Gabrielle Cluzel sur la faible participation aux élections régionales : « La démocratie donne le sentiment que c’est un simulacre de démocratie, que nos choix n’influeront pas sur nos destins »

Régionales 2021 – Pourquoi la Corse ne s’est pas abstenue? Entretien avec Paul-François Paoli

Corse élections

Avec un taux d’abstention record de 66,7%, le premier tour des élections régionales 2021 devient le scrutin le plus boudé sous la cinquième République. Une région se distingue: la Corse où le taux d’abstention a été bien plus bas (42,92%).

L’essayiste Paul-François Paoli y voit la manifestation de la passion politique des Corses qui, à travers leur vote, expriment la défense de leur insularité. La collectivité territoriale corse n’est pas perçue comme une entité administrative abstraite, mais comme une instance destinée à préserver leur identité.

Causeur. Pourquoi la mobilisation électorale a-t-elle été au rendez-vous sur l’île de Beauté ?

Paul-François Paoli. Il y a sans doute plusieurs raisons. La première est que les Corses aiment depuis toujours la politique. Ils aiment débattre et discuter politique notamment en famille. En Corse, la politique y est très personnalisée. On vote parfois plus pour un homme que pour un parti. C’est un petit pays où chacun se juge et se jauge. La réputation personnelle d’un candidat, sa compétence et son intégrité jouent aussi parfois plus que son idéologie politique. Au-delà de cette attitude traditionnelle, si les Corses se sont massivement déplacés, c’est qu’ils se sentent concernés par des élections qui traitent de questions locales très concrètes. En primant leurs listes nationalistes, ils ont rappelé qu’ils ne s’identifient pas aux élites “hors-sols” de Paris. La Corse est l’expression même du clivage entre Anywhere et Somewhere mis en évidence par l’anglais David Goodhart. Les Corses sont attachés aux hommes politiques pour qui ils votent et qu’ils connaissent parfois personnellement – ou du moins croient connaître !

Les Corses ont l’impression que la France est à la dérive: dérive migratoire, dérive des mœurs avec la vague de l’antispécisme, du féminisme radical ou de l’arrogance du lobby gay…

Si les Corses sont allés massivement voter dimanche (57%), n’est-ce pas surtout lié au statut particulier de la collectivité territoriale et aux pouvoirs élargis du président de l’exécutif, capable de peser plus sur le destin de l’île ?

Sûrement. S’il n’y a pas eu cette désaffection massive qui a marqué le premier tour sur le continent, c’est donc parce que le vote dans un sens ou dans un autre est censé avoir des conséquences concrètes dans la vie locale des Corses. Par ailleurs, la forte mobilisation en faveur de Gilles Simeoni n’est pas un hasard. Simeoni jouit d’une excellente réputation. Maîtrisant parfaitement l’art oratoire, c’est un tribun qui a du charisme. C’est très important en Corse où il faut savoir s’imposer par la parole. Enfin il est capable de rassembler des électeurs qui ne font pas partie de son camp politique grâce à son intégrité incontestable, une qualité précieuse sur une île où l’emprise de la mafia est importante, si l’on en croit les experts.

Pour lire la suite, c’est ici !

Jean-Yves Le Gallou sur le RN : « La pasteurisation du discours mène à l’abstention ! »

Dans une série de tweets, Jean-Yves Le Gallou est revenu sur les scores décevants du Rassemblement national lors des élections régionales. Voici une compilation remaniée de ces tweets.

La pasteurisation mène à l’abstention

La forte abstention favorise toujours les partis qui ont des clientèles. Elle défavorise donc le Rassemblement national.
La seule manière de limiter la casse, c’est de porter un discours capable de mobiliser. Une attitude à l’inverse de la pasteurisation voulue par Marine Le Pen, dont la stratégie est désastreuse.

La forte abstention a toujours pénalisé le vote Rassemblement national mais la stratégie de Marine Le Pen a amplifié le phénomène :

– mépris de tout enracinement local ;
– purges permanentes ;
– condamnations des plus courageux ;
– discours de plus en plus pasteurisé par peur des vagues ;
– invisibilité dans les assemblées.

Au cours de cette campagne, le Rassemblement national de Marine Le Pen n’a cessé de donner des gages :

– désaveu des identitaires (Poitiers, Escufon) ;
– absence sur les votes sociétaux au Parlement ;
– affirmation selon laquelle un islam républicain serait possible ;
– Soumission à une assesseur voilée.

L’or en plomb

Malgré un minimum d’expérience, je reste scotché par la capacité de Marine Le Pen à transformer l’or des situations en plomb électoral. La pasteurisation du Rassemblement national s’avère être un désastre. En contexte d’abstention, seuls les discours forts sont audibles.

