L’autoroute de la servitude – Vous avez dit libéraux ?

Klaus Schwab

En 1944, Friedrich Hayek publiait La Route de la servitude et avançait que l’interventionnisme des élites politiques et des « sachants » finissait toujours par écraser les libertés. Alors que nous sortons d’une autre guerre, sanitaire cette fois, il faut se replonger dans ses réflexions.

Sauf si j’ai raté quelque chose, je ne crois pas que la guerre contre le Covid ait été annoncée comme étant terminée. Et entretemps, la guerre entre la Russie et l’Ukraine a été déclarée, à laquelle les dirigeants européens tentent de faire croire que nos pays ne participent pas malgré les sanctions de plus en plus lourdes et nombreuses infligées à la Russie et malgré les livraisons d’armes massives effectuées au profit du pays bleu et jaune. Or, c’est dans un contexte de guerre qu’a été publié La Route de la servitude, livre politique de Friedrich Hayek sorti en 1944 et présenté par lui comme un ouvrage qu’il était de son devoir d’écrire dans un moment où la guerre justement empêchait ses collègues économistes de réfléchir et de guider l’opinion publique sur les choix d’organisation de la société à venir lorsque la paix serait revenue. Un livre de combat donc, en partie circonstanciel, mais surtout un ouvrage court qui posait des bases de réflexion solides et fixait des principes fondamentaux que son auteur ne ferait que détailler, expliciter et améliorer par la suite.

Une inquiétante mainmise

Si le libéral convaincu que je croyais encore être il y a quinze ans s’était alors délecté de cette lecture, le socialiste-conservateur-libéral[1] que je suis devenu depuis le lirait certainement avec un œil un peu plus critique aujourd’hui. Ma mémoire conserve néanmoins quelques idées-clés qui me paraissent toujours aussi pertinentes et utiles dans la période que nous traversons, marquée par une poussée du fédéralisme européen, de l’autoritarisme sanitaire et du contrôle social. Parmi elles, on trouve une critique en règle des experts, notamment économiques (que Hayek range sous le vocable de « planistes »), qui auraient vocation à déposséder le personnel politique de leur pouvoir, au motif que la vie de la société serait pour ainsi dire une matière scientifique que seuls des spécialistes peuvent discuter et traiter. Derrière les attaques répétées contre le socialisme auxquelles se livre l’auteur, c’est aux « sachants » qui veulent tout régir de manière scientifique qu’il s’en prend : saint-simoniens, marxistes ou continuateurs d’Auguste Comte sont ses cibles de choix, dont on trouve de lointains successeurs 80 ans plus tard dans un monde occidental dont on souligne à l’envi la complexité pour abandonner sa gestion aux seuls experts.

Le phénomène n’est pas nouveau en Europe, mais à la faveur du Covid et de la guerre en Ukraine, il s’est aggravé dans des proportions inquiétantes qui laissent craindre qu’on ne puisse revenir en arrière. Ce que révèlent le coup d’État discret opéré par Ursula von der Leyen et ses confrères d’une part, et l’omniprésence même plus cachée des consultants et des experts sur à peu près tous les sujets d’autre part, c’est une nouvelle tentative de mainmise sur le pouvoir par une élite intellectuelle et économique qui estime être la seule à savoir ce qui est bon pour la société. La pluralité des théories économiques comme scientifiques devrait nous avertir que la vérité est bien difficile, voire impossible, à déterminer, et nous inciter par conséquent à la plus grande prudence et au maintien du débat ; au lieu de cela, une alliance de certains économistes et certains scientifiques avec la majorité du monde médiatique, politique et judiciaire, vise à faire croire à l’unanimité d’une communauté de ceux qui savent et au caractère indéniable, incontestable, des propositions qu’elle avance pour répondre aux crises et pour gérer la société.

Est-ce que 1984 restera une dystopie ?

