président du groupe Europe Écologie Les Verts, n’en est pas à son premier coup d’essai en matière d’antimilitarisme (…)

Lire l’intégralité de cet article sur le blog “Secret défense

Crédit photo : EELV Paris

Lundi 1er octobre : collecte de sang au profit des forces armées à Paris

Lundi 1er octobre : collecte de sang au profit des forces armées à Paris

“Pour répondre aux besoin des forces engagées en OPEX et des 4 hôpitaux militaires rattachés, le centre de transfusion sanguine des armées doit collecter 400 poches de sang par semaine.” Lundi 1er octobre se tiendra à Paris, à l’Hôtel National des Invalides, une collecte de sang au profit des forces armées françaises.

Afghanistan : vidéo choc d’un soldat américain blessé en plein combat

Afghanistan : vidéo choc d'un soldat américain blessé en plein combat

26/09/2012 – 21h10
PARIS (NOVOpress) —
Cette vidéo très récente a été prise lors de combats qui se sont déroulés dans la province de Kunar, en Afghanistan, à l’occasion d’une mission de reconnaissance d’une patrouille américaine. À partir de 1 minute, les balles commencent à ricocher autour du soldat. Dans les secondes qui suivent, il sera touché pas moins de 4 fois, une balle allant même se loger dans le tube lance grenades de son fusil. La caméra, fixée au casque, donne un aperçu très subjectif du combat. Vidéo tirée de funker530.prochan.com

Mohamed Merah, homme seul ou réseau ?

Mohamed Merah, homme seul ou réseau ?

19/04/2012 – 08h00
PARIS (NOVOpress) — Où est passée l’affaire Merah ? Si l’on sait bien que le temps médiatique et le temps politique ne coïncident pas toujours, il est effarant de voir qu’une des plus graves affaires de terrorisme sur le sol français de ces dernières années a totalement disparu de la campagne présidentielle. Et ce juste au moment où des questions intéressantes commençaient à être soulevées sur les relations de Mohamed Merah et de la DCRI. Incompétence ? Instrumentalisation ? Dans les deux cas, si la réponse est oui, l’on se demande comment une question aussi grave peut disparaître sans remous des radars médiatiques…

Les premiers à lancer la charge vont être les parents de Mohamed Merah qui affirment que leur fils a agit sur ordre des services français et a été exécuté dans la foulée, pour ne pas « parler ». Aucun indice ne vient étayer cette thèse pour le moment. On sort un témoin « anonyme » du chapeau qui affirme que Mohamed Merah aurait été abattu dès le début du siège. On ne sait pas qui est ce témoin, et personne d’autre n’a rien vu. Mais comme il faut, dans ce camp là, accréditer à tout prix la thèse de « l’assassinat » de Merah par les forces de l’ordre, on brode sur le nombre de cartouches tirées lors de l’assaut (environ 300). L’on feint de s’étonner d’autant de balles pour tuer un homme. Sauf que, pour commencer, l’homme en question a défendu chèrement sa peau ; ensuite, que les forces de l’ordre avaient pour consigne prioritaire de ne pas le tuer justement, ce qui rallonge de fait la durée de l’assaut. Tout ceci est un peu contradictoire : si il a été abattu délibérément c’est soit au moment de l’assaut, soit avant, mais pas les deux… En l’état, tout ceci ne prouve rien.

Les relations de Mohamed Merah avec la DCRI

Le vrai point douteux de cette affaire est dans la deuxième hypothèse : les relations de Mohamed Merah avec la DCRI. Ce qui a éveillé les soupçons, c’est, pendant le siège, le souhait de Merah de s’épancher auprès d’un officier de la DCRI qu’il connaissait. Ce qui, en soi, contrairement aux élucubrations que l’on a pu lire dans la presse ici ou là, n’est pas nécessairement suspect. Les officiers ont leurs sources comme les flics ont leurs indics. Le travail de police et de renseignement passe par l’humain pour être efficace, ce n’est pas juste de la gestion de bases de données magiques comme dans les séries américaines. Après, le renseignement humain a des failles si l’on ne fait pas le travail nécessaire de vérification. Ce qui semble s’être produit ici, on va le voir.

Mohamed Merah rencontre l’officier Hassan (pseudo) de la DCRI après son séjour en Afghanistan. Presque un an après. Il est à l’époque signalé par les services extérieurs qui le trouvent suspect. La DCRI affirme avoir mené une enquête sur lui après son voyage (Egypte, Turquie, Syrie, Liban, Jordanie, Tadjikistan, Afghanistan) et n’a rien trouvé de probant. Elle veut néanmoins lui poser quelques questions. Au moment de sa convocation, il est alors au Pakistan. Une fois rentré, il va répondre aux questions. C’est là qu’il affirme avoir fait du tourisme en Afghanistan (!!). Ce qui visiblement ne met pas la puce à l’oreille de l’officier Hassan. Personne ne lui demande ce qu’il faisait au Pakistan non plus… À ce stade il est un peu hâtif d’affirmer comme certains, que cela prouve que Mohamed Merah était un agent de la DCRI. Il est en revanche légitime de s’interroger sur les compétences de la DCRI, dont on le rappelle, la lutte contre le terrorisme islamiste est la mission prioritaire.

Dès le lendemain de l’assaut du Raid, Bernard Squarcini, le patron de la DCRI, s’invite pour une interview dans Le Monde pour déminer les soupçons. Il ne nie pas que Mohamed Merah était plus ou moins repéré par ses services. Sa ligne de défense va être la suivante : Mohamed Merah était un « loup solitaire », il n’était pas membre d’un réseau. Or, les services de lutte anti-terroriste français ne sont pas organisés pour répondre à ce type de menace. Un homme seul est difficilement détectable en l’état, si l’on n’a pas d’élément à charge contre lui. Les services sont formés pour repérer et démanteler des réseaux. Voilà. Fermez le ban. A partir de là toute la presse va reprendre à qui mieux mieux, l’hypothèse de « l’homme seul » qui dédouane les services…

Le hic, c’est que le jour même un groupe djihadiste « les soldats du califat » revendique au nom d’Al-Qaida les attaques de Toulouse. Bien évidemment tout ceci va être balayé d’un revers de main par la DCRI et les experts médiatiques en terrorisme. On va nous dire que Al-Qaida revendique toujours les actions qui vont dans son sens, même quand cela ne la concerne en rien. Mohamed Merah serait donc un homme seul…

Un homme seul ?

Une semaine plus tard, sur les mêmes forums djihadistes, un deuxième communiqué apparaît (“Yusef al-Faransi (Muhammad Merah) As I Knew Him” – al-qimmah.net/showthread.php?p=53163). Il va être beaucoup moins médiatisé. La DGSE, elle, estime le message crédible. Que dit-il en substance ? L’auteur est un membre des « soldats du califat » qui aurait rencontré Mohamed Merah dans un camp d’entraînement. Il ne précise pas si c’est en Afghanistan ou au Pakistan. En revanche, il explique qu’au départ il avait été demandé à Mohamed Merah de commettre un attentat-suicide en France, et celui-ci semble avoir changé de plan d’action une fois rentré. Pour la non-appartenance au réseau, on repassera.

