Elon Musk, Twitter et la liberté d’expression au XXIe siècle, par Clément Martin (Les Identitaires)

Elon Musk

Elon Musk, le milliardaire américain d’origine sud-africaine, président de l’entreprise aérospatiale SpaceX et directeur-général de Tesla, vient d’entrer au capital de Twitter (9 % des parts) et d’en devenir le premier actionnaire. Sa volonté affichée de réformer la plateforme[1] et d’y faire respecter la liberté d’expression est l’occasion de réfléchir sur l’avenir de la protection de l’expression politique.

La liberté d’expression : comparaison des 2 côtés de l’Atlantique

Les États-Unis constituent un cas intéressant à étudier pour comprendre en profondeur le combat autour de la liberté d’expression. Le premier amendement de la Constitution garantit aux citoyens américains que sous aucun prétexte le gouvernement ne saurait mettre en place des lois restreignant l’expression publique, quelle qu’elle soit. Autrement dit, il n’existe aucune loi antiraciste (type loi Pléven) ou mémorielle (comme la loi Taubira). On pourrait donc considérer que la liberté d’expression est totale chez l’Oncle Sam. Or, s’il est certain que la situation est bien meilleure qu’en France, elle n’est sûrement pas parfaite. En effet, c’est bien aux États-Unis que s’est développée la fameuse « cancel culture » décriée (à juste titre) par les patriotes et les conservateurs d’Occident. Cette culture du lynchage médiatique et de l’exclusion de tous les canaux d’expression (réseaux sociaux, magazines, émissions télévisées, etc.) à la suite de propos jugés hétérodoxes par les seigneurs culturels révèle une réalité souvent oubliée : la liberté d’expression n’est pas seulement un dispositif légal permettant à chacun de s’exprimer sans craindre la répression de l’État, mais une culture qui a pour but de garantir que la discussion publique ne cède pas au monologue et à la domination des bien-pensants. Aujourd’hui, même si le citoyen, l’homme politique ou le journaliste dissidents américain ne risquent pas de finir en prison pour leurs propos, ils peuvent se faire intégralement exclure des plateformes privées, harceler et finir marginalisés dans le débat public. Dans ce cas de figure, le résultat n’est pas si différent, puisqu’on arrive au même point que dans les pays comme la France où il n’existe guère de premier amendement : la pensée à contre-courant est absente, invisibilisée de la conscience collective.

C’est la raison pour laquelle l’administration Trump avait un temps pensé, pour lutter contre l’hégémonie progressiste, à réguler les réseaux sociaux en situation de monopole (tels que Twitter ou Facebook) afin de forcer les acteurs privés à garantir la liberté d’expression au même titre que le gouvernement via le premier amendement[2]. Malheureusement, cette volonté de réforme est laissée lettre morte.

Certes, il est crucial de se débarrasser des lois restreignant l’expression politique en France, mais cela ne suffira pas : il faudra aussi chercher à faire respecter ce principe au sein du secteur privé.

Du spontanéisme populiste à la constitution d’un bloc historique de droite

Ce que le geste d’Elon Musk révèle, c’est que le volontarisme individuel de membres de l’élite économique peut se révéler plus efficace que la législation de l’État. Les leviers classiques du monde économique moderne (acquérir des parts pour influencer sur la gestion d’une entreprise) ont l’avantage d’être plus rapides à mettre en place que de devoir gagner une élection et d’espérer que le nouveau pouvoir politique réforme (lentement, forcément) l’environnement légal de tout un pays.

Mais plus encore, cela illustre l’arrivée sur la scène publique de milliardaires décidés à lutter contre l’hégémonie culturelle de la gauche : toujours aux États-Unis, on peut penser à Peter Thiel, fondateur de PayPal et donateur à la campagne de Trump, qui avait traîné en justice Gawker, journal people qui avait publié sans son accord une sex tape du célèbre catcheur Hulk Hogan, dans une entreprise de démolition de sa réputation. Au terme de la procédure, la justice avait donné raison à Hogan et Thiel, se soldant par la liquidation et la disparition de Gawker[3] ; cet épisode marquait une victoire contre l’impunité d’une presse aux ordres, utilisant la liberté de la presse comme un privilège corporatiste et une méthode d’humiliation. La leçon est claire : pour se défaire de la tyrannie du complexe médiatico-industriel, la droite ne peut plus se limiter au combat légal, mais doit cultiver des champions suffisamment puissants et influents pour faire prévaloir ses intérêts.

Si l’on va plus loin, cela permet d’apercevoir une issue de sortie pour le blocage politique qui définit l’Occident : on le sait, nombre de revendications identitaires et opposées à l’ingénierie sociale progressiste sont portés par un bloc populiste, qui souffre, par sa nature propre, de son exclusion économique et culturelle. Grâce à ces relais au sein de l’élite économique, la lutte identitaire et populiste est certaine de passer à la vitesse supérieure.

Au-delà de la question de la liberté d’expression, c’est l’enjeu principal pour la droite de conviction : si la critique des « élites » actuelles est fondamentale, elle ne doit pas tomber dans le piège d’un dégagisme démagogique et impuissant. L’objectif pour les leaders politiques de la révolte enracinée ne devrait pas être de placer ses espoirs dans un spontanéisme de droite (type Gilets jaunes), incapable d’apporter un changement de façon autonome, mais de chercher à former avec des membres dissidents de l’élite (notamment économique) un bloc historique capable d’influencer, de lutter et, in fine, de gouverner.

Clément Martin

[1] https://www.latribune.fr/technos-medias/internet/twitter-a-peine-arrive-elon-musk-continue-de-jouer-les-trublions-913421.html
[2] https://edition.cnn.com/2020/05/27/politics/donald-trump-twitter-threat-regulate/index.html
[3] https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/08/20/le-milliardaire-peter-thiel-remporte-son-combat-contre-le-site-gawker_4985321_3236.html

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

En France et aux Etats-Unis, la violence des bien-pensants

violence gauche

Il n’a pas manqué grand-chose à Jean-Luc Mélenchon pour atteindre le second tour de l’élection présidentielle. Ses militants, en rage, ont attaqué des permanences du PCF et d’EELV, accusés d’avoir trahi la gauche. Des méthodes violentes qui ne surprendront que les naïfs mais qui en disent long sur l’état d’esprit du « camp du bien ».

Grâce à Jean-Marie Le Pen, l’on connaissait depuis un moment déjà « la fiesta chez les gauchos », qu’il nous racontait en chanson. Voici que l’on découvre les « règlements de compte chez les gauchos », étalés dans la presse depuis dimanche soir. D’abords exprimées sur internet, les critiques, insultes et menaces envers les candidats et les partis ayant privé Jean-Luc Mélenchon des quelques points qui lui manquaient pour se qualifier pour le second tour se sont concrétisées dans le monde réel.