Ce qui rend ce constat fait par Hayek en 1944 et par d’autres avant et après lui absolument glaçant, c’est l’état actuel de la technologie. Pour horribles et monstrueux que les totalitarismes du xxème siècle aient été, ils avaient contre eux un manque de sophistication technique qui autorisait quelques failles, quelques interstices : samizdats, marché noir et potagers clandestins étaient encore possibles. Pour les contemporains du nazisme et du stalinisme, le cauchemar était une surveillance absolue contre laquelle rien n’était possible : c’est bien la raison pour laquelle 1984 d’Orwell, outre sa critique assez limpide du régime soviétique, a toujours été considéré comme une dystopie, c’est-à-dire un monde imaginaire et non souhaitable. Est-ce toujours le cas ? Dans un monde où les objets connectés nous espionnent, où les smartphones nous écoutent et où le fichage pour ses opinions politiques ou syndicales est permis, il semble bien que Big Brother soit désormais en place, dans l’indifférence générale, avec la complicité passive de tout un chacun même, et ne soit plus vu comme un mauvais rêve mais une réalité avec laquelle il faut s’accommoder.

Pour lire la suite, c’est ici !

Sanctions vs Russie : vers le chaos économique ? Entretien avec Jacques Sapir

19/05/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Et si l’Europe était la grande perdante des sanctions contre la Russie ? Et la Chine la grande gagnante ? Pour y répondre, et revenir sur l’impact concret de ces sanctions sur notre économie et celle des Russes, Livre Noir reçoit l’économiste et spécialiste de la Russie Jacques Sapir, sur un nouveau format dédié à la géopolitique.


Extraordinaire lapsus: George W.Bush parle de « l’invasion brutale et totalement injustifiée de… l’Irak » euh… de l’Ukraine

Monde libéral-libertaire : Netflix et Disney trébuchent

netflix

L’heure n’est pas à la fête pour les firmes mondialisées. Après qu’Elon Musk ait racheté Twitter et évoqué le possible retour de Donald Trump sur le réseau social, voilà que Netflix est en baisse de régime et que Disney est aux prises avec l’État de Floride.

Netflix chute en bourse, pour trop de woke ?

L’année 2022 démarre mal pour le géant de la diffusion en flux continu. Le premier trimestre a vu diminuer le nombre d’abonnés de 200.000, un chiffre modeste (sur 221 millions d’abonnés) mais qui a entraîné la chute de l’action de 25%, portant le niveau de la chute à presque 45% depuis le début de l’année 2022. Pourtant, les prévisions établies tablaient sur une hausse de presque 2 millions d’abonnements sur la même période. Un revers expliqué, selon la plateforme, par deux phénomènes : la perte des abonnés russes à la suite des sanctions prises contre Moscou et la difficulté à avoir du sang frais parmi ceux qui souscrivent un abonnement. D’autres explications viennent en tête : l’augmentation des tarifs ou encore la volonté d’incorporer de la publicité.

Toutes ces explications économiques occultent l’idéologie qui émane de nombre de productions Netflix, où les préoccupations de genre ou de race sont omniprésentes. C’est finalement Slate (que l’on peut difficilement accuser de fascisme) qui pose la question : « Netflix est-il trop progressiste pour plaire à la droite ? ». Des études réalisées aux États-Unis ont mis en lumière que les Républicains étaient plus réticents à l’idée de « Netflix and chill » que leurs congénères Démocrates. Une inclination qui se comprend au premier coup d’œil de certaines séries telles que Sex Education, une des productions emblématiques de la plateforme, où se confondent les odes à l’homosexualité, au métissage et à la remise en question des stéréotypes de genre.

Si certains pourraient se surprendre de ce parti pris, rappelons que le directeur des contenus de Netflix, Ted Saranbos, a organisé grâce à son carnet d’adresses bien garni une levée de fond pour la seconde campagne de Barack Obama. Indiquons aussi que l’audience majoritaire du site de streaming est cette « Génération Z », née entre 1997 et 2010, où les questions de genre et consorts sont bien représentées. Inspirant la concurrence, Sex Education a eu son équivalent sur Disney+. Intitulée Sex Nerd, la série « déniaise l’éducation sexuelle » selon Télérama.