Djihadistes à l'entraînement en Afghanistan, vidéo de 2011
Djihadistes à l'entraînement en Afghanistan, vidéo de 2011 (capture d'écran)

D’autres indices vont montrer sinon l’appartenance, du moins le proximité réelle de Mohamed Merah avec des réseaux djihadistes. Revenons un petit peu en arrière. Début 2007, un jeune homme est arrêté en Syrie, il voulait aller jouer les kamikazes en Irak. Il est cueilli à sa descente d’avion par la DGSE, qui va dès le lendemain démanteler un gros réseau ariégeois et toulousain d’exportation de djihadistes vers l’Irak. Le groupe était alors sous la surveillance de tous les services, DGSE, RG, SDAT. Le jeune homme en question se nomme Sabri Essid. Il n’est autre que le… beau-frère de Mohamed Merah (le fils du deuxième mari de sa mère).

Son propre frère, Abdelkader, est lui aussi soupçonné de participer au réseau. Il serait le maître d’œuvre de la partie entraînement de la filière en Égypte, où il a de nombreux contacts. Égypte, Syrie… Cela ressemble beaucoup au parcours du premier voyage de Mohamed Merah qui se terminera en Afghanistan. Mieux : en 2008, qui va voir régulièrement en prison, Sabri Essid ? Mohamed Merah lui-même. Mais personne ne se pose de question à l’époque sur l’extension de la petite entreprise terroriste au reste de la famille.

Il faut dire que c’est à la même époque que la fusion DST/RG se produit pour créer la DCRI. De fait la DGSE, pourtant rudement efficace pour le démantèlement du premier réseau va se retrouver hors-jeu. Squarcini récupère alors l’entière responsabilité pour la DCRI de la surveillance des réseaux terroristes sur le sol français. Avec la belle efficacité que l’on voit. Il faut dire qu’à ce moment là, la DCRI est plus préoccupée par le groupe de Tarnac que par la poursuite des investigations à Toulouse…

Au vu de l’incompétence des services sur le dossier, on peut légitimement douter du bien-fondé de la fusion DST-RG et du mode de fonctionnement opérationnel de la DCRI. Ce qui explique les prises de position immédiate de Squarcini visant à nous faire avaler la thèse de l’homme seul. Circulez. Il n’y a rien à voir. On vous protège…

Spoutnik, pour Novopress

La guerre au XXIe siècle

La guerre au XXIe siècle

[box] La présente contribution vise à dresser un panorama d’ensemble de la problématique du conflit en ce début du XXIe siècle. Le domaine militaire comme d’autres domaines de la vie sociale a été profondément affecté par les bouleversements intervenus à la fin du XXe siècle : « mondialisation », révolution de l’information, mutation dans les rapports de puissance. De tout temps, l’art de la guerre a été marqué par des transformations profondes, inspirant la réflexion de grands théoriciens. Par les quelques explications suivantes, qui se réfèrent à différentes études publiées, l’auteur de ces lignes souhaite apporter certains éclaircissements pour une meilleure compréhension du phénomène de la guerre dans ses formes actuelles. [/box]

Le conflit asymétrique et la mise en cause de la RMA

Les revers subis par les forces Américaines et leurs alliées sur les deux théâtres où elles furent engagées mais aussi les mécomptes de l’armée Israélienne lors de son offensive en juillet 2006 contre le Hezbollah ont généré de larges développements sur l’asymétrie allant au-delà du strict aspect militaire.

Contestant le dogme d’une primauté de la technologie comme assurance de la victoire, des experts avisés ont ouvert la réflexion, appréhendant le conflit aussi bien dans sa conduite qu’au travers des facteurs politique, sociologique, économique qui pèsent de manière déterminante sur cette conduite.

Bernard Bradie, cité par Cyrille Caron, constate dans un entretien au Monde du 25 août 2007 que : « L’essentiel de la violence internationale ne repose plus aujourd’hui sur l’emploi des forces conventionnelles, mais sur l’expression plus ou moins coordonnée, plus ou moins organisée de violences sociales de toute nature…. On comprendra que la menace se déplace des Etats vers les sociétés».

L’observation est importante puisque de nos jours les guerres opposent rarement des Etats entre eux, dans un affrontement direct, mais des organisations non étatiques à des Etats ou ces organisations entre elles. Ainsi, le conflit, comme acte de belligérance, a basculé dans des tournures multiples où la notion de bataille a disparu et où l’usure par la durée a pris une place déterminante (21).

Depuis plus de cinquante ans, dans un contexte d’affranchissement envers les puissances dominantes et d’altération d’un modèle de l’Etat propre à la pensée occidentale, la violence guerrière a pour expression marquante ces luttes où « l’insurgé », le « rebelle », le « terroriste », « le milicien », usent de moyens bien éloignés des principes westphaliens du droit des gens pour défaire plus politiquement que militairement l’adversaire. Parmi les premiers à appréhender ces guerres subversives et à définir, de manière différente, les moyens d’y faire face figurent David Galula (22) et Roger Trinquier (23). Galula, officier français, qui vécut et mourut dans l’ombre, est considéré comme l’un des meilleurs théoriciens de la contre-insurrection, auteur de Contre-insurrection : Théorie et pratique, auquel des généraux américains se référèrent face à leurs déboires irakiens et afghans.

Ces dernières années, nombreuses furent les études sur ces conflits asymétriques, forme de la guerre subversive, pour lesquels la « solution politique » est le substitut à la victoire militaire. Vincent Desportes remarque que « les vulnérabilités politiques étant devenues l’un des facteurs essentiels de la faiblesse des forts, les restrictions à l’utilisation de notre puissance de destruction vont croissant » (24). En se référant à son analyse, il est possible de mettre en exergue au moins quatre éléments qui distinguent, d’un point de vue politique, les situations respectives des belligérants. Il s’agit du temps, des enjeux, des pertes et de l’attitude des opinions publiques. Ces facteurs sont, bien évidemment, liés.

D’abord, les conflits dits asymétriques s’inscrivent dans la longue durée, perçue, du côté occidental, comme un enlisement, éloignant pour « l’insurgé » la perspective d’une défaite. En termes d’enjeux, le Général Vincent Desportes souligne que « lorsque les intérêts sont élevés, le fort peut adopter un comportement dur facilitant sa victoire ; quand la survie n’est pas en cause l’engagement est moins absolu et moins durable ». La perception des intérêts n’est pas la même pour les gouvernants et les experts de l’analyse géopolitique, d’un côté et la société civile, de l’autre. Le rapport à la mort ayant profondément évolué au sein des sociétés occidentales, celles-ci ne supportent plus que des pertes modestes, lesquelles ne touchent que des soldats professionnels (dans les conflits asymétriques, la proportion des pertes humaines entre les deux camps est en moyenne de un à huit (25). De plus, au-delà de l’émotion suscitée, la mort au feu, risque inhérent au combat, est maintenant susceptible de déclencher l’action judicaire par la plainte des familles. Il est difficile, à ce jour d’en mesurer les conséquences, puisque la seule procédure engagée en France n’est qu’à son début (26). Mais la mise en cause du commandement dans la conduite d’une opération militaire qui n’a opposé que des combattants pourrait avoir des répercussions considérables quant aux règles d’engagement et à l’initiative des chefs. Tout cela, bien sûr, forme une opinion publique qui appréhende les évènements au travers du regard médiatique et du pouvoir de l’image. La brutalité n’étant plus « politiquement correcte », « la coercition n’est plus durablement utilisable en contre-insurrection ». Mais les limites ne valent que pour l’un des camps, elles ne contraignent que le « fort ».