Dommage qu’il n’y ait eu personne au Rassemblement national pour expliquer à Marine Le Pen :

– qu’avant le 2e tour de la présidentielle il y avait le 1er ;
– qu’avant la présidentielle il y avait les régionales ;
– que c’est la clarté et la radicalité qui permettent de mobiliser, non la pasteurisation.

Jean-Yves Le Gallou

Tribune reprise de Polémia

Abstention, piège à cons – Les 2/3 des électeurs se sont abstenus, par Francis Bergeron

Abstention

Il y a six ans, tous les records d’abstention avaient été battus lors de ces régionales-là. Seulement 43 % des Français avaient voté. Cette fois un nouveau record a été battu dans ce domaine, ce qui paraissait absolument inconcevable. Inconcevable car les restrictions à la circulation avaient été levées, et la peur de la contagion semblait s’atténuer. Inconcevable car le consensus politico-médiatique battait tambour pour une mobilisation destinée à faire barrage au Rassemblement national.

Or, non seulement l’abstention a été considérable, mais elle l’a été dans des proportions inédites, qui enlèvent au passage énormément de crédibilité à ce scrutin : 12,2 % seulement de participation à la mi-journée, 27 % à 17 heures et les chiffres finaux de votants la situaient à un niveau de l’ordre de 33,9 %.

Encore faut-il se souvenir qu’il y a un écart entre la participation et les suffrages exprimés. Cet écart est habituellement de l’ordre de 2 %. Il est possible qu’il soit nettement supérieur, cette année : pour avoir assisté au dépouillement dans ma commune, je peux témoigner que le nombre de bulletins nuls était particulièrement important, phénomène sans doute accentué par les dispositions des deux bureaux de vote, qui étaient installés dans une sorte de labyrinthe : d’où des votes pour les régionales trouvés dans l’urne des départementales, et vice-versa, mais aussi des noms barrés, des panachages non admis, des enveloppes contenant à la fois le bulletin de vote pour les départementales et pour les régionales.

Néanmoins le problème était le même pour toutes les listes. Et, même si cette élection n’aura mobilisé qu’un électeur sur trois, seul le résultat compte. La gestion des régions et des départements sera confiée à ceux qui auront été élus dimanche prochain, le résultat du 20 juin donnant dorénavant une idée assez précise de leur identité, à une ou deux régions près.

Selon les instituts de sondages, et au vu du résultat final, c’est dans l’électorat du RN que l’abstention a été la plus forte (71 %). On sait depuis longtemps – depuis plusieurs dizaines d’années, en fait – que plus la mobilisation électorale est forte, plus le score du RN est élevé. C’est la présidentielle qui mobilise le plus grand nombre d’électeurs, du fait de la personnalisation du scrutin. Ce qui explique le score inattendu de Jean-Marie Le Pen, en 2002, et la présence de Marine Le Pen au second tour de 2017.

Neuf raisons qui expliquent l’abstention

Mais cette abstention record est aussi le fruit d’une habile stratégie gouvernementale. A partir du moment où LREM a compris qu’il ne pourrait percer en tant que pôle de centre gauche aux régionales (comme aux départementales, d’ailleurs), tout a été fait pour favoriser l’abstention. Cette prise de conscience de LREM, et la mise en place des instruments de cette stratégie datent en fait des élections municipales. Il y a juste un an, le parti présidentiel avait subi une déroute. Or, les régionales et plus encore les départementales obéissent aux mêmes ressorts.