Le climat de la Floride moins propice à Disney

À force de tendre la main, le bras vient avec. C’est ce que sont en train d’apprendre certaines de ces plateformes. Disney par exemple vient de perdre les privilèges fiscaux qui étaient les siens dans l’État de Floride depuis 1955. La raison ? Disney a contesté une loi jugée « homophobe », promulguée par le gouverneur de Floride, qui interdit de promouvoir les questions de genre et de sexe jusqu’à la troisième année de primaire. Le 11 mars 2022, Bob Chapek, le président de Disney a fait acte de contrition et promis « d’user de notre influence non seulement pour promouvoir des histoires inclusives, mais aussi pour défendre les droits humains (sic) ».

Une contestation faite sous la pression d’associations gays s’indignant que la firme ait financé la campagne électorale du gouverneur et donc, par ricochet, soutenu ce projet de loi. Paradoxalement, ce n’est pas la première fois que Disney se retrouve avec des accusations d’homophobie sur les bras. En avril 2022, l’acteur Chris Pratt, acteur central de la saga Les gardiens de la galaxie, a été au cœur d’une polémique pour fréquenter une église qualifiée d’homophobe selon ses détracteurs. Les hérauts de la tolérance ont exigé sa tête (sans l’obtenir). Citons aussi la sortie du film Mulan, ayant subi des appels au boycott car son générique de fin contenait un remerciement au gouvernement chinois alors occupé par l’affaire des Ouïghours.

Pour lire la suite, c’est ici !

Russie : vers une 3ème guerre mondiale ? L’analyse d’Aymeric Chauprade

chauprade

10/05/2022 – INTERNATIONAL (NOVOpress)
Depuis quelques jours, les médias occidentaux et russes s’interrogent fortement sur la possibilité d’une escalade du conflit entre l’Ukraine et la Russie vers une 3ème guerre mondiale voire une guerre nucléaire. Qu’en est-il réellement ? Poutine pourrait-il déclencher une frappe ? Et si oui, comment l’éviter ?

Le géopolitologue Aymeric Chauprade, fin spécialiste de l’Europe de l’Est et de la Russie, est l’invité de ce tout nouveau format consacrée à la géopolitique et animé par notre reporter Erik Tegnér. Dans cet entretien réalisé en direct, nous interrogeons également Aymeric Chauprade sur de nombreux sujets pour décrypter le vrai du faux sur l’état de santé de Poutine, son soutien ou non par l’Etat profond russe, les accusations de crimes de guerre à Boutcha etc.


Ukraine : l’Europe doit se désolidariser des Américains, par Bruno Mégret

Ukraine

La guerre en Ukraine évolue de façon très inquiétante. Le jusqu’au-boutisme des Américains ouvre en effet le risque d’une guerre nucléaire qui pourrait être fatale au monde européen.

Les Américains jettent de l’huile sur le feu…

Organisant la mobilisation générale contre la Russie, les Américains jettent de l’huile sur le feu. Accuser Poutine des pires ignominies, le traiter de boucher, parler de crimes de guerre et de génocide, le menacer de la Cour pénale internationale, c’est se couper de toute négociation possible avec lui. Ensuite, soutenir l’armée ukrainienne en s’engageant massivement à ses côtés au point de planifier maintenant des livraisons d’armes pour vingt milliards de dollars, c’est prolonger, voire étendre le conflit avec les pertes matérielles et principalement humaines qui en résultent. Enfin, c’est surtout s’engager ouvertement dans la guerre contre les Russes avec la volonté de les battre militairement.