Soumises à l’astreinte politique, les armées occidentales si elles détiennent une suprématie dans le domaine de la technologie, elles n’en présentent pas moins un niveau de vulnérabilité par rapport à celle-ci. Les dernières innovations civiles, d’un usage aisé, sont largement diffusées à travers la planète autorisant le développement d’armes artisanales d’une redoutable efficacité (27). En outre, certaines milices et groupes de guérillas sont équipées d’armes performantes en dotation dans les armées les plus modernes. Ce fut le cas, notamment, du Hezbollah face à l’armée Israélienne lors de son offensive de juillet 2006. Ainsi, d’une certaine manière l’avantage technique des armées occidentales est tempéré par de « menus transferts de technologie » qui accroissent le risque et peuvent « les conduire à prendre des mesures de protection sans commune mesure avec la menace réelle ».

Au vu de ces constats, la prééminence de conflits non conventionnels où l’adversaire adopte selon les termes du Général Vincent Desportes « une stratégie de contournement » conduirait à mettre en cause la pertinence de la RMA. Cependant, il faut être attentif au sens donné à celle-ci. Lorsqu’elle est vue comme une transformation totale de la guerre où la technique est en elle-même l’instrument de la victoire, elle ne saurait répondre aux attentes. En revanche, si elle est considérée à sa juste place, c’est-à-dire une disponibilité de l’information pour une aide à la décision, alors elle est susceptible de constituer un atout majeur, sachant que tous les systèmes utiles ne sont pas encore créés.

La guerre probable

Dans le prolongement des réflexions précédentes et en les élargissant, le Général Vincent Desportes a introduit la notion de Guerre probable , titre d’un livre qu’il a publié en 2008. Elle est définie comme « la guerre irrégulière, celle qui se moque de nos meilleures technologies et se conduit, par dessein autant que par nécessité, au cœur de nos sociétés », non plus entre les sociétés. Cette guerre probable, « guerre d’adaptation », se conduit au sein des populations devenues actrices et enjeux majeurs des conflits, ceux-ci relevant alors de l’ordre asymétrique.

Si l’essai du Général Desportes caractérise la guerre probable sous ses différents aspects et qu’il exprime, là encore, une appréciation sur le rôle dévolu à la technologie, allant à l’encontre de la « vraie nature de la guerre », il vaut aussi par ses prémisses. En vertu de « la règle fondamentale du contournement », l’adversaire, altérité, nullement assujettie aux normes édictées par son rival, a la faculté de renverser une situation au moyen d’une « surprise stratégique ». Il est nécessaire de s’y préparer en restant ouvert à toutes les éventualités.

Les guerres nucléaires et les guerres classiques demeurent des possibilités que le maintien d’arsenaux adaptés permet de prévenir. La guerre la plus « probable », celle à conduire « au sein des populations », asymétrique, suppose de développer, en parallèle, les moyens conventionnels correspondants. Mais il ne faut pas exclure « un affrontement du fort au fort » où l’adversaire pour obtenir l’ascendant usera d’une « surprise stratégique (28) », évitant l’action symétrique et tous ses effets de puissance par une réduction des fondements de celle-ci en recourant, par exemple « à des attaques informatiques ou à des armes à impulsion électromagnétique ». Vincent Desportes remarque que cet adversaire « agira de manière préférentielle dans des espaces hors limites ».

La Guerre hors limites (29) est, justement, le titre d’un ouvrage de deux colonels Chinois : Qiao Liang et Wang Xiangsui. Dépassant la notion traditionnelle du combat pour lequel sont développés des « armes de conception nouvelle », ils avancent l’idée de « nouveau concept d’arme ». Elle relève « d’une vision des armes au sens large, qui considère comme armes tous les moyens qui dépassent le domaine militaire mais qui peuvent être utilisés au combat ». « Tout ce qui peut bénéficier à l’humanité peut aussi lui nuire ». La guerre peut alors recouvrir d’autres formes : la guerre commerciale, la guerre financière, la nouvelle guerre terroriste (effraction de réseaux informatiques, par exemple), voire la guerre écologique. L’objectif demeure d’assujettir l’adversaire à sa propre volonté. « Ceux qui sont experts dans l’art de la guerre soumettent l’armée ennemie sans combat… (30)» écrivait Sun Tzu.

Les sociétés militaires privées

Les sociétés militaires privées (ou SMP), phénomène particulièrement étudié en France par Georges-Henri Bricet des Vallons, sont des prestataires de services dans les domaines de la sécurité et de la défense à l’attention des gouvernements mais aussi des organisations internationales, des ONG ou de simples entreprises privées. Elles ont connu une expansion notable depuis le début du siècle avec les interventions américaines en Irak et en Afghanistan.

Le recours au mercenariat n’est pas une pratique nouvelle. Dans l’Antiquité, les Dix Mille, des Grecs (Xenophon, l’Anabase), servirent le Perse, Cyrus le Jeune luttant pour s’emparer du trône de son frère Artaxerxès II. Les Grandes compagnies acquirent une triste célébrité durant la guerre de Cent ans et les condottieres, chefs d’armées de mercenaires, mirent « leur art et leur expérience » au service des Républiques italiennes de la Renaissance. Au début des années soixante après l’indépendance de l’ancien Congo Belge, Moïse Tshombé fit appel à des mercenaires, « les affreux », pour assurer la défense du Katanga en sécession. Il s’agissait encore à cette époque de l’aventure individuelle de « soldats de fortune ».

Sensiblement réduit dans ses effectifs, entièrement composés par des professionnels, l’armée Américaine pour mener ses missions et, particulièrement ses interventions extérieures, en Irak et en Afghanistan a fait largement appel à des sociétés militaires privées (SMP). Si le mercenariat traditionnel n’a pas totalement disparu, il s’y substitue une logique d’entreprise capitaliste où des sociétés privées prennent en charge des fonctions assurées exclusivement, auparavant, par l’armée ou des services de sécurité officiels. Cette politique, qui vise à diminuer les coûts, n’est pas sans rapport avec la conception économique libérale, dominante depuis les années quatre vingt, aux termes de laquelle l’Etat est amené à renoncer à l’exercice direct de prérogatives traditionnels. Ainsi Georges-Henri Bricet des Vallons (31) note : « Hormis les opérations offensives et les structures de dissuasion nucléaire, tous les services militaires sont devenus externalisables ». Pour l’Afghanistan et l’Irak, il précise que les trois-quarts des sociétés ayant obtenu des contrats interviennent dans les domaines de « la sécurité statique, la protection des convois et la sécurité rapprochée ». Il n’empêche que des missions plus sensibles peuvent être dévolues à ces SMP comme l’interrogatoire de prisonniers, le recrutement et la formation de milices (au Kurdistan irakien) ou le repérage de cibles à la frontière du Pakistan.

L’organisation n’est pas sans dérive. En Afghanistan, le recours à des entreprises locales pour assurer la sécurité des convois d’approvisionnement de l’armée américaine aboutit à un financement indirect des « milices talibanes » par le contribuable américain (10% à 20% du montant des contrats conclus, à l’origine, par l’administration américaine avec huit sociétés privées – contrat HNT – seraient ainsi versés à l’insurrection soit des sommes supérieures à celles allouées pendant l’occupation soviétique (32).