A Nantes, les permanences d’Europe Ecologie les Verts (EELV) et du Parti communiste (PCF) ont ainsi été prises pour cible. Une vitre brisée, des tags avec les inscriptions « traître » et « sac à merdes » (sic) : le message est clair, Yannick Jadot et Fabien Roussel sont considérés comme les fossoyeurs de la gauche.

A Lille, le siège de la fédération communiste du Nord a subi le même sort. Dimanche vers 21 h 30, 5 à 7 individus ont débarqué sur les lieux, insultant les militants du PCF et cassant la porte avec une bombe de protoxyde d’azote. Les victimes ont porté plainte, la secrétaire fédérale du parti communiste qualifiant même les assaillants de militants…« gauchistes » ! On ne la contredira pas !

Plusieurs tags ont par ailleurs fleuri dans les rues avoisinantes avec l’inscription « Roussel = ennemi du peuple ».

Si les diverses attaques ont été condamnées, notamment par la maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, La France Insoumise est restée discrète. Adrien Quatennens, bras droit de Jean-Luc Mélenchon, avait d’ailleurs mis de l’huile sur le feu en déclarant que « les voix de Fabien Roussel [leur] ont manqué incontestablement ».

Les communistes, bien que d’extrême gauche, ont certainement eu du mal à avaler la position très pro-musulmane de Jean-Luc Mélenchon. Des désaccords existent également entre eux et LFI au sujet du nucléaire, de la laïcité, de l’industrialisation et du communautarisme. Assez pour justifier un vote indépendant, mais pas au regard des nervis antifas, biberonnés à la haine des opposants politiques et habitués à l’impunité.

Aux Etats-Unis comme en France, le « camp du bien » se croit tout permis.

A l’université de Buffalo, Therese Purcell, présidente des Young Americans for Freedom, a été pourchassée par une foule estampillée « Black Lives Matter » pour avoir invité le lieutenant-colonel Allen West, un conservateur noir, à parler du racisme.

Après l’événement, environ 200 étudiants ont traqué la jeune femme sur le campus en hurlant des slogans menaçants. Therese Purcell a échappé au pire en parvenant à se cacher.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 13 avril 2022

De la démocratie et autres fariboles, par Jean-Paul Brighelli

poutine

Violemment attaqué par certains commentateurs sur ce qui leur apparaissait comme une prise de distance vis-à-vis de l’Ukraine et une condamnation molle de la Russie, Jean-Paul Brighelli élargit le débat : sommes-nous bien aptes à juger de régimes qui n’ont rien à voir avec le nôtre — si tant est que nous soyons nous-mêmes en démocratie ?

En toutes choses il faut remonter à l’origine : la démocratie a été instaurée par de minuscules États grecs vers le Ve siècle av. JC. Elle supposait une participation générale des citoyens, ce qui excluait les femmes, les métèques (qui étaient nés hors les limites de la cité, qu’ils soient Grecs ou non) et les esclaves. Soit les 9/10ème de la Cité.

Et encore, en limitant ainsi la représentativité, les démocraties n’étaient pas à l’abri de populistes — on disait alors « démagogues » — ou de dérives mortelles. Voir ce qu’en dit Aristophane dans les Cavaliers ou dans l’Assemblée des femmes.

Les citoyens athéniens, dans une économie servile, étaient des oisifs qui pouvaient consacrer à la politique l’intégralité de leur temps. Et pourtant, ils n’étaient guère plus éclairés que nos contemporains Si, Démosthène n’avait pas été là…

La démocratie athénienne est par ailleurs une démocratie directe : chacun voit ce que vote son voisin, puisque cela se fait en public. Et n’importe quel citoyen peut demander le bannissement de tel ou tel homme politique qui lui déplaît. Un processus si instable qu’au premier affrontement avec Sparte, qui était un système royal bicéphale, la démocratie athénienne a volé en éclats.

Montesquieu préfère les républiques aristocratiques, où quelques individus éclairés guident la plèbe. Démocratie et oligarchie sont à ses yeux deux perversions majeures de l’idée républicaine.

Notre génie national…

C’est pourtant sur ce modèle démocratique que s’est constituée la Ière République, en 1792 : les révolutionnaires étaient imbibés de références antiques, à l’époque. Le vote à main levée, en particulier, permet d’identifier les opinions de chacun — et éventuellement de les sanctionner, selon le tarif unique de la guillotine.

Le modèle n’a pas survécu à l’arrivée de Bonaparte — tout comme la IIème République n’a pas survécu au coup d’État de Napoléon III.

C’est que la France est tout ce que vous voulez, sauf un pays démocratique. Elle est éminemment royaliste, et la Constitution de la Vème République n’est qu’une adaptation, par un disciple de Maurras, des principes royalistes à un régime présidentiel. On prête d’ailleurs à Macron, s’il est réélu, le désir d’imposer une réforme constitutionnelle pour renforcer cet aspect présidentiel — conformément au génie national.

J’attribue une bonne part de la désaffection vis-à-vis du processus électoral au sentiment de nos concitoyens qui jugent insuffisante la royauté potentielle des candidats. Les couvertures des magazines, en 2017, présentant Macron en Napoléon IV ont bien tenté de pallier ces béances, mais elles ont persisté. Et aucun des candidats de dimanche n’est à la hauteur des aspirations à la monarchie. Je n’en veux pour preuve que la façon quelque peu dérisoire dont chacun se réclame de De Gaulle, dernier souverain incontesté : rappelez-vous les pages que chaque semaine le Canard enchaîné lui consacrait sous le titre « la Cour », présentant le président de la République en perruque louis-quatorzième. Nous vivons dans la fiction féconde de « l’homme providentiel ».

Les pays slaves veulent des tsars

Chaque pays a des tendances profondes qu’il faut connaître avant de décider à sa place. L’importation de démocraties dans les pays de l’Est ou dans les pays arabes était une très mauvaise idée — et il n’en subsiste que des parodies, que ce soit en Russie ou en Chine, avec un président à vie, en Ukraine avec des coups dÉtatt successifs, ou avec des « hommes forts » dans les pays moyen-orientaux qui se sont offerts un « printemps arabe » pour mieux mettre en place des leaders indéboulonnables. Sans compter ceux qui attendent la venue du Mahdi… Daesh n’a dû son succès local qu’à la croyance selon laquelle les divers « califes » qui l’ont dirigé, Abou Omar al-Baghdadi ou Abou Bakr al-Baghdadi, étaient des envoyés de Dieu.

Ceux qui n’admettent pas ce poids de l’Histoire et de la tradition sont tout simplement acculturés.Éliminerr par exemple Saddam Hussein ou Khadafi était une erreur très dommageable, les « raïs », comme on dit, étaient des gages de stabilité. En Irak le pouvoir chiite a rapidement offert une solution de remplacement adéquate — au grand dam des Américains. En Libye, les factions s’affrontent pour décider qui sera le calife, et déstabilisent toute l’Afrique. Encore bravo à ceux qui au nom de la « démocratie » ont détruit le bel équilibre qui régnait alors — par la force.