– Marine Le Pen avait fait remarquer à juste titre que c’est la première fois qu’un gouvernement ne consacrait pas de moyens de communication institutionnels pour rappeler aux Français l’importance et à la nécessité du vote. Ce silence était déjà un indice de cette stratégie.
– L’instrumentalisation de la crise sanitaire a permis également de conduire les Français jusqu’aux limites extrêmes d’un confinement et d’un couvre-feu destinés à maintenir leur sujétion mentale. On l’avait constaté lors des municipales. Nous en avons eu la confirmation dimanche.
– Cette parenthèse sanitaire a permis d’éliminer la notion même de campagne électorale. Dîners-débats, rassemblements de masse, fêtes champêtres, tout cela a été interdit de fait ou en droit, sans qu’il soit d’ailleurs facile de savoir, à chaque stade du déconfinement, ce qui était permis et ce qui restait interdit.
– En créant des passerelles avec LR d’un côté, avec le PS de l’autre, les macronistes ont brouillé les cartes du paysage politique. L’abstention pourrait bien correspondre aussi à une sorte de demande de clarification politique. C’est un refuge commode quand les repères disparaissent.
– A quoi bon voter, ont pensé les électeurs, en découvrant qu’avant même le premier tour les appareils de partis avaient déjà décidé de la suite, comme on l’a vu en Bretagne avec l’intervention de Le Drian et en PACA avec celle de Castex.
– Rendons aussi hommage au gouvernement pour le choix de la date de ces élections : elles étaient prévues en mars. Les reporter aux 20 et 27 juin a permis de les noyer dans un contexte de fête de la musique, de matchs de football Euro 2020, de liberté retrouvée au regard des restrictions sanitaires. Ce changement de contexte, d’ambiance, a largement contribué à la démobilisation des esprits.
– Qui plus est, l’échelon régional est une aberration qui n’incite pas au vote car il ne correspond à aucun sentiment identitaire, aucune réalité humaine ou historique. C’est un découpage arbitraire, prétendument équilibré. Le sénateur Masson en avait fait son cheval de bataille, pour le Grand Est, et il avait raison. Il n’était pas dans l’intérêt de Macron de réformer ce dispositif aberrant, dans la mesure où il était perçu comme un facteur d’abstention.
– La complexité de ces deux élections jumelées a contribué à décourager les électeurs, d’autant que personne n’est capable d’expliquer spontanément comment s’opère habituellement cette division du travail entre département et région.
– Qui plus est, ce double scrutin a été à l’origine de graves incidents de fonctionnement : bureaux de vote sans président, sans assesseurs, n’ayant pas respecté les heures d’ouverture légale, etc. Ne sommes-nous pas arrivés à la fin d’un système ?

Ne serait-il pas temps d’instaurer le vote électronique, des systèmes de collecte de l’opinion de nos concitoyens par des moyens moins archaïques ? Cela se fait déjà pour les élections professionnelles. Et nous payons déjà nos impôts en ligne, faute de choix. Notons d’ailleurs que nous sommes abreuvés de sondages, sollicités par des pétitions en ligne, accros aux services qu’offre notre smartphone, mais que le vote physique perd constamment du terrain.

Si les représentants des régions et des départements sont choisis par un tiers seulement des Français, que dire de ces représentants syndicaux élus par 5 % des salariés dans les TPE, ou de ces assemblées générales d’universités ou 40 militants décidés, intouchables, impunis, peuvent paralyser une université de 40 000 étudiants, comme on l’a vu à Montpellier (et ailleurs) en 2018 ?

Un observateur venu d’une autre galaxie en tirerait la conclusion que le système démocratique n’a plus d’avenir dans notre pays.

Mais ce serait un sacrilège. Ça ne marche plus, certes, mais qui prendrait le risque politique de dire que le roi est nu ?

Francis Bergeron

Article paru dans Présent daté du 21 juin 2021

Épidémie d’abstention aux élections municipales

16/03/2020 – FRANCE (NOVOpress avec le bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) :
En pleine épidémie de coronavirus, le premier tour des municipales, marqué par une abstention record de 54,5 %, soit presque 18 points de plus qu’en 2014, s’est déroulé dans un climat étrange. Il semble néanmoins pour l’instant difficile d’évaluer l’impact qualitatif du virus sur les résultats de ce premier tour. L’annonce des premiers résultats dans les grandes villes est marquée par une percée importante du partie Europe Écologie, Les Verts. Le parti écologiste est parvenu en tête des suffrages à Lyon, Bordeaux ou encore à Strasbourg et deuxième à Lille, confirmant une tendance à la hausse de la question écologique, dans les classes moyennes supérieures. Le parti présidentiel obtient des scores très mitigés, ratant sûrement son implantation locale. Le Parti socialiste et les Républicains conservent les meilleurs scores dans leurs mairies sortantes respectives, à Paris, Lille, Rennes pour le PS (parti socialiste) et Marseille, Toulouse, Nice, pour les Républicains..

Malgré le coronavirus, le second tour aura-t-il bien lieu ?

Indépendamment des scores de leurs partis respectifs, de nombreuses personnalités politiques toutes tendances confondues ont appelé à un report du second tour. Le Premier ministre a annoncé réunir les fameux experts scientifiques d’ici samedi afin de décider de la tenue ou non du second tour. Pourtant la loi est formelle et le report d’un second tour entraînerait automatiquement les résultats du premier. Aux vues de la situation tout semble néanmoins envisageable.

Peut-on se poser la question de la légitimité de ces élections ?

Avec un taux d’abstention historiquement haut, des campagnes électorales perturbées, la question n’est pas anodine. La municipalité est pourtant le noyau de la vie politique pour de nombreux citoyens français. Il y a un an, alors en pleine crise des Gilets jaunes, ce fut vers les maires que s’était tourné le président Emmanuel Macron, pour tenter de calmer le mouvement populaire.