Concernant la France, Bricet des Vallons note l’absence d’un « marché des sociétés d’appui stratégique » alors qu’elle est engagée comme les Etats-Unis dans un processus de réduction des effectifs de son armée et que celle-ci ne dispose que de « très faibles capacités de projection ». Le risque, à terme, est d’être obligé, faute de prestataires nationaux, de faire appel à des entreprises anglo-saxonnes. Cette situation tient, pour une grande part, à des réticences face à ce qui est considéré par certains comme une perte de souveraineté.

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« Vers la paix perpétuelle » écrivait Kant en 1795 alors que l’Europe basculait, par le fait de la Révolution française, dans une conflagration générale. Après les deux guerres mondiales et l’issue de la guerre froide, des penseurs comme des responsables politiques, aux Etats-Unis (répondant souvent à des intérêts bien compris) et en Europe (animés par un réel idéalisme), ont imaginé que l’extension de la démocratie et d’un corollaire supposé, l’économie de marché, ouvrait la voie vers la fin des affrontements armés entre les peuples. Certes, aujourd’hui les probabilités de guerres entre les Etats-nations traditionnels paraissent bien éloignées. Au sein des nations occidentales, les populations ne sont aucunement disposées à une telle éventualité ; l’intensification des échanges économiques est la source d’une compétition pas d’une opposition militaire directe ; enfin la dissuasion nucléaire mais aussi celle résultant de l’utilisation de moyens conventionnels de haute technologie rendent abstrait l’acte de belligérance entre grandes puissances. Pour autant, le conflit armé demeure comme mode d’expression des antagonismes ; la violence est l’un des caractères de la nature humaine.

Les armées occidentales, forgées depuis l’Antiquité à la bataille où elles ont dominé, le plus souvent, par leur capacité d’organisation et l’innovation technique, sont maintenant impliquées dans des formes de conflit où la victoire militaire, difficile voire impossible à atteindre n’est pas l’objectif final. Celui-ci est d’ordre politique et il vise à créer ou à restaurer des Etats de droit conformes aux conceptions valant dans nos sociétés. L’adversaire qui évolue « au sein des populations », pouvant recueillir leur appui comme les terroriser, dispose du temps, est peu sensible à ses pertes et profite de la lassitude d’une opinion publique occidentale facilement émue au vu des images offertes par l’univers médiatique. Au-delà de la seule guérilla, phénomène strictement militaire, ces conflits ont une dimension d’ensemble que le concept d’asymétrie permet d’appréhender dans ses différents éléments.

Les Etats-Unis ont cru, un moment, que leur suprématie scientifique et technique leur permettrait de réduire tout adversaire possible. La Révolution dans les affaires militaires a été un échec sous l’angle d’une théorie de la domination absolue. En revanche, les outils qu’elle suppose et qui touchent à la gestion de l’information sont des instruments indispensables dans la conduite des opérations présentes et futures.

La guerre, pour les peuples occidentaux, particulièrement européens, est devenue une perspective éloignée, voire anachronique. Changeant de visage, distante dans l’espace, en dehors des préoccupations de la société, elle est, pour l’essentiel, une affaire de professionnels et d’experts. Seules les images interpellent, le plus souvent pour susciter l’émotion et l’assentiment pour une cause. Pourtant, demeure l’impératif de défendre ses intérêts et ses conceptions, au besoin par la violence armée, dans un monde où de nouvelles forces ont émergé, décidées à s’imposer les unes par rapport aux autres mais aussi à notre détriment.

Dans ce contexte, adapter les doctrines, fournir les moyens militaires correspondants, mais surtout disposer d’une vision politique fondée sur la constance des réalités humaines, tel est l’enjeu.

Michel Leblay

Notes de l’auteur :

(21) La dernière guerre de mouvement classique où les adversaires agissaient dans un rapport équivalent fut probablement celle du Kippour d’octobre 1973. Il y eut aussi la guerre des Malouines, en 1982, où les Britanniques montrèrent une maîtrise exemplaire dans la projection de forces. Les huit années d’hostilités entre l’Irak et l’Iran, marquées par de très lourdes pertes de part et d’autre et l’emploi d’un matériel conséquent, ne donnèrent lieu à aucune percée majeure. Quant aux deux guerres menées contre l’Irak en 1991 et en 2003, elles aboutirent, dans une totale disproportion des forces, pour la première à un cessez le feu rapide, pour la seconde, dans sa phase conventionnelle à un écroulement de l’armée irakienne.
(22) David Galula, saint-cyrien, radié des cadres en 1941 en application du statut des juifs, fut envoyé au Maroc (les officiers juifs étant affectés à l’étranger afin d’être soustraits à la répression de l’occupant). Au sein de l’armée d’Afrique, il participa aux combats de la Libération. Après des séjours en Chine, dans les Balkans, à Hong-Kong, il commanda en Algérie une compagnie d’infanterie de 1956 à 1958 où il appliqua les méthodes de contre-insurrection. Terminant sa carrière avec le grade de Lieutenant- colonel, il enseigna aux Etats-Unis avant de revenir en France où il mourut en 1969.
(23) Le colonel Trinquier a, entre autres, commandé, le 3ème RPC en mai 1958, l’un des trois régiments de la 10ème DP ; il succédait à Marcel Bigeard.
(24) Voir l’article du Général Vincent Desportes – Peut-on encore gagner une guerre ? – Défense & Sécurité Internationale n° 77 octobre 2011.
(25) Idem note 22.
(26) Cette procédure fait suite à l’embuscade d’Uzbin, le 18 août 2008, où un groupe de talibans accrocha une section du 8ème RPIMA, causant la mort de neuf soldats français.
(27) Notamment les engins explosifs improvisés, IED selon l’acronyme anglais.
(28) Pour une analyse critique de la notion de « surprise stratégique », voir l’entretien avec Corentin Brustlein – Défense & Sécurité Internationale n° 79 Mars 2012.
(29) Editions Payot & Rivages
(30) Cité par Vladimir Volkoff dans son roman Le Montage – Editions Julliard 1982.
(31) Voir l’entretien donné au site Theatrum Belli par Georges-Henri Bricet des Vallons à l’occasion de la publication de son livre Irak, terre mercenaire– http://www.theatrum-belli.com/archive/2010/02/07/en-librairie-irak-terre-mercenaire-les-armees-privees-rempla.html
(32) Voir article de Georges-Henri Bricet des Vallons « La paradigme de Watan » publié dans Défense & Sécurité Internationale n° 66 Janvier 2011 – Synthèse de l’article par Michel Leblay Polémia 14 février 2011.

[box class=”info”]  Source : Polémia. [/box]

Crédit photo : U.S. Navy, domaine public.

Afghanistan : nouvelle bavure de l’Otan, 8 adolescents tués

Afghanistan : nouvelle bavure de l’Otan, 8 adolescents tués

15/02/12 – 17h30
KABOUL (NOVOpress)
– La force militaire de l’Otan en Afghanistan a reconnu avoir tué 8 adolescents la semaine dernière au cours d’un bombardement.

Les responsables de l’Otan affirment cependant que ces adolescents étaient « armés » et représentaient donc “une menace” tout en reconnaissant ignorer si les victimes étaient ou non des rebelles talibans.

Une version réfutée par le président afghan Hamid Karzaï et les autorités locales qui crient à la nouvelle bavure, accusant l’Otan d’avoir tué huit adolescents « simplement rassemblés autour d’un feu » dans une zone sans danger pour l’Otan.