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Embargo énergétique contre la Russie : l’UE se tire une balle dans le pied

embargo russie

Après des semaines d’âpres négociations, les pays membres de l’UE ont finalement décidé jeudi, dans le cadre d’une cinquième salve de sanctions qui entrera en vigueur début août, outre l’interdiction d’exportations vers la Russie à hauteur de 10 milliards d’euros, le gel des avoirs de plusieurs banques russes ou encore l’élargissement de leur « liste noire » à plus de 200 proches du Kremlin, la mise en place d’un embargo sur le charbon russe. Une dernière mesure qui devrait leur coûter très cher puisque, rappelons-le, l’UE n’importe pas moins de 45 % de son charbon de Russie.

Cependant, dans leur volonté suicidaire de sanctionner Moscou « quoi qu’il en coûte », les Vingt-Sept ne semblent pas près de s’arrêter en si bon chemin : sous la pression du Parlement de Bruxelles, qui réclame l’imposition d’un embargo « total et immédiat » sur les importations « de pétrole, de charbon, de combustible nucléaire et de gaz » russes, ceux-ci pourraient bien décider lundi prochain, lors d’une nouvelle réunion, d’aller encore plus loin dans leurs sanctions contre le secteur énergétique russe. Au risque de saborder leurs propres économies…

Cent euros par adulte pour un embargo sur le gaz

Le fameux « Conseil d’analyse économique », dont la mission n’est autre que d’éclairer notre gouvernement, a beau affirmer dans sa note du 4 avril qu’un embargo sur le gaz russe n’aurait qu’« un impact relativement faible » sur les pays de l’UE et serait donc « gérable », l’addition n’en resterait pas moins salée pour des Français déjà durement frappés par une inflation galopante. Estimée par le CAE à environ 0,15 % à 0,3 %, la perte de notre revenu national brut entraînée par cet embargo coûterait en effet quelque 100 euros par adulte ! En outre, un tel boycott ayant évidemment des conséquences beaucoup plus graves sur les pays membres davantage dépendant du gaz russe que nous, cela contraindrait notre pays, comme l’indique le CAE dans sa note, à « une solidarité européenne ». Autrement dit, les Français, déjà dévalisés par le fisc, pourraient bien être contraints de mettre à nouveau la main à la poche pour venir en aide à la Bulgarie, la Finlande ou encore la Slovaquie.

Enfin, en plus d’entraîner une terrible hausse des prix pour les particuliers, un embargo sur le gaz russe aurait, comme la souligné jeudi sur Radio Classique Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’administration d’Engie, un impact « très significatif » sur l’économie européenne. En effet, a-t-il expliqué, si « nous serions probablement capables de remplacer à peu près la moitié » de nos importations de gaz russe, « le reste, à très court terme, devrait être compensé par une réduction des consommations, particulièrement dans les secteurs industriels », qui représentent 25 % de la consommation de gaz. « Il n’y aurait pas d’impact dans l’immédiat », a précisé Jean-Pierre Clamadieu, car « nous arrivons dans la saison d’été en matière gazière, c’est-à-dire celle dans laquelle on reçoit plus de gaz qu’on en consomme ». Mais les conséquences d’un tel embargo se feraient immanquablement sentir « lors de l’hiver prochain ».

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 8 avril 2022

Hubert Védrine, le briseur d’idoles ou la géopolitique à coups de marteau

Hubert Védrine

Une politique étrangère digne de ce nom est pragmatique. Elle ne se pique pas de changer l’homme, de régénérer ou de corriger le monde. Depuis 30 ans, Hubert Védrine tente de l’expliquer à une intelligentsia de gauche dont l’humanisme velléitaire est aujourd’hui complètement dépassé par le réel ukrainien.

« Il est triste quand on s’endort dans une bergerie de trouver à son réveil les moutons changés en loups ». Ces mots de l’historien Hippolyte Taine auraient pu figurer en exergue du livre d’Hubert Védrine. L’ancien conseiller diplomatique de Mitterrand et ministre des Affaires étrangères de Jospin diagnostique le mal qui nous affecte, nous, Européens, et qui nous a condamnés, jusqu’à présent, à l’impuissance : un redoutable et funeste désarmement intellectuel (« Les Européens n’ont plus les outils mentaux pour penser le fait que l’histoire est une compétition de puissances »), un « vide de la pensée stratégique » dans lequel « le droit-de-l’hommisme et l’européisme se sont engouffrés ».

Ce mal n’est toutefois pas sans remède. Et lire, et méditer Une vision du monde (Bouquins, 2022), c’est commencer de se réarmer intellectuellement.

Le président ukrainien Zelensky ne nous facilite guère la tâche ! En exhortant le peuple français, lors de son intervention du 23 mars devant la représentation nationale, à se mobiliser toujours plus ardemment contre « une guerre faite à la liberté, l’égalité et la fraternité », il ne flattait que trop notre propension à fuir la politique dans la morale. Or, si ce conflit doit avoir quelque vertu, c’est bien de nous rappeler à l’urgence de renouer avec une vision stratégique des relations internationales, avec une conception géopolitique du monde.
Une réflexion longue de trente ans

« Moment historique », « retour du tragique », « retour de l’histoire » nous promet-on. Ou, plus rigoureusement retour des Européens et des Français dans l’histoire, car ni l’histoire, ni le tragique ne s’étaient exilés, nous les avions simplement écartés de notre horizon pour cause de non-conformité avec le grand récit progressiste. C’en serait fini du déni. Puissance, intérêts nationaux, rapports de force, étoffe dans laquelle le réel est taillé avec laquelle désormais nous composerions. Cette fois-ci serait donc la bonne.

Nous voudrions y croire. Certes, l’Union européenne (U.E.) marche comme un seul homme, Poutine aura cimenté une communauté réputée pour ses divisions. L’Occident (Europe et Etats-Unis) s’avance sur la scène du monde autrement que la corde au cou et le genou à terre. L’OTAN, diagnostiquée en état de mort cérébrale, est en voie de résurrection. Toutefois, qu’on nous permette de faire montre de scepticisme. Le traitement médiatique réservé au conflit ukrainien, outrageusement sentimental, augure mal de la suite. Ce que Hubert Védrine appelle « l’humanitarisme médiatisé » et qu’il analyse comme un des obstacles majeurs à toute politique étrangère digne de ce nom est à son comble. Le mal cristallise dans la figure de Poutine, manifestement plus aisé à jeter aux gémonies que l’islamisme (paralysie du pas d’amalgame). Pour le reste, on se rassure : solidarité et générosité exceptionnelles, chants – ah, cette petite Ukrainienne âgée de sept ans, qui chantait dans un bunker et, exilée en Pologne, loin de ses parents, se voit propulsée sur la scène du monde au travers des réseaux sociaux, interprétant l’hymne national de son pays lors d’un concert caritatif devant un auditoire impressionnant ! Bref, l’humanité est une et tout le monde s’aime.