Le peuple, pièce manquante de la politique, par Ivan Rioufol

Et le gagnant est… l’abstention. En Corse, 47,4% des électeurs ont boudé le scrutin territorial, qui a donné dimanche la majorité absolue (56,5%) à la liste nationaliste. Chez les Républicains, Laurent Wauquiez a été élu, hier, dès le premier tour avec 74,64% des suffrages. Mais les 235.000 militants se sont abstenus à 57,54%. Cette désaffection révèle la crise qui affecte les partis. En Corse, La République en marche, qui prétend renouveler l’offre, n’a récolté que 12,7% des voix. L’attentisme de l’électorat, en quête d’une expression qui lui ressemble, est partout palpable. Samedi, à Paris, cette France populaire et oubliée s’est manifestée dans sa puissance (un million de personnes) à l’occasion des obsèques de Johnny Hallyday.

C’est une foule culturellement homogène, rassemblée partout aux alentours de l’Eglise de la Madeleine, qui a sifflé et hué quelques secondes Emmanuel Macron, à peine avait-il prononcé, sur le parvis : “Mes chers compatriotes (…)”. C’est pour avoir demandé au public, à l’issue de son discours, d’applaudir Johnny Hallyday que le chef de l’Etat a pu s’éviter une sortie peut-être plus hasardeuse. Mais cette tentative de récupération politique, qui a conduit la famille du chanteur à déclarer Marine Le Pen indésirable à la cérémonie alors qu’une partie de son électorat était dans les rues voisines et sur la place de la Concorde, n’a eu pour effet que de montrer l’attachement de cette France invisible, recueillie durant toute la cérémonie religieuse, aux racines chrétiennes de la nation. Ironie de l’histoire : jamais la croix n’a été si présente dans l’espace public qu’en ce 9 décembre, journée anniversaire de la loi de 1905.

C’est vers cette France populaire, que François Fillon n’avait su approcher, que Wauquiez doit aller s’il veut consolider sa frêle assise. L’échec cinglant de Maël de Calan (9,5%), parrainé par Alain Juppé, a démontré une fois de plus que les militants républicains ne voulaient plus entendre parler de la droite centriste et molle, qui persiste à ne rien comprendre des souffrances de la société. Cette partie-là de la droite ressemble trop au centrisme macronien pour ne pas le rejoindre.

Le gros des abstentions vient de la nation périphérique : une classe moyenne qui a disparu depuis longtemps des radars des formations politiques traditionnelles. La prolophobie, qui habite la droite bien peignée, est un non-sens. Rien n’était plus sympathique et émouvant que la France populaire rassemblée pour Johnny. Difficile d’ailleurs de ne pas remarquer l’absence de la France de la “diversité” dans ce recueillement collectif, qui devrait être une source d’inspiration pour Wauquiez. Il ne pourra non plus faire l’économie d’un sérieux travail intellectuel pour redonner une doctrine à son parti. “Nous devons reconstruire la pensée de la droite”, a-t-il déclaré. Il ne reste plus qu’à espérer que la réflexion conduise à cette évidence d’une union de toutes les droites, comme la gauche sut le faire dès les années soixante-dix. Que la Macronie hurle devant cette perspective, rien de plus normal : c’est sa survie qui serait en jeu. Que la droite pavlovienne en fasse autant est stupide.

Ivan Rioufol

Texte daté du 11 décembre et repris du blog d’Ivan Rioufol

Louis Aliot : « Les nôtres ne sont pas allés voter ! »

Présent Louis Aliot

Implanté depuis quinze ans dans la région, Louis Aliot, qui se présentait dans la 2e circonscription des Pyrénées-Orientales, est arrivé en tête du premier tour avec 30,80 % des voix. Il devance de justesse la candidate En Marche-Modem Christine Espert, qui a recueilli 29,11 % des voix. Il est l’un de ceux qui ont de réelles chances de l’emporter dimanche.

Louis Aliot— Vous êtes en duel serré face à la candidate de Macron. Le PS est balayé. Que vont faire Les Républicains qui ont chuté à 13 % ? Y a-t-il des consignes pour le second tour ?

— Non, il n’y en a pas pour l’instant. Parce que le député sortant des Républicains Fernand Siré est celui que j’avais fait élire en 2012 en retirant notre candidate pour barrer la route à la socialiste Toussainte Calabrèse. [ndlr : Fernand Siré avait expliqué à l’époque « croire au front de droite et vouloir arrêter de diaboliser le Front national »]. Donc s’il est sincère, honnête et droit, il ne dira rien.