Selon Mohammad Tahir Safi, parlementaire et membre d’une délégation afghane dépêchée sur place par Karzaï, les enfants morts avaient entre six et 14 ans, à l’exception de l’un d’entre eux, âgé de 18 à 20 ans.

Crédit photo : The US army via Flickr, licence CC.

Afghanistan : le gouvernement demande à l’Etat-major de ne plus communiquer jusqu’aux élections

Afghanistan : le gouvernement demande à l’Etat-major de ne plus communiquer jusqu’aux élections

23/01/12 – 16h00
PARIS (NOVOpress)
– La mort de quatre nouveaux soldats français assassiné par un Taliban infiltré dans les forces afghanes a ravivé la grogne de certains militaires qui dénoncent des choix tactiques dictés uniquement par des considérations électorales.

Les critiques portent notamment sur les conséquences tactiques découlant de la stratégie du « zéro mort» voulue par Paris depuis l’été dernier afin de pas gêner la campagne électorale de Nicolas Sarkozy.

En effet, depuis, 2011, l’Élysée a demandé aux forces françaises de se replier sur leurs postes et de ne plus entreprendre d’opération d’envergure à l’heure où leur retrait était officiellement annoncé.

« Les hommes contre lesquels nous nous battons sont des guerriers. Si vous vous voulez être craints et respectés par eux, il faut vous battre, prendre l’initiative et sûrement pas rester cloîtré derrière vos sacs de sable » aurait notamment déclaré au journal « France Soir », sous couvert d’anonymat, un officier vétéran des opérations extérieures.

Pour tenter d’étouffer la contestation qui grandit au sein de la « Grande muette, le gouvernement a demandé à l’Etat-major de ne plus communiquer sur l’Afghanistan jusqu’à l’élection présidentielle.

Photo en Une : Kaboul. Crédit photo : Carl Montgomery via Flickr, licence CC.

La France maintiendra sa présence militaire en Afghanistan après 2014

La France maintiendra sa présence militaire en Afghanistan après 2014

02/01/12 – 11h00
PARIS (NOVOpress) – Quelques jours après le décès de deux nouveaux soldats français sur le sol afghan, le ministre de la Défense Gérard Longuet a annoncé que la France maintiendra sa présence militaire en Afghanistan après 2014, date pourtant fixée par le calendrier de l’Otan pour le retrait total des forces combattantes de la coalition.

Cette annonce a été faite à l’issue d’une rencontre avec le ministre tadjik de la Défense, Cherali Khaïroullaïev.

Cent militaires français sont déployés dans l’aéroport de Douchanbe, capitale du Tadjikistan, qui sert de base pour le ravitaillement des troupes opérant en Afghanistan.

Cette annonce du ministre français risque de surprendre et de décevoir aussi bien les civils que les militaires français qui peinent de plus en plus à percevoir le sens de l’engagement dans cette région et les raisons pour lesquelles des soldats continuent à y laisser leur vie.

Crédit photo : UMP/FLickr sous licence creative common

Un soldat afghan tue deux militaires français

29/12/2011 – 23h00
KABOUL (NOVOpress) –
Un sergent et un adjudant de la légion étrangère ont été tués par un soldat de l’armée nationale afghane (ANA). Depuis trois ans, les militaires français contribuent pourtant à la formation des forces afghanes, censées prendre le relais de l’Otan à la fin 2014…

Depuis dix ans, 78 soldats français ont été tués en Afghanistan. 2011 restera l’année la plus meurtrière avec 26 victimes dans les rangs de l’armée française. En juillet dernier, lors d’une visite médiatique à Kaboul, Nicolas Sarkozy déclarait qu’il fallait « savoir finir une guerre »… avec le sang des soldats français pour un conflit étranger aux intérêts de la nation.

Photo : Armée afghane. Crédit photo : DVIDSHUB via Flickr, licence CC.

Pakistan : militaires tués lors d’une attaque de l’OTAN, vives tensions avec les États-Unis [vidéos]

Pakistan : 26 militaires tués lors d'une attaque de l'OTAN, vives tensions avec les États-Unis [vidéo]

Pakistan : militaires tués lors d'une attaque de l'OTAN, vives tensions avec les États-Unis [vidéos]ADDENDUM – 12h00
Des hommes armés ont attaqué ce dimanche matin un camion-citerne de l’OTAN sur le territoire pakistanais et y ont mis le feu, selon l’agence Iranienne de langue anglaise PressTV. Source et crédit photo : PressTV

27/11/2011 – 11h45
PARIS (NOVOpress) —
Une attaque des hélicoptères de l’Otan contre un poste militaire situé au Pakistan a provoqué la mort de militaires pakistanais samedi matin, dont le nombre est estimé entre 23 et 26 selon les sources. Environ 15 autres sont blessés.

Cette bavure, qui intervient 3 jours seulement après la démission de l’ambassadeur pakistanais à Washington Husain Haqqani sur ordre d’Islamabad, aggrave considérablement les relations diplomatiques des États-Unis d’avec le Pakistan.

Le Pakistan a non seulement décidé de bloquer immédiatement les voies d’approvisionnement de l’alliance atlantique sur son territoire mais a également donné l’ordre aux Américains de se retirer dans les 15 jours de la base aérienne de Shamsi, régulièrement utilisée depuis 10 ans comme base de lancement pour les drones de l’OTAN.

Les soldats pakistanais sont enterrés ce dimanche dans un climat de très vives tensions.

L’armée américaine égare des morceaux de ses morts

L’armée américaine égare des morceaux de ses morts

09/11/11 – 17h00
WASHINGTON (NOVOpress)
– C’est une information particulièrement macabre qui a été révélée par un rapport du Pentagone sur la gestion de la morgue par laquelle transitent les corps des militaires américains morts au combat. Des restes humains ont été égarés ou mélangés par l’organisme mortuaire.

L’enquête sur la gestion de la morgue militaire avait été initiée en 2010, suite aux témoignages de plusieurs employés dénonçant de « mauvaises pratiques ».

Depuis 2003, plus 6300 corps de soldats morts en Irak ou en Afghanistan ont transité via cet organisme.

L’enquête avait alors mis à jour une « mauvaise gestion flagrante », ayant entraîné des situations extrêmement déplorables comme la perte de morceaux de corps de soldats morts et mutilés au combat.

Plusieurs responsables de la morgue ont donc été sanctionnés, mais aucun n’a été renvoyé, le rapport estimant qu’ils n’avaient pas agi « délibérément ».

[box class=”info”]Crédit photo : stef_dit_patoc/Flickr sous licence Creative Common[/box]

La drogue afghane contre la Russie : les Etats-Unis en accusation

La drogue afghane contre la Russie : les Etats-Unis en accusation

13/10/2011 – 09h30
KABOUL (NOVOpress) –
La production d’opium en Afghanistan a explosé en 2011 : + 61% par rapport à 2010, selon le rapport annuel sur l’Afghanistan du Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC). Les surfaces cultivées ont également augmenté (+7%) par rapport à 2009 et 2010. Résultat : les revenus des producteurs de pavot ont atteint 10 700 dollars à l’hectare en 2011, un niveau jamais observé depuis 2003.