… après avoir cherché à piéger les Russes

Un projet dont on peut d’ailleurs se demander s’il ne s’inscrit pas dans une stratégie conçue de longue date. Tout se passe en effet comme si les Américains avaient cherché à piéger le maître du Kremlin en refusant toute négociation avec lui sur la sécurité en Europe et en annonçant ensuite que pas un soldat américain ne viendrait défendre l’Ukraine. À la manière dont ils avaient poussé Saddam Hussein à l’invasion du Koweit, ils auraient ainsi délibérément créé les conditions de la réaction agressive des Russes pour, dans un deuxième temps, organiser contre eux une mobilisation générale de tout le monde occidental.

Mais si Poutine est acculé, le pire devient possible

L’erreur dramatique des Américains est que Poutine n’acceptera jamais de subir une défaite militaire. Et, s’il n’est pas question ici de défendre l’intéressé et de nier sa responsabilité première dans le conflit et dans les drames, voire les exactions qui en résultent, le devoir des dirigeants confrontés au chef d’État russe n’est pas d’aller pleurer dans les médias comme certains responsables américains mais d’agir lucidement en tenant compte des contraintes géopolitiques comme des réalités psychologiques.

A cet égard, il est clair que si Poutine est acculé à subir une défaite militaire, il utilisera l’arme nucléaire. On peut penser et espérer que ce sera, dans un premier temps au moins, l’arme nucléaire tactique sur le théâtre du champ de bataille, mais personne ne peut prévoir ce qu’il adviendra après une telle escalade de la violence guerrière.

L’Ukraine doit mener une guerre qu’elle aurait pu éviter…

Alors pourquoi prendre un tel risque ? S’agit-il de la souveraineté de l’Ukraine ? Un pays ne cesse pas d’être souverain si ses dirigeants, en sages politiques, tiennent compte des contraintes géopolitiques auxquels il est soumis. Faute d’avoir voulu le faire, les Ukrainiens ont été entraînés dans la guerre d’une façon pour le moins paradoxale : ils subissent une invasion russe pour avoir voulu se protéger d’une invasion russe (en cherchant à adhérer à l’Otan) ! Le président Zelensky porte donc sa part de responsabilité dans cette guerre en n’ayant pas accepté pour son pays un statut de neutralité, statut qui n’a rien au demeurant de déshonorant. Aussi est-il mal placé pour exiger aujourd’hui de tous les pays occidentaux qu’ils s’engagent sans réserve à ses côtés dans une guerre qu’il aurait peut-être pu éviter par une attitude plus prudente. Une guerre dans laquelle lui et son peuple sont d’ailleurs de surcroît instrumentalisés par les États-Unis.

… et se trouve instrumentalisée par les Américains pour détruire la puissance russe

Si les Américains prennent le risque d’une escalade militaire avec la Russie, c’est en effet pour un enjeu à leurs yeux bien supérieur à celui du devenir de l’Ukraine. Il s’agit pour eux d’en finir avec la puissance russe. Une puissance qu’ils ne contrôlent pas et dont ils détestent les valeurs politiquement incorrectes. Mais cet acharnement américain contre la Russie montre en tout cas combien les États-Unis peinent à prendre en compte les réalités nouvelles du monde actuel. Après leur victoire sur l’URSS ils ne sont pas devenus en effet les maîtres du monde car ce dernier n’est pas passé d’une organisation bipolaire à une structure unipolaire mais à une planète structurée en plusieurs pôles de puissance. Leur ennemi, ou leur adversaire, comme le nôtre, n’est donc pas la Russie mais bien plutôt les puissances émergentes qui veulent prendre leur revanche sur l’Europe et le monde occidental qui les ont dominées pendant plusieurs siècles. Les Américains seraient donc bien avisés de comprendre ce grand basculement et d’en tirer les conséquences : pour faire face à ces nouvelles puissances comme la Chine et dont beaucoup sont animées par le ressentiment ou l’esprit de vengeance, les États-Unis gagneraient à avoir à leur coté une vraie puissance européenne autonome et une Russie forte qui reste européenne.