 — Que dites-vous aux abstentionnistes, plus d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé dans votre circonscription ?

— Ce sont surtout les nôtres qui ne sont pas allés voter. Quand on regarde les résultats bureau par bureau, on voit que nous faisons bien en deçà de nos scores passés. Comme aux dernières régionales en triangulaire. Il y a un potentiel énorme dans les abstentionnistes

 Je dis aux électeurs du FN que c’est le moment de savoir ce qu’ils veulent.

— Etes-vous déçu par le score du FN à l’échelle nationale et à quoi l’attribuez-vous ?

— Déçu oui. En parvenant au deuxième tour de l’élection présidentielle, on pouvait s’attendre à arriver second à l’élection législative et espérer que les électeurs tiendraient compte de ce que va être la politique de Macron. A quoi doit-on ce score ? A la déferlante Macron bien sûr. Peut-être aussi à un certain nombre de comportements et de commentaires de certains de nos cadres qui n’avaient pas lieu d’être avant les élections législatives.

Quand on est en guerre électorale, les élections législatives sont le second round de la présidentielle. Alors on ne se disperse pas, on ne raconte pas n’importe quoi sur ce que l’on va faire après, on reste concentré sur l’élection et on défend les législatives.

Parmi nos candidats, il y a des hommes et des femmes qui prennent sur leurs congés personnels pour faire campagne. Ils n’ont pas la chance d’être élus députés ou conseillers régionaux ni de vivre de la politique. Non seulement cette attitude n’a pas été correcte vis-à-vis d’eux et les a blessés mais elle nous a fait du tort.

— Que dites-vous d’un système qui donne entre un et trois députés au parti qui a fait 11 millions de voix à la présidentielle et dont la candidate est arrivée au second tour ? Précisément au moment où le gouvernement présente un projet de moralisation de la vie politique, de « loi pour la confiance dans notre vie démocratique ».

— Si demain il y a une Assemblée où le parti du président qui a fait 30 % au premier tour fait 80 % des députés, clairement il n’y a pas de système démocratique en France. Il n’y a qu’une seule chose à mettre en place d’urgence, c’est la proportionnelle, mais comme tous ces gens-là sont bienheureux de pouvoir confisquer le pouvoir pour appliquer la seule politique qui a toujours été contre les intérêts du peuple, nous en sommes là. C’est très inquiétant car ce sera comme ça jusqu’à l’explosion.

— Vous avez des chances dimanche mais que pourront faire deux ou trois députés FN à l’Assemblée nationale ?

 Ils pourront être des porte-voix. Ils pourront déposer des propositions de loi, des amendements, être les seuls à montrer au peuple français ce qui se passe dans ce cénacle. Alors que si nous les laissons entre eux, ce sera encore pire. Il faut que nous soyons le plus possible. Il reste cinq jours.

Propos recueillis par Caroline Parmentier

Entretien publié par le journal Présent daté du 14 juin 2017

L’abstention, grande gagnante du premier tour

12/06/2017 – FRANCE (NOVOpress avec le Bulletin de réinformation de Radio Courtoisie) :
Moins d’un électeur sur deux a voté.
L’événement principal est la participation historiquement faible de 48,8 %, en comparaison avec celles de 2012 (57,2 %) et 2007 (60,4 %). Rappelons que pour se qualifier au 2e tour, un candidat doit obtenir les suffrages d’au moins 12,5 % des électeurs inscrits sur les listes. L’abstention étant très élevée, le seuil se porte à environ 25 %. Par conséquent, peu de triangulaires sont à prévoir, ce qui pénalise les partis comme le Front National .

Quels sont les résultats ?

Les candidats La République en Marche/Modem sont crédités de 32 % des intentions de vote, seraient en mesure d’obtenir entre 390 et 430 sièges et constitueraient une majorité absolue. LR/UDI sont à 21,5 % d’où 85 à 125 sièges ; le FN réalise un « petit » 13 % soit entre 3 et 10 sièges, ce qui ne permet pas de constituer un groupe parlementaire. La France insoumise récolte 11 % et le PS et ses alliés, en déroute, 11 %.

Les motivations sont plus nationales que locales

En effet, les Français ont clairement placé ces élections dans un contexte de politique nationale et ont davantage voté en faveur d’un député en fonction de son étiquette politique. Il semblerait qu’Emmanuel Macron, dans l’exercice de la fonction présidentielle, ait convaincu. Néanmoins, ce premier tour sonne comme une victoire en demi teinte pour LREM : en effet, compte tenu de l’abstention, le président Macron n’a récolté qu’environ 15 % des voix.