Les journalistes – à commencer par la revue de presse de Claude Askolovitch expert ès lyrisme kitsch sur France Inter – semblent toujours et d’abord préoccupés à former des claviers qui vibrent, qui pleurent et qui s’émerveillent plutôt que des collaborateurs conscients des dirigeants qu’ils se sont donnés, comme eût dit Marc Bloch. Quant aux pressions qui s’exercent sur les entreprises françaises afin qu’elles se retirent de Russie, elles s’élèvent dans l’oubli et/ou le mépris de ce que « chaque fois que l’Occident ostracise un pays en le décrétant ‟voyou”, les Chinois se précipitent pour établir des accords privilégiés », ainsi qu’en avertit encore, et depuis des années, Hubert Védrine. Les Chinois, mais aussi d’autres puissances émergentes. On sait ainsi, dans le cas de Renault en Russie, que les Indiens sont aux aguets. Ces pressions, ces sommations prouvent que les intérêts nationaux sont loin d’avoir recouvré toute leur légitimité.

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La famine à l’horizon ?, par Bernard Lugan

Bernard Lugan

En 1960, à la fin de la période coloniale, l’Afrique ignorait les famines, elle était autosuffisante et elle exportait des aliments (voir mon livre Colonisation, l’histoire à l’endroit).

Aujourd’hui, les Africains ne produisent plus de quoi se nourrir. Comment le pourraient-ils d’ailleurs avec un croît démographique annuel de 3% quand les ressources agricoles n’augmentent quant à elles que de 1% ?

Enorme importatrice de blé et de maïs, l’Afrique est donc à la merci de mauvaises récoltes céréalières européennes, argentines ou australiennes… ou d’évènements imprévus, comme aujourd’hui le conflit ukrainien.
La situation est d’autant plus grave qu’en 2021, avant donc cette guerre, une vingtaine de pays africains connaissaient déjà une crise alimentaire permanente, cependant que dix autres étaient au bord de la famine. Toujours en 2021, 282 millions d’Africains étaient sous-alimentés et plusieurs dizaines de millions ne survivaient que grâce à l’aide alimentaire internationale (Source : Etat de la sécurité alimentaire et de la nutrition, Rapport 2021)

Dans ces conditions, comment, à l’exception de quelques Etats pétroliers, les pays africains vont-ils pouvoir faire face à l’envolée actuelle des cours des céréales, et cela, alors que leurs ressources sont faibles ou quasi inexistantes ?
Depuis la décennie 1960, année après année, comme les chiffres du commerce des grandes économies mondiales le démontrent, l’Afrique est en effet devenue une composante de plus en plus marginale de la vie économique mondiale :
– Economiquement, l’Afrique ne compte pas pour la France. Elle ne représente en effet qu’environ 3,40% de tout le commerce extérieur de la France, 50% étant réalisés avec quatre pays (Maroc, Algérie, Tunisie et Egypte). Quant à la zone CFA si constamment dénoncée par les aboyeurs de la culpabilisation, elle ne pèse que 0,79% du commerce extérieur français…

– L’Afrique ne représente que 2,5% du commerce extérieur de la Grande-Bretagne, dont 60% réalisés avec 2 pays seulement, la RSA (35%) et le Nigeria (25%).
– Le continent africain ne représente que 2% du commerce extérieur allemand.
– Le continent africain dans son ensemble représente moins de 2% de tout le commerce extérieur américain et à peine 1% du commerce extérieur japonais.
– Quant à la Chine, prédateur en quête de ressources naturelles, en 2020, sur environ 6000 milliards de dollars de son commerce extérieur, l’Afrique en a totalisé 198 milliards, à peine 3,3%…

Bernard Lugan

Texte repris du Blog de Bernard Lugan

Russie-Ukraine : la paix à l’épreuve des mensonges – Boutcha crimes de guerre ou montage médiatique ?

Jacques Baud – « L’Occident instrumentalise l’Ukraine contre Poutine » – En un mois, les Russes ont tiré ce que les Américains ont tiré le premier jour de l’invasion en Irak !

Europe : la guerre en Ukraine rebat les cartes

europe ukraine

La guerre en Ukraine n’en finit plus de provoquer des remous militaires et géopolitiques en Europe. Après le réarmement de l’Allemagne annoncé fin février, la France s’interroge sur la qualité de ses services de renseignement, l’Angleterre tente de faire pression sur ses anciens alliés tandis que la Suède songe à adhérer à l’Otan, ce qu’elle refusait catégoriquement jusqu’à présent. L’Europe est sens dessus dessous !

Responsable du fiasco ? Bouc émissaire ? Toujours est-il que le général Eric Vidaud, patron de la direction du renseignement militaire français depuis sept mois, a été limogé par l’état-major. C’est une information révélée mercredi par « une source interne au ministère des Armées », qui précise également que sa hiérarchie pointait du doigt son « manque de maîtrise des sujets ».

Le renseignement militaire français, contrairement à celui des Etats-Unis, ne croyait pas à l’hypothèse d’une invasion russe de l’Ukraine.

L’on pourra toutefois noter que le chef des armées, un certain Emmanuel Macron, s’est lui aussi lourdement trompé en étant l’idiot utile de Vladimir Poutine. La démarche diplomatique du président français était par ailleurs peu sérieuse, celui-ci ne ratant jamais une occasion d’apporter son soutien à l’Ukraine entre deux échanges avec le président russe.

L’Angleterre, elle aussi, semble agacée de voir les événements lui échapper. Son ancienne colonie, l’Inde, n’a en effet pas embrassé la ligne occidentale, ne votant pas la résolution de l’ONU exigeant le retrait des forces russes de l’Ukraine et n’adoptant pas la moindre sanction économique à son encontre.

Jeudi, Liz Truss, ministre britannique des Affaires étrangères, a effectué le voyage à New Delhi afin d’encourager un rapprochement entre les deux pays, promettant que cela stimulerait la sécurité dans la région et créerait des emplois. Si l’Inde collabore avec la Russie, tout comme la Chine, elle demeure rivale de son géant voisin communiste et ne peut se permettre de couper les ponts avec ses potentiels alliés occidentaux. Liz Truss et le Royaume-Uni l’ont bien compris.

L’Europe du Nord, future zone conflictuelle ?

Magdalena Andersson, Premier ministre suédois (ou Première ministre ? Je ne sais plus ce qu’on doit dire en bon français !), a déclaré mercredi lors d’un entretien télévisé qu’elle n’excluait « en aucune façon » l’adhésion de son pays à l’Otan, ajoutant qu’elle souhaitait que soit faite « une analyse approfondie des possibilités » mais aussi une analyse « des menaces et des risques ».