L’Union européenne devrait se désolidariser des États- Unis pour imposer la désescalade

D’ici là, et pour en revenir à la guerre en Ukraine et au risque majeur d’une escalade nucléaire, je considère qu’il est de la responsabilité historique de l’Union européenne de se désolidariser officiellement des États-Unis et, forte de cette nouvelle légitimité, de se positionner avec autorité comme une puissance d’apaisement et de désescalade, écartant les Américains et poussant les deux parties à la négociation. Telle est l’initiative que devrait prendre rapidement l’actuel président de l’Union européenne, Emmanuel Macron. Et peu importe si certains pays comme la Pologne s’opposent à une telle prise de position, l’enjeu est trop important pour ne pas passer outre. Il s’agit en effet d’éviter le risque d’une guerre qui d’ailleurs ne serait pas mondiale. Car cette guerre n’embraserait que l’Europe et l’Amérique du nord. Elle conduirait au suicide du monde européen et chrétien, ce serait le crépuscule de l’Occident.

Tribune reprise de Polémia

France, Russie, Ukraine : qui survivra à Macron ? – L’analyse de Pierre-Yves Rougeyron

Macron

03/05/2022 – FRANCE (NOVOpress)
Dimanche 24 avril, le verdict est tombé. Plus de 58% des Français ont préféré voter pour qu’Emmanuel Macron reste à la tête de la France cinq ans supplémentaires face à Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement National. Un vote loin du plébiscite qui pose néanmoins question. Après un premier mandat d’une dureté inédite pour un grand nombre de Français, le Système a su se maintenir en misant sur un coup arithmétique.

Dès le soir du premier tour, le 3ème homme, Jean-Luc Mélenchon, avait assommé sa consigne : tout sauf Marine Le Pen. Résultat : les électeurs de la France Insoumise / Union Populaire se sont abstenus en masse, ou ont préféré voter pour le candidat de la retraite à 65 ans. Un paradoxe de plus en plus courant dans les rangs de l’extrême-gauche, dépourvue du vote ouvrier depuis un moment.

La France, par son morcellement, subi donc une nouvelle ère Macron. Une ère qui s’annonce encore plus dangereuse que la première. En effet, en plus du terrain social particulièrement explosif dû à l’inflation et aux réformes à venir, le conflit en Ukraine s’envenime chaque jour un peu plus. A peine l’élection d’Emmanuel Macron acquise, l’Union européenne a accéléré ses livraisons d’armes à Kiev, la France étant une des plus grosses contributrices. Les sanctions financières se poursuivent et pénalisent avant tout l’espace économique et le peuple européens.

Une situation aussi explosive sur le plan national qu’international face à laquelle Emmanuel Macron pourrait bien jeter de l’huile sur le feu.


Séries, films, réseaux sociaux… Les adolescents sont de plus en plus exposés au phénomène transgenre

Soft power : succès international pour la série ukrainienne « Serviteur du peuple »

Serviteur du peuple

Depuis le 24 février 2022, date de l’entrée des troupes russes en Ukraine, la série télévisée « Serviteur du peuple », dans laquelle l’actuel président Zelensky, ancien comique et acteur, tient le premier rôle, rencontre un fort succès d’audience à l’international et suscite l’intérêt de plusieurs groupes de médias s’étant subitement mis à racheter les droits de diffusion de cette production.

Des millions de vues sur Arte

Trois semaines après le début des opérations russes, la série ukrainienne avait déjà atteint plus de trois millions de vues sur Arte.tv. La chaîne en ligne du média franco-allemand diffuse cette fiction de fiction depuis le mois de novembre, mais n’avait pas réussi à séduire son public avant le 24 février, comme le déclare le directeur éditorial d’Arte France :

« Hélas, à la faveur de la guerre, [la série] est devenue une des séries incontournables d’Arte aujourd’hui [alors qu’] elle était moins regardée que d’autres séries. »