Cela affecte également la dotation de fond public attribuée aux partis

En effet, le financement public des partis politiques est calculé d’une part sur la base des voix au 1er tour, à 1,42 € par voix, d’autre part sur le nombre de parlementaires élus. Cela pourra mettre en péril certains partis politiques et donner une manne financière énorme à LREM.

Présidentielle : l’« abstention inavouée » pourrait faire gagner Marine Le Pen

Serge Galam Abstention

26/04/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Serge Galam, physicien, chercheur au CNRS et membre du Cevipof, le Centre de recherches politiques de Sciences Po, estime que même en étant donnée largement perdante par les sondages, Marine Le Pen peut-être élue présidente de la République, en raison de ce qu’il appelle « l’abstention inavouée », dont il a tiré une formule mathématique.

Il s’en est expliqué ce matin dans Bureau de vote sur RMC :

« Si Marine Le Pen obtient 42% des voix, ce qui n’est pas impossible, contre 58 pour Macron, normalement elle perd l’élection. Mais si 90 % des gens qui ont dit qu’ils votaient pour Le Pen le font, et que dans le même temps seulement 65 % des gens qui annonçaient qu’il allait voter Macron le font effectivement, c’est alors Marine Le Pen qui gagne l’élection avec un score de 50,07 %. »

Serge Galam ajoute :

« Ce n’est pas que les sondages se trompent, c’est qu’ils ne peuvent pas prendre en compte cette abstention inavouée. Il y a des gens qui n’osent pas dire qu’ils vont s’abstenir. »

Plus de 9 millions de Français hésitent encore sur leur vote de dimanche !

presidentielle candidats

20/04/2017 – FRANCE (NOVOpress) : A trois jours du premier tour de l’élection présidentielle, plus de 9 millions de Français ne savent pas encore avec certitude pour qui ils vont voter dimanche ! Plus qu’un pourcentage, ce chiffre dit à quel point la présidentielle de 2017 est indécise et peut réserver n’importe quelle surprise.

Il découle d’un simple calcul réalise sur la base du dernier sondage paru, celui de l’Ifop publié aujourd’hui à 18 heures.

L’étude indique en effet, d’une part, que 73 % des 47 millions d’électeurs inscrits comptent aller voter, soit 34,3 millions d’électeurs, et, d’autre part, que 27 % de ceux-ci peuvent « encore changer d’avis » par rapport au choix qu’ils indiquent, ce qui fait près de 9,3 millions d’électeurs qui hésitent !

Les électeurs les plus certains de leur choix sont ceux de Marine Le Pen (à 85 %) et de François Fillon (à 78 %), et, parmi les électeurs des favoris de cette élection, les plus indécis sont ceux de Benoît Hamon, qui sont 41 % à pouvoir encore opter pour un autre candidat, ainsi que ceux d’Emmanuel Macron, qui sont 32 % à pouvoir encore changer leur vote, tandis que Jean-Luc Mélenchon compte 27 % (plus d’un quart !) de ses partisans actuels qui peuvent encore ne pas l’être dimanche.

Etant donnée la porosité entre les différents électorats, bien malin qui peut prédire qui sera au second tour.

Pour Eric Zemmour, « les électeurs ne sont pas indécis mais stratèges »

eric-zemmour

20/04/2017 – FRANCE (NOVOpress) : « On connaît nos classiques : la “drôle de guerre“ est suivie de la “guerre éclair“ », a expliqué ce matin Eric Zemmour sur RTL : « D’abord, on s’enlise dans une situation de “ni guerre ni paix“ qui épuise les nerfs et les volontés. Puis, soudain, c’est l’offensive meurtrière et mort aux vaincus. Depuis des mois, c’était une drôle de campagne : pas vraiment d’affrontements, pas vraiment de débats, pas vraiment de polémiques. On s’évite, on s’ignore, on se neutralise, on fait de la morale, pas de la politique. Faites la com’, pas la guerre. […] Ce n’était pas une campagne présidentielle, mais un concours de patinage artistique. »

« Et soudain, observe Zemmour, tout s’emballe. On tire de tous les côtés. On parle vraiment de la France, de son devenir, de son identité, de son peuple. On parle vraiment des sujets qui fâchent, on sort du corset étouffant de l’économisme » :

« Les menaces d’attentat donnent une intensité nouvelle au climat. Jusqu’à présent, aucun candidat ne savait exactement de quoi parler car il ne savait pas exactement qui était son adversaire. Cette période est révolue, chacun a trouvé son adversaire. La politique, c’est d’abord la désignation d’un ennemi, eux et nous. »

A trois jours du premier tour, qu’observe-t-on ?