L’élargissement de l’Otan est en effet ce que redoute le Kremlin, qui n’hésite pas à menacer les prétendants se trouvant à proximité de son territoire, comme il l’a fait dès la fin février avec la Finlande. Or, la Suède et la Russie partagent une frontière maritime en mer Baltique.

C’est un brusque revirement pour la Suède, sa dirigeante ayant assuré au début de l’assaut russe qu’il était « crucial » que la ligne de la Suède dans sa politique de sécurité reste inchangée. Elle ajoutait le 8 mars qu’un rapprochement avec l’Otan déstabiliserait potentiellement la sécurité de l’Europe du Nord.

Les dirigeants européens, confrontés à une situation inédite depuis plusieurs décennies, naviguent à vue.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 1er avril 2022

L’Arabie Saoudite va renvoyer 100.000 migrants éthiopiens dans leur pays, le royaume en a déjà renvoyé 352.000 en 4 ans. L’ONU approuve ces expulsions massives

Volodymyr Zelensky en opération séduction au Parlement

Zelensky chard

Volodymyr Zelensky s’est adressé au Parlement. Mercredi, peu après 15 heures, députés et sénateurs s’étaient réunis pour écouter le président ukrainien, intervenant via un écran géant.

Pas de place pour les questions ou le débat ! Le président ukrainien s’est contenté de prononcer pendant un peu plus de douze minutes un discours parfaitement préparé, remplissant tous les critères de la « comm » moderne.

Après avoir évoqué les crimes commis par l’armée russe et invité – forcé ? – son auditoire à se lever pour respecter une minute de silence en mémoire des victimes, il a donc vanté les mérites de la France tout en lui demandant de faire davantage. Pour résumer son propos, la devise « liberté-égalité-fraternité » est une source d’inspiration pour les Ukrainiens mais il faut désormais les aider à l’appliquer chez eux face à l’envahisseur tandis que les ruines de Marioupol rappellent celles de Verdun.

Par ailleurs, Volodymyr Zelensky n’y est pas allé par quatre chemins, faisant de nombreuses demandes et autres appels du pied.

Il a notamment souligné que c’est sous la présidence française de l’Union européenne que devra être prise la décision au sujet de la demande d’adhésion de l’Ukraine à l’UE. Il a également réclamé « plus de soutien », notamment des armes et des chars, et demandé le départ des dernières entreprises françaises encore actives en Russie, à commencer par Renault, Leroy Merlin et Auchan.

Des réactions

Au micro de Public Sénat, Bruno Retailleau, sénateur LR de la Vendée, a évoqué un moment « historique » et « très touchant ». A ses yeux, les choses sont claires, « nous devons fournir des armes ». Une position que ne partage pas Nicolas Dupont-Aignan.

S’il valide l’idée d’apporter de l’aide humanitaire à l’Ukraine, le député refuse d’envoyer des armes, précisant qu’il fallait « créer les conditions de la paix, pas les conditions de la guerre ». Celui qui est aussi candidat à l’élection présidentielle et a reçu le soutien de Florian Philippot est allé plus loin en évoquant « un discours extrêmement dangereux » qui pourrait déboucher sur « un engrenage dramatique pour le continent ». Le risque semble effectivement réel. Nicolas Dupont-Aignan propose la neutralité de l’Ukraine ainsi que l’autonomie constitutionnelle du Donbass, comme l’exige la Russie. Les détracteurs du souverainiste ne se sont donc pas privés pour lui faire remarquer que l’Ukraine, elle aussi, tentait de défendre sa souveraineté.

Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, tous deux pointés du doigt pour leur position mesurée – d’aucuns préciseraient « juste » – envers la Russie, étaient bien présents dans l’hémicycle mais n’ont pas surréagi, privilégiant leur campagne électorale.

Dans les heures suivant l’intervention du président ukrainien, l’entreprise Renault a annoncé qu’elle suspendait dès à présent les activités de son usine de Moscou, tout comme le laboratoire pharmaceutique français Sanofi. Leroy Merlin, en revanche, poursuivra ses activités, craignant une faillite et une expropriation qui renforcerait les moyens financiers de la Russie si elle rompait ses engagements.

L’émotion est-elle la réponse à toutes les questions politiques ?

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 24 mars 2022

I-Média – Les plus gros bobards de guerre

i-media bobards guerre

25/03/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Les plus gros bobards de guerre, c’est dans I-Média n°387.

0:56 Image de la semaine Emmanuel Macron, après avoir copié les photos de J.F Kennedy et B. Obama, reprend les clichés de Volodymyr Zelenski. Jean-Yves Le Gallou revient sur le président-narcisse qui aimait se contempler.

07:10 Les plus gros bobards de guerre Lorsqu’il y a guerre, il y a bobard. Pire encore, pour qu’il y ait guerre, il doit y avoir bobard. Jean-Yves Le Gallou et Jules Blaiseau reviennent sur 5 bobards de guerre où les gouvernements et médias ont menti au monde entier pour justifier des bombardements, des invasions et des conflits. Koweït, Kosovo, Irak, Lybie et Syrie : tant d’exemples qui nous invitent à traiter les informations en temps de guerre avec recul et prudence.


Diplomatie française sous Macron : cinq ans de gifles, cinq ans de honte

emmanuel macron

Cinq ans viennent de s’écouler. Cinq longues années durant lesquelles la France – et pas n’importe laquelle, celle d’Emmanuel Macron – aura tenté de regagner sa place sur la scène internationale. Cinq terribles années marquées par un enchaînement de gifles publiques sans précédent. C’est l’heure d’un triste bêtisier, avant de faire le choix de reconduire ou pas notre charismatique timonier. L’Ukraine, dont nous parlions récemment, n’est que la cerise sur le gâteau – ou le dernier clou sur le cercueil, c’est comme on voudra.

Dans le domaine des relations humaines, avec ses homologues de tous les pays, le Président ne fait pas dans la demi-mesure. Il ne sait que surjouer. Il a incarné OSS 117 au Niger en 2017, quand il a ironisé sur le président Roch Kaboré « parti réparer la climatisation ». Il a voulu jouer au cow-boy avec Donald Trump, qui l’a allègrement humilié devant les caméras en le prenant par la main ; au bilan, statu quo politique, conférence de presse insipide et trois luxations des phalanges. Avec cette familiarité poussive et embarrassante qui le caractérise, il a essayé pendant quatre ans d’être l’ami de Merkel, qui n’en avait cure, et n’a su parler que de lui en parlant aux autres. On peut relire, à ce titre, son discours d’adieu à la chancelière, en novembre 2021. Il s’y campe en « jeune Président impétueux qui voulait tout bousculer ». Ce n’est probablement pas le diagnostic de Vladimir Poutine qui, en bon officier traitant du KGB, a certainement su lire à l’œil nu la vulnérabilité narcissique et l’insécurité fondamentale du « Président impétueux ». Il s’est donc, à chaque fois, voluptueusement essuyé les pieds (métaphoriquement, s’entend) sur la figure prétentieuse de notre chef des armées.