Lors du forum international “Objectifs du Millénaire pour le développement en Europe orientale et en Asie centrale”, organisé à Moscou en début de semaine, Sergueï Lavrov, ministre russe des Affaires étrangères, a rappelé la nécessité de « lutter contre la drogue afghane à toutes les étapes de sa fabrication, en commençant par la destruction des plantations ». Tout en ajoutant : « Il nous est difficile de comprendre pourquoi nos partenaires américains ne veulent pas que la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan s’en charge ».

Victor Ivanov, lui, tient la réponse. Pour le chef du service fédéral russe anti-drogue, « la production de la drogue, en Afghanistan, a un rapport direct avec la présence des forces étrangères et américaines dans ce pays ». Une partie considérable de la drogue étant acheminée, en contrebande, de l’Afghanistan en Russie, tandis que la plus grande partie de l’héroïne, utilisée, en Russie, est de production afghane.

Ainsi, selon Victor Ivanov , « il est évident que l’augmentation rapide du nombre des morts, chez les jeunes de 15 à 34 ans, en Russie, à cause de l’usage de drogues, coïncide avec le début des opérations militaires des forces étrangères en Afghanistan ». Pendant la guerre du Vietnam, les communistes vietnamiens utilisaient la drogue afin de pourrir la santé des troupes américaines.  Depuis, les Etats-Unis semblent avoir retenu la leçon en retournant cette arme contre la jeunesse russe.

Près de 80 % des Français opposés à la guerre en Afghanistan

Près de 80 % des Français opposés à la guerre en Afghanistan

22/08/11 – 10h30
PARIS (NOVOpress)
– Alors que la liste des soldats français morts au combat en Afghanistan ne cesse de s’allonger, 76% des Français se déclarent opposés à cette intervention militaire et une large majorité d’entre eux souhaite un retrait rapide de ce pays, selon un sondage Ifop.

Les personnes interrogées sont 41% à se dire “plutôt opposées” et 35% “tout à fait opposées” à l’intervention en Afghanistan.

C’est parmi les sympathisants du Front national (88%) et de la gauche (84%) que l’on trouve le plus grand nombre d’opposants à la guerre américaine en Afghanistan, mais même au sein de l’UMP, l’opposition au conflit est majoritaire (54%).

Seuls 38% des personnes interrogées pensent que la présence française a permis de faire progresser l’Afghanistan vers la démocratie, alors que 87% estiment qu’il y a un vrai risque d’enlisement des troupes occidentales.

Rappelons qu’en octobre 2001, au début du déploiement des forces internationales en Afghanistan, 55% des sondés se déclaraient favorables à cette initiative militaire.

Quelque 130 000 soldats étrangers, aux deux tiers américains, sont actuellement déployés au sein de la coalition internationale en Afghanistan sous commandement de l’Otan.

Un lieutenant originaire de Rennes tué en Afghanistan

Un lieutenant originaire de Rennes tué en Afghanistan
Un lieutenant originaire de Rennes tué en Afghanistan. Camille Levrel. DR
Camille Levrel 36 ans, originaire de Rennes, était marié et père de famille. Photo : DR

15/08/2011 – 15h20
RENNES/ROAZHON (NOVOpress Breizh) – « C’est avec une très grande tristesse que le président de la République a appris la mort ce matin d’un lieutenant du 152ème Régiment d’Infanterie de Colmar, en Afghanistan. Au cours d’une mission d’appui à l’armée nationale afghane, en Kapisa, un tir d’insurgé l’a mortellement touché ». C’est par un communiqué de l’Élysée que l’on a appris la mort, hier matin, du lieutenant Camille Levrel, un Rennais de 36 ans. Ce nouveau décès porte à 11 le nombre de soldats français tués en Afghanistan depuis le mois dernier.

Né à Rennes en 1974 Camille Levrel s’était engagé en 1996 en tant que militaire du rang au 1er Régiment d’infanterie de Sarrebourg. Extrêmement motivé et montrant en permanence un sérieux et un grand professionnalisme, il est choisi en 2000 pour suivre la formation de sous-officier à Saint-Maixent. Huit ans plus tard, il présente le concours des officiers d’active des écoles d’armes (OAEA), auquel il est brillamment reçu.

Durant ses 14 années de service, le lieutenant Levrel aura effectué des missions à Mayotte en 1997, en Nouvelle Calédonie en 1999, au Kosovo en 2001, en Afghanistan en 2002 et au Tchad en 2004. En Afghanistan depuis le 31 mai 2011 dans le cadre de l’opération « PAMIR », il a été tué hier matin vers 08H30 (locales) par un tir isolé lors d’une opération de fouilles effectuée au cours d’une mission d’appui à l’armée nationale afghane dans le sud de la Kapisa, au nord-est de Kaboul. Un type d’opération qui « entre dans le cadre de la préparation du transfert aux Afghans de la sécurisation de la zone » selon le porte-parole de l’état-major. Titulaire de la médaille d’or de la Défense nationale, Camille Levrel était marié et père de trois enfants.

Dans son communiqué Nicolas Sarkozy a réaffirmé une fois de plus « la détermination de la France à continuer d’œuvrer au sein de la Force Internationale d’Assistance à la Sécurité pour rétablir paix et stabilité dans ce pays et contribuer à son développement ». On sait que pour le chef de l’État l’armée française a pour mission en Afghanistan, en tant qu’auxiliaire des troupes américaines, de tenter d’établir la démocratie et le respect des droits de l’homme.

Une position qui est loin de faire l’unanimité. Ainsi l’historien Dominique Venner s’interroge : « Quelle est la mission de nos troupes en Afghanistan ? Est-ce de faire la guerre (irrégulière) ou de convertir à nos mœurs des populations qui nous sont étrangères, comme à l’époque de la colonisation française si décriée ? Ces deux missions ne sont certainement pas compatibles. Certaines coutumes musulmanes sont inacceptables “chez nous”. C’est un fait. Mais ce sont “leurs” coutumes, “chez eux”. Il s’agit de “leurs” affaires et non des nôtres. »

Pour justifier l’intervention française, Nicolas Sarkozy a souvent donné l’exemple des petites filles afghanes que les talibans excluaient de l’école. Après dix ans de conflit, il n’est pas sûr que la condition féminine se soit réellement améliorée en Afghanistan. Ce qui est certain, malheureusement, c’est que lieutenant Camille Levrel n’aura, lui, plus jamais l’occasion d’accompagner ses trois enfants à l’école.

[box]Vidéo : à l’occasion des cérémonies du 8 mai 2011 à Colmar, les soldats du 152ème RI de Colmar, en partance pour l’Afghanistan, ont défilé avenue de la République. Neuf d’entre eux, déjà en mission dans ce pays, avaient reçu la croix de la Valeur militaire.[/box]


Cérémonies du 8 Mai à Colmar par dna_web

Nouvelle bavure de l’OTAN en Afghanistan

Nouvelle bavure de l’OTAN en Afghanistan

10/08/11 – 18h30
KABOUL (NOVOpress)
– La côte de popularité des forces de l’alliance occidentale sous direction américaine risque de chuter encore davantage auprès de la population afghane après l’annonce d’une nouvelle « bavure » tragique commise par les soldats de l’OTAN.

En effet, deux membres d’une milice villageoise pro-gouvernementale, ont été tués dans le sud de l’Afghanistan par des soldats de l’Otan qui les ont pris pour des insurgés.

C’est le chef de la police de la province de Kandahar qui a dévoilé cette information en relatant la fusillade ayant éclaté entre une force villageoise mise en place pour suppléer les forces de l’ordre dans les zones reculées et des soldats occidentaux.