« Hamon est mort et il le sait. Mélenchon a peur de gagner. Débordé par sa base, il est en train de renoncer, dans la panique, à la sortie de l’euro. Dans les meetings de Le Pen, on crie de nouveau : “On est chez nous“. Dans ceux de Macron, on crie désormais : “Et en même temps“. Fillon cesse enfin de parler du déficit et de la dette pour évoquer les racines chrétiennes de la France. Il a enfin compris que l’élection se jouait à droite et pas au centre. Macron dénonce les catholiques de Sens commun qui sont chez Fillon pour mieux cacher Mohamed Saou, l’ami des Frères musulmans qui est chez lui. Autour de SOS Racisme et de Bernard-Henri Lévy, on tente de rejouer les années 1980 pour lancer le combat anti-Le Pen. Mais la petite main jaune ne se vend plus guère. »

Pour Eric Zemmour, ce qui est en train de se passer peut se résumer ainsi :

« La dynamique de Mélenchon réveille le vote Fillon à droite. La résistance de Le Pen consolide le vote Macron à gauche. Les électeurs ne sont pas indécis mais stratèges. Ils se prennent pour des généraux qui font déplacer leur bulletin de vote comme des troupes de soldats. C’est le temps des grandes manœuvres. »

Pour Brice Teinturier, voici le temps de la PRAF, la « plus rien à foutre » attitude

Brice Teinturier

Brice Teinturier Livre12/04/2017 – FRANCE (NOVOpress) : Spécialiste des sondages et des évolutions de l’opinion, directeur général délégué d’Ipsos France et enseignant à Sciences Po, Brice Teinturier vient de publier Plus rien à faire, plus rien à foutre : ces Français qui ne croient plus en la politique, aux éditions Robert Laffont. Il a accordé à l’hebdomadaire Le 1, qui consacre son numéro de cette semaine à l’indécision des électeurs, un long entretien dont nous avons extrait ce passage.

Pour Brice Teinturier, l’élément central de cette campagne est que « nous sommes face à un mouvement de désengagement puissant et très inquiétant » des Français, « à cause du sentiment qu’ont les citoyens de ne pas être entendus » :

« Dans les années 2000, on soulignait que le haut était impuissant. Il y avait une crise du résultat. Aujourd’hui, les Français considèrent que le haut empêche les solutions du bas. Cela génère de l’exaspération et du rejet. La PRAF-attitude est nourrie par ce constat. Les gens pensent qu’ils sont capables de trouver des solutions, mais ils se sentent bloqués par un vieux système. Fillon avait senti cela, d’où sa thématique du déblocage de la société française, de la débureaucratisation. »

Le 1 TeinturierSelon Brice Teinturier, « les Français essaient d’imposer une réforme en profondeur de nos institutions, sans passer par la réforme institutionnelle. Saluons leur talent : ils ont réussi, en utilisant les enquêtes d’opinion, à signifier à François Hollande qu’il ne devait pas se représenter, vu son impopularité. Et il l’a entendu. Ils ont ensuite utilisé la primaire de la droite pour signifier à Nicolas Sarkozy et à Alain Juppé qu’ils ne voulaient plus d’eux. Ils ont utilisé les primaires de la gauche pour éliminer celui qui aurait pu être l’héritier du hollandisme, à savoir Manuel Valls. Maintenant, ils semblent pousser Emmanuel Macron et Marine Le Pen. »

« Si cela se vérifie, ajoute-t-il, les Français sont en train de transformer profondément la Ve République et son mode de scrutin, de contourner ce qu’elle impose, au profit d’un autre système politique. Les enquêtes d’opinion leur permettent de passer d’une opinion commune qui s’ignore elle-même à une opinion consciente d’elle-même. On est dans une phase de transition où les ressorts et les repères traditionnels sont épuisés. »

Primaire de la droite : abstention, François Fillon ou Poisson ?

primaire-droite-fillon-poisson

20/11/2016 – FRANCE (NOVOpress) : Vous hésitez à aller voter à la primaire de la droite et du centre ? Vous hésitez entre l’abstention, un vote pour François Fillon et un vote pour Jean-Frédéric Poisson, que Marion-Maréchal Le Pen a salué hier d’un tweet qui a été perçu comme un encouragement à lui apporter son suffrage ? Il nous a semblé intéressant de publier ce texte de François Falcon paru sur le site Boulevard Voltaire.

« Faut-il voter Fillon afin d’écarter l’un des vainqueurs des sondages ? La perspective est tentante et son projet une synthèse intéressante. 