En France, c’est Arte qui avait obtenu les droits de diffusion de cette série à l’automne dernier. La chaîne en fait aujourd’hui sa fierté, cette « fiction prémonitoire » (sic) permettrait, toujours selon Boris Razon, de comprendre la cristallisation des attentes d’un peuple par rapport à une « classe politique dévalorisée, corrompue, dans l’orbite russe. »

Entre 2015 et 2019, plus de 20 millions d’Ukrainiens ont en effet visionné cette série, qui reste à ce jour le plus grand succès de télévision en Ukraine. « Serviteur du peuple », aussi devenu le nom du parti politique du président ukrainien, raconte l’histoire d’un professeur d’histoire, joué par Volodomyr Zelensky, devenu par un concours de circonstances président de l’Ukraine. Le scénario aurait été inspiré directement par Zelensky et aurait poussé ce dernier à entamer une carrière politique.

American hero

Cette série n’est bien évidemment pas le seul programme diffusé par la chaîne franco-allemande sur la guerre russo-ukrainienne. Le 15 mars, elle diffusait « Volodomyr Zelensky, L’homme de Kiev », un portrait louangeur décortiqué par nos confrères allemands de Junge Freiheit :

« Volodymyr Zelensky est désormais le héros de l’Occident : ce juriste de 44 ans, comédien comique de métier, défend la liberté et la démocratie, héroïquement et courageusement, selon le tableau global. Ses messages vidéo, méticuleusement enregistrés avec un téléphone portable, sont avidement partagés. En temps de crise, les héros ont apparemment toujours la cote, même à notre « ère post-héroïque »

Disponible sur Arte.tv et 6play, la série ukrainienne a également été diffusée à l’antenne d’Arte le 8 avril, alors que la chaîne vient d’annoncer l’acquisition des saisons 2 et 3, qui seront disponibles sur la plateforme en ligne au courant du mois de mai.

Pour lire la suite, c’est ici !

Elon Musk, Twitter et la liberté d’expression au XXIe siècle, par Clément Martin (Les Identitaires)

Elon Musk

Elon Musk, le milliardaire américain d’origine sud-africaine, président de l’entreprise aérospatiale SpaceX et directeur-général de Tesla, vient d’entrer au capital de Twitter (9 % des parts) et d’en devenir le premier actionnaire. Sa volonté affichée de réformer la plateforme[1] et d’y faire respecter la liberté d’expression est l’occasion de réfléchir sur l’avenir de la protection de l’expression politique.

La liberté d’expression : comparaison des 2 côtés de l’Atlantique

Les États-Unis constituent un cas intéressant à étudier pour comprendre en profondeur le combat autour de la liberté d’expression. Le premier amendement de la Constitution garantit aux citoyens américains que sous aucun prétexte le gouvernement ne saurait mettre en place des lois restreignant l’expression publique, quelle qu’elle soit. Autrement dit, il n’existe aucune loi antiraciste (type loi Pléven) ou mémorielle (comme la loi Taubira). On pourrait donc considérer que la liberté d’expression est totale chez l’Oncle Sam. Or, s’il est certain que la situation est bien meilleure qu’en France, elle n’est sûrement pas parfaite. En effet, c’est bien aux États-Unis que s’est développée la fameuse « cancel culture » décriée (à juste titre) par les patriotes et les conservateurs d’Occident. Cette culture du lynchage médiatique et de l’exclusion de tous les canaux d’expression (réseaux sociaux, magazines, émissions télévisées, etc.) à la suite de propos jugés hétérodoxes par les seigneurs culturels révèle une réalité souvent oubliée : la liberté d’expression n’est pas seulement un dispositif légal permettant à chacun de s’exprimer sans craindre la répression de l’État, mais une culture qui a pour but de garantir que la discussion publique ne cède pas au monologue et à la domination des bien-pensants. Aujourd’hui, même si le citoyen, l’homme politique ou le journaliste dissidents américain ne risquent pas de finir en prison pour leurs propos, ils peuvent se faire intégralement exclure des plateformes privées, harceler et finir marginalisés dans le débat public. Dans ce cas de figure, le résultat n’est pas si différent, puisqu’on arrive au même point que dans les pays comme la France où il n’existe guère de premier amendement : la pensée à contre-courant est absente, invisibilisée de la conscience collective.