Rendons cette justice au Président de la désormais 7e puissance mondiale : sur la scène internationale, il n’y a pas qu’en face-à-face qu’il soit nul. Macron a, par exemple, tenté d’être l’homme du redressement du Liban en 2020. Il s’est alors adressé aux dirigeants de ce vieux pays, ami de la France depuis François Ier, sur un ton que beaucoup d’entre nous n’auraient pas employé avec un resquilleur de file d’attente. Après avoir essayé d’être le maître d’œuvre de la formation d’un gouvernement (et on se demande bien au nom de quelle légitimité), il a, en septembre 2020, « pris acte » de la « trahison collective » de la classe politique libanaise, qui n’en avait pas grand-chose à f… de ses initiatives. Nos amis phéniciens ont inventé l’alphabet et la mondialisation : nous leur avons transmis, sous notre bref protectorat républicain, l’affairisme et le verbiage. Il n’y a pas de quoi la ramener. Mais, que voulez-vous, il est comme ça, Macron. Il faut qu’il soit le sel de tous les plats. Les Libanais nous connaissent ; nous resterons amis. Heureusement qu’ils sont compréhensifs. Mais c’était bien une gifle – que le président de la République lui-même avait cherchée, en venant mettre son nez dans une affaire qui ne le regardait pas.

Le Levant ne suffisait pas. Il fallait que Macron fût ridicule ailleurs. Pourquoi pas le Mali ? Ses dirigeants nous avaient demandé d’intervenir. Nous leur donnions beaucoup d’argent. Ils nous laissaient jouer les puissances d’équilibre. Le conflit s’enlisait, mais pas plus que cela. Moins que l’Afghanistan jadis, par exemple. Il était donc difficile de tout faire rater en peu de temps : un défi à sa mesure. En une poignée de mois, il organisa un sommet risible à Pau, pour tancer les présidents du G5 Sahel, resta sans réaction après le putsch, laissa venir Wagner sur ce qu’il faut bien appeler nos plates-bandes… avant que le Mali, désormais fort du soutien russe, ne vire notre ambassadeur comme un malpropre au début de ce mois. Tout dernièrement, Macron a cru reprendre la main en annonçant le redéploiement de Barkhane et son départ du Mali. Réponse de Bamako (traduit du langage diplomatique) : « OK, et que ça saute. » Des gifles comme ça, on aime parfois en donner, mais jamais en prendre. Surtout pas devant tout le monde.

Vous me direz qu’il n’y a pas que la diplomatie ou la défense, dans les relations internationales. Et vous aurez raison. Il y a le soutien aux exportations aussi : les Rafale, les Mistral, les sous-marins, ils ne vont pas se vendre tout seuls. Il faut mettre des politiques sur la photo et des mallettes dans les chambres d’hôtel. En Australie, tenez, par exemple, Macron pouvait surfer sur le contrat du siècle, décroché en 2016 : douze sous-marins de classe Barracuda. Huit milliards à la clé pour la partie française. Et là, patatras ! Les Australiens ont tout annulé en septembre 2021, sous l’amicale pression de leurs amis américains. Perte de confiance, dignité effarouchée, on annule les petits fours : la diplomatie française n’a, certes, aucun mal à pianoter sur la gamme qui va du grand sourire aux larmes. Mais les effets de manche ne suffisent plus. On commence à voir le vide des coulisses, les éclairages qui faiblissent. Les macronistes les plus convaincus, dans leur pavillon en meulière de la banlieue ouest, ont comme un doute. Et si c’était vrai, ce que les fachos racontent ? Si le Mozart de la finance, l’homme à la pensée complexe, le petit prince de la stabilité planétaire, n’était pas à la hauteur ?

Dernier acte de cette stratégie de la gifle multiple, qui confine au masochisme le plus amusant : l’affaire ukrainienne. Emmanuel Macron s’est démené, dit-on sur les chaînes françaises. Pas sûr qu’on en ait grand-chose à faire à Pékin, Moscou ou Washington. Qu’a-t-il fait de concret ? Oh, rien, comme d’habitude, ou du moins pas grand-chose. Deux ou trois coups de menton, quelques entretiens longs et verbeux, dans des hebdomadaires ; quelques déplacements dans des capitales, peut-être, où on l’aura reçu, bien sûr, parce qu’on n’allait pas le laisser sur le palier avec son bouquet de fleurs. Et tout restera comme avant, comme s’il n’avait rien fait. Lui, il sera déjà passé à autre chose.

On pourrait ébaucher un portrait cubiste, par superposition de calques, de Macron à l’international. Il y a du Bernard-Henri Lévy, du Salengro (le défunt président du Groland) et du Bernard Tapie, chez cet homme-là. Du premier, il a l’amour démesuré de sa propre personne, le sentiment de porter une parole occidentale universelle, le ridicule des poses factices, le goût de se faire photographier à l’étranger, le besoin de parler fort et de ne rien faire avancer. Du deuxième, il a l’emphase ridicule, la posture martiale bricolée de toutes pièces, la boursouflure mal à propos, le côté fantoche d’un chef d’État grandiloquent à la tête d’un pays failli dont il ne se préoccupe pas. Du troisième, il a pris la fausse familiarité de bateleur (très peu naturelle dans le cas de Macron), l’envie de monter des « coups », l’indifférence totale au sort des entreprises qu’il désosse et revend sans un regret (dans le cas du Président, c’est la France).

Cinq ans de gifles sur la scène internationale. C’est long. C’est peut-être bientôt fini. Croisons les doigts.

Arnaud Florac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Ukraine : le nécessaire « tri » entre migrants, la question que les médias de grand chemin ne veulent pas poser

migrants

La guerre en Ukraine qui a débuté le 24 février dernier entraine d’importants mouvements de population. Le gouvernement français a rapidement annoncé que notre pays allait accueillir des réfugiés ukrainiens. Parmi les “migrants” qui arrivent en France, nombre d’entre eux n’ont pourtant pas la nationalité ukrainienne. Ceux qui l’ont souligné ont rapidement et vertement été critiqués par des médias de grand chemin. Était-ce justifié ? Revue de presse.

Le tir de barrage au « tri » des migrants

La question d’un tri entre refugiés ukrainiens et extra-européens a d’abord émergé lors de leur sortie du territoire ukrainien. Le journal La Croix, suivi par de nombreux autres médias, souligne ainsi le 1er mars que « les autorités faisaient le tri à la frontière ukrainienne ». Le journal d’extrême gauche Politis est encore plus explicite et parle d’un « tri racial » entre réfugiés.