Ce dimanche, certains songent à aller à la pêche. C’est tentant, bien sûr, puisque la démocratie représentative est une démocratie par défaut. Si l’on permettait aux Français de proposer et de voter directement les lois par Internet, il est clair que notre législation serait radicalement différente. Mais à l’heure où des iconoclastes comme Aphatie songent à détruire le château de Versailles et contestent le suffrage universel dès lors qu’il porte au pouvoir des personnages ou des courants de pensée contraires à leurs anti-valeurs, la moindre parcelle de démocratie doit être exploitée. Exit, donc, la pêche.

Faut-il voter Fillon afin d’écarter l’un des vainqueurs des sondages ? La perspective est tentante et le projet de François Fillon est une synthèse intéressante. En comparaison de la ligne démocrate de Hillary Juppé et de la ligne opportuniste de Donald (celui de Disney) Sarkozy, c’est assurément un moindre mal. 

Sa campagne de coureur de fond lui a permis d’affiner sa vision de la société française et du monde, comme l’atteste notamment son discours de Biarritz : il y affirmait, par exemple, qu’il n’y a pas de problème de « communautarismes » en France mais uniquement un problème de dérive sectaire de la communauté musulmane et il s’y disait opposé à un durcissement de la législation laïque, qui reviendrait à pénaliser des millions de croyants qui ne posent aucun problème – catholiques, protestants, juifs, bouddhistes – au prétexte de canaliser les provocations de l’islam. En matière de politique étrangère, aussi, Fillon est clairement plus réaliste que ses concurrents du sérail, tous peu ou prou atlantistes.

Pour autant, l’adoption de ce rite américain des primaires – lequel s’explique outre-Atlantique par le fait que leur élection présidentielle est une élection à un seul tour – est une occasion unique de voter non pas en fonction de considérations stratégiques mais en fonction de ses convictions. Nous avons, désormais, en France une compétition à quatre tours (voire à six tours, si nous nous mêlons de la primaire socialiste afin d’écarter le calife Hollande ou son grand vizirs Valls) ; si nous n’en profitons pas pour faire au moins une fois un vote de conviction, c’est que nous sommes vraiment indignes du suffrage universel comme le pensent les Aphatie, les Attali et autres Attila !

Que ceux qui sont sensibles à la sincérité clintonienne de NKM ou de Bruno Le Maire votent donc pour eux ; que les très jeunes ou les très anciens qui n’ont pas le souvenir du mandat de Sarkozy votent donc pour lui ; que les masochistes bien-pensants votent Juppé ; que les libéraux identitaires christianisants modérés votent Fillon et que les sociaux identitaires chrétiens convaincus – ou leurs compagnons de route – votent Poisson, le seul au demeurant qui dénonce « le cordon sanitaire » anti-FN. 

Ajoutons que tous ceux qui ont sacrifié des dizaines d’euros et des dizaines d’heures pour aller manifester leur hostilité à la loi Taubira, et qui ont été méprisés par le système au point de n’être même pas décomptés, tiennent là l’occasion de se faire entendre très clairement en deux minutes et pour seulement deux euros. S’ils font tous cette démarche, Poisson, le seul qui souhaite abroger le mariage gay, rejoint mécaniquement le trio de tête avec plus de 25 % des voix. Dimanche 20 novembre, les vétérans de la Manif pour tous peuvent déclencher un séisme politique s’ils le souhaitent. Qu’ils ne s’en privent pas ! »

Tribune parue sur Boulevard Voltaire sous la signature de François Falcon

L’abstention, grand chiffre des municipales

L'abstention, grand chiffre des municipales

26/03/2014 – PARIS (NOVOpress / Bulletin de réinformation) – 51,3 %, ce chiffre qui fait majorité, ce sont les Français qui ont refusé d’aller voter dimanche dernier. L’abstention, c’est bien ce chiffre qui a été omis par tous les analystes. D’autres chiffres en effet ont été analysés : le score de Steeve Briois à Hénin‑Beaumont, ou celui de Robert Ménard à Béziers, celui de Florian Philippot à Forbach, l’éventuel retour de la droite à Paris, le candidat PS réélu à plus de 65 % à Tulle, soi‑disant fief de François Hollande, président de la République…

Les analystes interprètent le vote Front national comme un vote anti-système. Que pourraient‑ils dire des millions de voix qui ont refusé de s’exprimer ? L’abstention est en effet cinq fois plus nombreuse que les suffrages recueillis par le Front national. L’abstention augmente d’année en année et a gagné deux points par rapport au dernier scrutin. Au fil des affaires, de Karachi à Cahuzac, le désintérêt des Français pour la vie politicienne n’a fait que s’accentuer. Les dirigeants français, grands donneurs de leçons de démocratie au monde entier, feraient bien de s’interroger sur l’état de cette même démocratie dans leur pays…

Crédit photo : julien_hillairet via Flickr (cc)