C’est la raison pour laquelle l’administration Trump avait un temps pensé, pour lutter contre l’hégémonie progressiste, à réguler les réseaux sociaux en situation de monopole (tels que Twitter ou Facebook) afin de forcer les acteurs privés à garantir la liberté d’expression au même titre que le gouvernement via le premier amendement[2]. Malheureusement, cette volonté de réforme est laissée lettre morte.

Certes, il est crucial de se débarrasser des lois restreignant l’expression politique en France, mais cela ne suffira pas : il faudra aussi chercher à faire respecter ce principe au sein du secteur privé.

Du spontanéisme populiste à la constitution d’un bloc historique de droite

Ce que le geste d’Elon Musk révèle, c’est que le volontarisme individuel de membres de l’élite économique peut se révéler plus efficace que la législation de l’État. Les leviers classiques du monde économique moderne (acquérir des parts pour influencer sur la gestion d’une entreprise) ont l’avantage d’être plus rapides à mettre en place que de devoir gagner une élection et d’espérer que le nouveau pouvoir politique réforme (lentement, forcément) l’environnement légal de tout un pays.

Mais plus encore, cela illustre l’arrivée sur la scène publique de milliardaires décidés à lutter contre l’hégémonie culturelle de la gauche : toujours aux États-Unis, on peut penser à Peter Thiel, fondateur de PayPal et donateur à la campagne de Trump, qui avait traîné en justice Gawker, journal people qui avait publié sans son accord une sex tape du célèbre catcheur Hulk Hogan, dans une entreprise de démolition de sa réputation. Au terme de la procédure, la justice avait donné raison à Hogan et Thiel, se soldant par la liquidation et la disparition de Gawker[3] ; cet épisode marquait une victoire contre l’impunité d’une presse aux ordres, utilisant la liberté de la presse comme un privilège corporatiste et une méthode d’humiliation. La leçon est claire : pour se défaire de la tyrannie du complexe médiatico-industriel, la droite ne peut plus se limiter au combat légal, mais doit cultiver des champions suffisamment puissants et influents pour faire prévaloir ses intérêts.

Si l’on va plus loin, cela permet d’apercevoir une issue de sortie pour le blocage politique qui définit l’Occident : on le sait, nombre de revendications identitaires et opposées à l’ingénierie sociale progressiste sont portés par un bloc populiste, qui souffre, par sa nature propre, de son exclusion économique et culturelle. Grâce à ces relais au sein de l’élite économique, la lutte identitaire et populiste est certaine de passer à la vitesse supérieure.

Au-delà de la question de la liberté d’expression, c’est l’enjeu principal pour la droite de conviction : si la critique des « élites » actuelles est fondamentale, elle ne doit pas tomber dans le piège d’un dégagisme démagogique et impuissant. L’objectif pour les leaders politiques de la révolte enracinée ne devrait pas être de placer ses espoirs dans un spontanéisme de droite (type Gilets jaunes), incapable d’apporter un changement de façon autonome, mais de chercher à former avec des membres dissidents de l’élite (notamment économique) un bloc historique capable d’influencer, de lutter et, in fine, de gouverner.

Clément Martin

[1] https://www.latribune.fr/technos-medias/internet/twitter-a-peine-arrive-elon-musk-continue-de-jouer-les-trublions-913421.html
[2] https://edition.cnn.com/2020/05/27/politics/donald-trump-twitter-threat-regulate/index.html
[3] https://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2016/08/20/le-milliardaire-peter-thiel-remporte-son-combat-contre-le-site-gawker_4985321_3236.html

Clément Martin

Texte repris du site de : Les Identitaires

En France et aux Etats-Unis, la violence des bien-pensants

violence gauche

Il n’a pas manqué grand-chose à Jean-Luc Mélenchon pour atteindre le second tour de l’élection présidentielle. Ses militants, en rage, ont attaqué des permanences du PCF et d’EELV, accusés d’avoir trahi la gauche. Des méthodes violentes qui ne surprendront que les naïfs mais qui en disent long sur l’état d’esprit du « camp du bien ».