Cette polémique ne s’est pas arrêtée là. Dans son édition du 9 mars, le journal Le Figaro révélait que parmi les 5 000 premiers migrants venant d’Ukraine arrivés en France à cette date, « 30 % sont des migrants d’autres nationalités, dont beaucoup d’Algériens », suivis par les Ivoiriens, les Marocains et les Indiens.

Cette information allait provoquer un tir de barrage de nombreux médias de grand chemin français favorables à l’accueil inconditionnel des migrants.

« Ukrainiens, Syriens, Afghans… l’accueil des réfugiés en France est-il à géométrie variable ? », s’interroge le Parisien en père la morale le 2 mars.

L’Express se fait la porte-parole des migrants le 3 mars : « Alors que les initiatives se multiplient en France pour accueillir les réfugiés ukrainiens, une éventuelle hiérarchisation entre demandeurs d’asile suscite la polémique ».

L’Alsace s’empresse le 14 mars de faire une « désinfox » de l’article du Figaro. Le quotidien régional estime que « les chiffres officiels « ne disent pas que 30% des réfugiés venus d’Ukraine ne sont pas Ukrainiens. (…) Vendredi, le ministère de l’Intérieur a dit à l’AFP que 97,5% des 10 007 personnes en provenance d’Ukraine contrôlées sur le territoire national par la police aux frontières depuis le 25 février avaient la nationalité ukrainienne ».

Un faisceau d’indices troublant

Alors, la question d’un nouveau coup de bluff à l’occasion de la guerre en Ukraine pour faire accepter toujours plus d’immigration extra-européenne était-elle déplacée ?

Sur les réseaux sociaux, le député Aurélien Taché ex-LREM met en scène son accueil de « réfugiés d’Ukraine ». A voir la photo illustrant cet accueil, nous soulignions le 15 mars que certains arrivent jusqu’en France, plus enfants du soleil que de Kiev.

Bouli Billy relaie un article de La République du centre intitulé : « Orléans accueille ses premiers réfugiés “ukrainiens” ». Il est illustré par la photo de Mohamed et de sa famille.

Les Envahis retweete pour sa part un article de Paris Normandie consacré à l’arrivée de Youssouf à Val-de-Reuil.

Rares sont les journalistes à être allés sur le terrain pour vérifier si l’accueil des réfugiés ukrainiens en France crée un effet d’aubaine. Il est vrai que le sujet est inflammable.

Jean Bexon est de ceux-là. Il a publié sur le site Boulevard voltaire un reportage vidéo au centre Accueil Ukraine, dans le XVIIIe arrondissement de Paris, près de la porte de la Chapelle. Il constate la présence de « nombreux jeunes Africains parmi les réfugiés d’Ukraine ».

Il relate ses constats dans l’article écrit à l’occasion de cette enquête :

« Une autre grande pièce jouxte la salle de réconfort. Une quarantaine de jeunes hommes, étudiants algériens pour certains, originaires d’Afrique subsaharienne pour d’autres, enregistrent un pré-dossier d’accueil ».

Un chauffeur salarié d’une compagnie de transport privée témoigne : « « Toute la journée d’hier, j’ai vu des “Blacks” ressemblant aux migrants que l’on croise habituellement dans Paris ».

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Conflit en Ukraine – Machiavel, toujours… – Une tribune d’Hervé Juvin

ambassadeur Russie

Confondre les causes — l’encerclement de la Russie — et les conséquences — l’invasion de l’Ukraine — constitue une erreur politique majeure. Mais elle ne dit pas tout des nouveaux rapports de force. La guerre en Ukraine échappe de plus en plus aux belligérants et devient le théâtre d’un affrontement à l’échelle du globe. Contre l’hégémonie du dollar. Contre les outils de contrôle de la finance internationale (le système Swift par exemple) au service exclusif des Anglo-Saxons. Les sanctions contre la Russie n’ont-elles pas été rejetées par plus des deux tiers de la population mondiale ? Cela devrait interroger les Européens et les inciter à sortir de l’orbite américain. La leçon de géopolitique d’Hervé Juvin.

Au moment où des édiles français proposent de changer le nom d’un lycée nommé Soljenitsyne parce qu’il est russe — savent-ils seulement quel dissident a été Soljenitsyne ? — au moment où la propagande se déchaîne jusqu’à désigner coupables ceux qui cherchent seulement à comprendre les raisons de l’invasion russe de l’Ukraine — essayer de comprendre, c’est déjà être complice ! — encore et encore, revenons-en à Machiavel. Chercher la verita effettiva de la cosa , voilà la seule ligne que tout élu, tout stratège plus encore, devrait adopter. Et si nous essayions de regarder ce qui est, au lieu de nous remplir de bonne conscience en proclamant ce qui devrait être ?

Un enjeu qui va au-delà des populations russophones

La guerre déclenchée par la Russie contre l’Ukraine n’a plus pour enjeu la sécurité des populations russophones du Donbass et d’ailleurs, ni le respect de leurs droits, tels qu’ils étaient prévus dans les accords de Minsk. Nous en sommes loin. Ce que le pouvoir russe s’obstine à nommer « opération » est devenu une guerre à signification mondiale, qui échappe largement à la Russie elle-même. Tel qu’il se dessine avec une précision croissante, l’enjeu est la fin de la domination anglo-américaine sur le monde. Cette domination s’exerce aujourd’hui à travers le monopole du dollar dans les transactions internationales, à travers le monopole des marchés de la City de Londres, de Wall Street et du Nasdaq aux États-Unis, plus encore d’une financiarisation insoutenable de l’économie mondiale, et par une instrumentalisation constante des prétendues « institutions internationales » par la tribu anglo-américaine, l’Union européenne n’y échappant pas.

Cette domination se justifie par une prétention arrogante à détenir le « Bien » et à faire le Bien du monde sans lui, voire contre la volonté exprimée des peuples. Cette domination explique le : « deux poids, deux mesures » qui, par exemple, dispense de toutes sanctions et de tout embargo les puissances coupables des agressions sans mandat des Nations-Unies contre la Libye (le mandat se limitait à la protection de Benghazi), contre l’Irak ou les complices des terroristes islamistes, par exemple en Afghanistan (la CIA contractant avec Ben Laden à Peshawar) ou en Syrie (l’invention britannique des « Casques Blancs »), et paralyse toute enquête sur la responsabilité américaine dans les pandémies échappées des laboratoires sous son contrôle, dans vingt-cinq pays, en Ukraine comme en Chine, en Bulgarie comme en Géorgie ou au Kazakhstan — et à Wuhan.