Un témoin du drame a ajouté que quatre personnes avaient été blessées et évacuées par les forces de l’OTAN qui ont annoncé avoir ouvert une enquête sur cette nouvelle bavure.

Afghanistan : l’hélicoptère a été piégé

Afghanistan : l'hélicoptère a été piégé / crédit photo : Saptarshi Debnath

09/08/2011 – 09h30
KABOUL (NOVOpress)
— Samedi 6 août, un hélicoptère américain de transport de troupes Chinook s’est écrasé dans la province de Wardak en Afghanistan, provoquant la mort de l’intégralité de ses passagers, 30 soldats américains et 8 afghans. Parmi les militaires américains se trouvaient de nombreux membres de la prestigieuse unité Navy SEAL, l’élite de la marine américaine, qui s’était illustrée entre autre dans l’élimination de Ben Laden. Il s’agit là de la perte la plus importante en une seule journée enregistrée par l’armée américaine depuis le début du conflit.

Les Navy Seals comptent parmi l'élite de l'armée américaine. Ici à l'entraînement au John C. Stennis Space Center. Photo : Charles McCain
Les Navy Seals comptent parmi l'élite de l'armée américaine. Ici à l'entraînement en 2010 au John C. Stennis Space Center. Photo : Charles McCain

Alors que l’OTAN poursuit son enquête et n’a pas encore livré la moindre explication sur les origines du crash, une source gouvernementale afghane, sous couvert d’anonymat, a confirmé que l’hélicoptère avait bel et bien été abattu par les talibans et qu’il serait même tombé dans un piège tendu par ces derniers. Ceux-ci auraient en effet fait circuler de fausses informations sur la tenue d’une réunion entre insurgés. « Ils savaient quel itinéraire suivraient les hélicoptères et ont pris position de chaque côté de la vallée », a-t-elle expliqué. L’appareil aurait ainsi essuyé des tirs d’armes anti-aériennes modernes et précises avant de s’écraser.

Surpassés par la supériorité technologique du matériel occidental qui ne leur laisserait aucune chance lors d’affrontements réguliers, les talibans n’ont pas d’autre choix que de recourir à la ruse, à la lâcheté diront certains dirigeants occidentaux à l’instar de Nicolas Sarkozy. Quoiqu’il en soit, ces techniques de combat peuvent s’avérer extrêmement dévastatrices comme vient de le démontrer cet évènement, et l’armée française n’est nullement à l’abri de ce genre d’actions.

[box class=”warning”]Crédit photo : Saptarshi Debnath / image sous licence creative commons[/box]

“Incident mine” en Afghanistan [Exclusivité]

“Incident mine” en Afghanistan

Le texte ci-dessous nous a été envoyé par un lecteur qui a combattu en Afghanistan pendant l’été 2004 dans l’armée française.

Cet extrait de son journal de bord, écrit pendant cette période, relate un “incident” dans lequel un soldat a perdu un pied et un autre a été gravement blessé, nous avons pu vérifier les faits relatés. Les propos sont crus et reflètent la réalité du terrain.

Dans la lettre accompagnant ce texte notre lecteur explique l’envoi de cet extrait par les réflexions que lui inspirent les nouvelles morts de soldats français en Afghanistan en Juillet dernier et par la campagne du Bloc Identitaire pour le retrait des forces françaises de cette guerre américaine.

Cette lettre est sans concessions : « morts pour rien », « il existe un rapport de blessés par rapport aux morts de 3 à 4 », « 70 morts aujourd’hui mais combien de soldats mutilés ? », « 14 juillet, véritable mascarade », « vent de colère dans les régiments », « armée 2000, livre blanc… », « énergie gâchée », « matériel obsolète, manque de moyens » …

Les noms des personnes citées ont été remplacés par Novopress par leur initiale. Les indications en italique et entre [  ] ont été ajoutées par nos soins pour une meilleure compréhension.

[box class=”info”]La photo (pour la voir en entier cliquer dessus) : prise pendant l’action relatée dans le texte ci-dessous. Un groupe de combat monte dans un hélicoptère Black Hawk Turc de l’ISAF (International Security Assistance Force, coalition militaire intervenant en Afghanistan sous l’égide de l’OTAN) au milieu d’un champ miné et pollué [pollué : contenant des munitions non explosées]. On peut observer une roquette non explosée à quelques dizaines de centimètres du deuxième soldat. Les autres soldats que l’on devine en arrière-plan à gauche, sont également dans une zone polluée. Le drapeau turc est-il une protection contre les balles musulmanes afghanes ?[/box]

Extrait du journal :

Mardi 29 juin [2004] : On est montés dans le Black Hawk vers 9h30. Le vol et les capacités opérationnelles de cet engin sont géniaux. Nous avons survolé les vignes où nous avions patrouillé tant bien que mal et là, c’était un plaisir à 40m au dessus du sol, rien ne peut échapper à l’œil. La vitesse de déplacement est assez dingue surtout qu’on coupe au plus court. Au bout d’un quart d’heure, nous sommes arrivés sur la DZ [Drop Zone (zone de largage)] tout émoustillés. J’étais avec 13, parce qu’on m’avait oublié sur la liste la veille avec 2 autres gars. Nous avons débarqués en colonne derrière G. casque sur la tête. Une fois l’hélico parti, nous nous sommes relevés et avons découvert la situation.

La première rotation était là sauf 14 qui était allé remplacer un groupe de la S5 en jalonnement jusqu’aux camions à 45 minutes à pied dans la montagne. Nous nous sommes tous déplacés vers le lieut. [lieutenant] qui nous attendait à 100 mètres sur un chemin. Et là, il y avait du monde partout ! Moi, j’étais sur le chemin, ayant très peu bougé. Tout à coup, hors de mon champ de vision, j’entends une explosion assez proche et me dis : « tiens, un tir contrôlé ou un exercice ». Je tourne la tête vers l’origine et vois à 10 mètres une colonne de fumée noire et de terre. J’entends des débris tomber au sol, je prends de la terre (un peu) sur la tête et j’entends hurler. Des membres de mon stick [groupe de largage] s’étant dirigés à gauche ont voulu couper et N. a sauté sur une mine à action locale type PM2. Son pied, enfin le morceau, est monté à plusieurs mètres et on a retrouvé des petits bouts à 15 mètres. J. qui était à coté a pris des éclats dont un de 5 centimètres dans le bras droit et des petits à la tête. Celui-ci est tombé au milieu du champ de mines soit à 6 mètres du chemin, avec tout son équipement. L. s’est retrouvé sain et sauf debout au milieu, juché sur un caillou.