Sujet majeur ; des Nations représentant 3 milliards d’habitants exigent du Conseil de Sécurité de l’ONU une enquête indépendante, qu’une administration américaine en panique refuse, mais que le sénateur Rand Paul appelle, incarnant ce peu qui demeure de liberté en Amérique. Et elle explique un fait constaté, de Dakar à Delhi et de Téhéran à Pékin ; 8 milliards d’êtres humains qui sont autant de citoyens d’une Nation, d’héritiers de cultures et de civilisations toutes différentes, liés par leur identité collective et par cette liberté qui s’appelle souveraineté, ne seront pas conduits par cinq ou six cents millions de protestants arrogants et désormais, ignorants. Ajoutons notre lecture à l’emploi à deux reprises des missiles hypersoniques par la Russie ; la cause est entendue, et la sentence est sans appel. Les militaires ont entendu le message. Les mercenaires aussi, qui quittent l’Ukraine quand ils le peuvent.

L’économie compte

Le dirigeant historique de la Malaisie, Mohammad Mahathir, l’avait déclaré ; « l’Occident a tout pour être heureux, pourquoi veulent-ils vivre au-dessus de leurs moyens ? » Déclaration modérée, venant du dirigeant d’un pays un temps ruiné par l’attaque organisée par Georges Soros et ses complices contre le ringgit, la monnaie malaise. Saturé par la propagande à quoi se réduit la prétendue « économie » libérale, les Occidentaux ne mesurent pas à quel point l’aisance qu’ils croient devoir à leur travail, leurs entreprises et au génie de leurs dirigeants doit une part décisive au monopole du dollar. À de très rares exceptions près, le prix de toutes les matières premières qui comptent est libellé en dollar, et les marchés à terme de Chicago font les cours des céréales comme celui de Londres manipule les prix de l’or. À de très rares exceptions près, toute grande entreprise poursuivant une croissance mondiale cherche à lever des capitaux sur les marchés américains, à se faire coter sur ces marchés, et utilise les services de banques, d’auditeurs et de consultants américains — sans se rendre compte qu’elle tombe sous le coup des lois américaines.

Faut-il l’écrire au passé ? Il faut l’écrire au passé. En faisant disparaître quelques semaines Jack Ma, le milliardaire fondateur d’Alibaba au moment de l’introduction en Bourse de sa filiale, Ant, le gouvernement chinois a fait savoir que l’argent ne gouvernait pas la politique de la RPC. En négociant avec la Russie un contrat d’approvisionnement d’énergie à bon compte, en rouble contre roupie, l’Inde envoie un signal que renforce la décision des Émirats arabes unis de vendre du pétrole en yuan, hors dollar — au moment même où le nouveau maître des destinées de l’Arabie Saoudite refuse de prendre Joe Biden au téléphone. Le fait est que le dollar est en train de perdre sa fonction de référence sur les marchés de l’énergie.

La conclusion pourrait être : avec le monopole des transactions sur les matières premières, le dollar perd sa centralité dans le système monétaire mondial. Elle s’exprime autrement ; depuis le coup d’État monétaire de Nixon, le 15 août 1971, rendant le dollar non convertible en or, depuis une série d’escroqueries américaines, la moins commentée et la plus décisive étant sans doute la substitution de la comptabilité à valeur de marché (« market value ») à la comptabilité à valeur historique au début des années 2000, les États-Unis et, dans une moindre mesure, leurs alliés européens, bénéficient d’un niveau de vie surévalué de quelques 30 %. Qu’ils en profitent tant qu’il est temps !

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La Russie à la diète – Facebook et Instagram bannis de Russie : les censeurs censurés

Russie censure

Après notamment McDonald’s, KFC et Starbucks, c’est au tour de Facebook et d’Instagram – cette fois sur injonction de la justice locale – de disparaître (temporairement ?) du paysage russe. Un régime qui pourrait finalement se révéler salutaire pour une population enfin débarrassée des principaux instruments de l’impérialisme culturel américain.


Censurera bien qui censurera le dernier ! Lundi, la Russie a annoncé avoir bloqué les réseaux sociaux Facebook et Instagram, eux-mêmes adeptes de la censure et particulièrement actifs depuis le début de l’invasion de l’Ukraine.

La justice russe a suivi la demande du parquet et entériné l’interdiction des activités de la compagnie Meta, dont dépendent Facebook et Instagram, deux des réseaux sociaux les plus populaires à travers le monde. WhatsApp, également membre de cette famille virtuelle, n’est pas (encore) concerné.

Le FSB (Service fédéral de sécurité, héritier du KGB) avait appuyé cette demande en évoquant « des signes manifestes d’activité extrémiste […] dirigés contre la Russie et ses armées ».

Les instances russes réagissent à la modification des règles de modération de Facebook en Ukraine, permettant désormais aux habitants du pays de déverser leur haine sur la Russie sans encourir de sanction.

Andy Stone, responsable de la communication de Meta, ne s’était d’ailleurs pas caché de cette prise de position effectivement extrême, expliquant à l’AFP que, « en raison de l’invasion russe de l’Ukraine, nous faisons preuve d’indulgence pour des formes d’expression politique qui enfreindraient normalement nos règles sur les discours violents telles que mort aux envahisseurs russes ».

Rappelons par ailleurs que Facebook – comme la plupart des réseaux sociaux – avait déjà censuré certains médias russes, dont Sputnik et RT. Relais de la politique du Kremlin, RT n’omettait pas pour autant le point de vue adverse, diffusant les discours des leaders de l’Union européenne ainsi que de certains spécialistes hostiles à l’offensive russe.

En d’autres termes, Meta pratique depuis près d’un mois tous les amalgames qu’elle interdit à ses utilisateurs en d’autres circonstances.

Les Russes, américanisés comme les autres !

Si leurs dirigeants adoptent une posture très antiaméricaine, de nombreux Russes se sont, comme les Français et les autres Européens, totalement accoutumés aux modes venues des Etats-Unis ; Internet et les réseaux sociaux ne sont pas étrangers à ce phénomène.

La Russie possède ainsi son lot d’autoproclamés « influenceurs », ces vedettes du Web diffusant sur Instagram ou d’autres plates-formes des photos de leur vie quotidienne, faisant régulièrement la promotion de produits ou de marques.

Karina Nigay est l’une de ces influenceuses qui sévissent sur Instagram. A ses trois millions d’abonnés, peu avant la coupure de l’application dans son pays et réagissant à cette mesure, elle a diffusé une vidéo où elle apparaît en pleurs et compare sa peine à un deuil. Digne des « meilleurs » chroniqueurs de chez Cyril Hanouna ! La jeune femme annonce toutefois qu’elle migrera probablement vers Telegram, un système de messagerie, ou VK, le « Facebook russe ».

La censure russe

La guerre est synonyme de censure et la Russie la pratique également avec gourmandise. Manifestations, propos, médias et sites Internet sont scrutés et, s’ils contredisent la version officielle, censurés ou sanctionnés.

L’une des prochaines cibles pourrait tout simplement être YouTube, aux pratiques similaires à celle de Facebook.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 22 mars 2022