Tout le monde a bien réagi et nous avons évité le sur accident. Tout le monde a stoppé sur place, puis l’adjudant D. et le caporal-chef M. se sont occupés du blessé qui n’a pas trop hurlé. Il a eu de la chance de retomber sur le talus au bord du chemin car on a pu lui administrer les premiers soins soit 2 piqûres de morphine plus soutien psychologique. Sinon il aurait du se démerder tout seul avec son moignon pourri. Pas d’hémorragie car la plaie est cautérisée instantanément. G. était détruit et racontait des conneries tout fort. Du coup je me suis mis au travail alors que je n’aurais pas du bouger. D’autres n’ont pas bougé le petit doigt, restant avec leur groupe. Je me suis occupé de l’environnement direct du blessé. J’ai fait évacuer les autres gars présents sur le chemin beaucoup plus bas (au moins 100 mètres). Puis j’ai évalué les besoins de L. qui allait très bien et de J. blessé. J’ai récupéré le matos de L. qui ne devait pas bouger jusqu’à l’arrivée des EOD [Elimination d’Objets Détonants], flingue, casque, musette. Je lui ai balancé de l’eau. On a pas arrêté de parler à J. en surveillant son état de santé. Il avait le moral mais avait mal et était gêné par sa musette et sa Minimi [mitrailleuse légère en 5,56 mm]. J’ai récupéré tout le matériel qui traînait (armes, casques, musettes) et l’ai stocké plus bas sur le chemin. J’ai effectué les mesures de sécurité et ai gardé les chargeurs. Je faisais des va et viens sur le chemin qui était censé être clair. J’ai apporté des seringues de morphine et on s’est aperçu qu’elles n’avaient pas d’aiguilles. Bravo ! J’ai passé mon bob à N. qui avait la gueule au soleil. Il faisait chaud là-haut. Il y avait deux bouts de bidoche que j’ai fait recouvrir d’un caillou. L. a joué avec un, d’ailleurs. On a libéré ce dernier car il n’était qu’à 2 mètres du chemin. On a posé une frag. [gilet pare-balle] dépliée au sol, on s’est tous barrés et il a pris un appui sur la frag. et a sauté sur le chemin. Il a d’ailleurs failli sauter trop loin avec l’élan.

Un hélico est arrivé et l’adjudant, M. et D. ont chargé le blessé dedans en urgence. R. qui venait d’apporter ses seringues de morphine les a aidé mais il devait être affolé car il est parti avec en laissant son groupe. C’est le seul qui a couru d’ailleurs. Charité chrétienne… Il ne restait plus que J. au bout de 20 minutes après le flash. N. a été évacué par hasard parce qu’un hélico passait par là. Sinon, on attendait les san. [équipe sanitaire] et les EOD. Ils sont arrivés au bout d’une heure car il y avait des problèmes avec les pilotes d’hélico qui étaient aux fraises. C’était des p… de turcs. Nous soutenions J. avec G. qui était choqué. Moi, c’était RAS [Rien A Signaler], très zen. Il faut dire que je suis un peu blindé à force de me frotter à la vie ! J. s’est fumé deux clopes. Pour la deuxième, il a fait tomber sa boite d’allumettes par terre. Heureusement il en avait une deuxième. Les EOD sont arrivés en hélico avec une équipe san. Ils ont été très efficaces. Avec leur détecteur, ils ont tracé un cheminement jusqu’à J. en délimitant en bleu et en marquant la ferraille en vert. Il y avait du vert partout ! Une à 10 centimètres du cul et à coté de son pied. Ils l’ont évacué avec l’hélico. On a failli avoir deux problèmes avec eux car en manœuvrant, le rotor est passé à trois fois rien de la tête des gars.

Bref, il ne restait plus qu’à évacuer une cinquantaine de personnes de la zone. La moitié s’est fait héliporter et nous, nous sommes descendus par le chemin précédés par un EOD, un russe que j’ai trouvé très sympathique, à moitié loup. Le chemin s’est avéré être miné antichar donc de l’antipersonnel en protection. On a tracé pendant une heure. Les gars n’avaient plus d’eau, certains n’avaient même pas pris de musette. L’adjudant et l’adjudant-chef EOD du 2ème REG [2ème Régiment Etranger de Génie] eux, sont partis chercher le reste du groupe 14 en jalon. Ceux-ci n’avaient compris qu’au bout d’une heure et demie qu’il y avait un problème mine. Eux-mêmes étaient postés isolément en plein champ miné. Ils ont récupéré tout le monde à la vitesse record de 150 mètres en 15 minutes. Ils ont relevé trois mines autour de B., repéré cinq pour D. … Les gars ont eu du mal quand ils ont réalisé la folie de leur situation. Après beaucoup d’attente, nous avons pu embarquer et rentrer par Bottle. Notre VLRA [camion de transport de troupe] est tombé en panne sèche et c’est le camion de 11 dont une batterie venait d’exploser qui nous a tiré jusqu’au camp. La misère ! Voilà pour l’aventure. Maintenant il reste la procédure. Nous aurions tous pu y passer. Moi, j’ai toujours fait confiance en nos dieux, donc ça va. B. la grande gueule, est en réalité une petite merde qui s’est dégonflé, il est très choqué.

La zone choisie était, paraît il, la plus sure. Les EOD [Elimination d’Objets Détonants] ne sont pas de cet avis, surtout que l’organisateur du merdier n’a pas cru bon de les faire venir sur zone avant notre arrivée. J’espère qu’ils pourront faire croquer des mecs. Tout le monde essaye de se couvrir et je pense qu’il n’y aura personne de mis en cause. Le système militaire est ainsi fait que la responsabilité est diluée dans les services. Il existe tout de même des connards qui ont signé la viabilité de la DZ. La responsabilité civile existe et je pense que le capitaine ou l’officier qui lui a refilé le bébé doivent manger. Un GV [Grenadier Voltigeur, soldat] s’est fait virer pour un poing dans la gueule et là, rien. Ça n’est pas normal. Mise en danger de la vie d’autrui, cela existe aussi. Et envoyer une section jalonner un itinéraire dans la verte sans prendre de précaution, c’est criminel. Le capitaine commence à se couvrir en rappelant que c’était une opération et non pas un exercice. Moi je dis que c’était un tour en hélico et que l’exercice a été préparé à la va-vite. Comme d’habitude, on comptait sur la qualité d’adaptation des cadres pour que tout finisse bien. G. a déjà été entendu par un colonel pour savoir si ses mecs avaient leur casque, s’il leur avait donné des ordres… L’arbre G. va cacher la forêt incompétence. Le pit. [capitaine], dans son discours vespéral démagogique a dit qu’il était fier du professionnalisme de la section alors que la veille nous étions des incapables.

Mercredi 30 juin [2004] : Nous avons effectué des patrouilles mais l’affaire a suivi son cours. J. va bien. Je lui ai apporté une boite d’allumettes en souvenir de celle qu’il a fait tomber hier. Ça l’a fait rire. Il a le moral. N. est parti en avion cet après midi. On l’a tous vu rapidement. Il avait l’air bien. Il faisait des blagues et m’a fait coucou de la main. Il y avait là tout un tas de connards qu’on ne voit jamais normalement sauf pour nous casser les couilles. L’ambassadeur était là mais c’était pour la forme. N. part pour Douchanbé et prend l’avion présidentiel jusqu’à Istres où il sera accueilli par sa famille. Comme je l’avais vu hier, il y a deux affaires. La DZ pourrie et le jalonnement à travers la montagne. Les EOD sont sur la deuxième et ils ont l’air à cran. L’enquête démarre demain et je tiens à être entendu. Des têtes vont tomber, tant mieux car le système militaire est vraiment stupide. Le problème du jalonnement c’est que la S5 n’a pas pu joindre la DZ en véhicule pour on ne sait quelle raison (loose topo ?). Du coup, vu qu’ils étaient pressés par le temps, l’adjudant B. chef de section, a décidé de jalonner l’itinéraire en coupant tout droit. Avait-il rendu compte au commandant d’unité ou initiative privée malheureuse ? L’affaire promet d’être intéressante…