Grâce à Jean-Marie Le Pen, l’on connaissait depuis un moment déjà « la fiesta chez les gauchos », qu’il nous racontait en chanson. Voici que l’on découvre les « règlements de compte chez les gauchos », étalés dans la presse depuis dimanche soir. D’abords exprimées sur internet, les critiques, insultes et menaces envers les candidats et les partis ayant privé Jean-Luc Mélenchon des quelques points qui lui manquaient pour se qualifier pour le second tour se sont concrétisées dans le monde réel.

A Nantes, les permanences d’Europe Ecologie les Verts (EELV) et du Parti communiste (PCF) ont ainsi été prises pour cible. Une vitre brisée, des tags avec les inscriptions « traître » et « sac à merdes » (sic) : le message est clair, Yannick Jadot et Fabien Roussel sont considérés comme les fossoyeurs de la gauche.

A Lille, le siège de la fédération communiste du Nord a subi le même sort. Dimanche vers 21 h 30, 5 à 7 individus ont débarqué sur les lieux, insultant les militants du PCF et cassant la porte avec une bombe de protoxyde d’azote. Les victimes ont porté plainte, la secrétaire fédérale du parti communiste qualifiant même les assaillants de militants…« gauchistes » ! On ne la contredira pas !

Plusieurs tags ont par ailleurs fleuri dans les rues avoisinantes avec l’inscription « Roussel = ennemi du peuple ».

Si les diverses attaques ont été condamnées, notamment par la maire socialiste de Nantes, Johanna Rolland, La France Insoumise est restée discrète. Adrien Quatennens, bras droit de Jean-Luc Mélenchon, avait d’ailleurs mis de l’huile sur le feu en déclarant que « les voix de Fabien Roussel [leur] ont manqué incontestablement ».

Les communistes, bien que d’extrême gauche, ont certainement eu du mal à avaler la position très pro-musulmane de Jean-Luc Mélenchon. Des désaccords existent également entre eux et LFI au sujet du nucléaire, de la laïcité, de l’industrialisation et du communautarisme. Assez pour justifier un vote indépendant, mais pas au regard des nervis antifas, biberonnés à la haine des opposants politiques et habitués à l’impunité.

Aux Etats-Unis comme en France, le « camp du bien » se croit tout permis.

A l’université de Buffalo, Therese Purcell, présidente des Young Americans for Freedom, a été pourchassée par une foule estampillée « Black Lives Matter » pour avoir invité le lieutenant-colonel Allen West, un conservateur noir, à parler du racisme.

Après l’événement, environ 200 étudiants ont traqué la jeune femme sur le campus en hurlant des slogans menaçants. Therese Purcell a échappé au pire en parvenant à se cacher.

Louis Marceau

Article paru dans Présent daté du 13 avril 2022

De la démocratie et autres fariboles, par Jean-Paul Brighelli

poutine

Violemment attaqué par certains commentateurs sur ce qui leur apparaissait comme une prise de distance vis-à-vis de l’Ukraine et une condamnation molle de la Russie, Jean-Paul Brighelli élargit le débat : sommes-nous bien aptes à juger de régimes qui n’ont rien à voir avec le nôtre — si tant est que nous soyons nous-mêmes en démocratie ?

En toutes choses il faut remonter à l’origine : la démocratie a été instaurée par de minuscules États grecs vers le Ve siècle av. JC. Elle supposait une participation générale des citoyens, ce qui excluait les femmes, les métèques (qui étaient nés hors les limites de la cité, qu’ils soient Grecs ou non) et les esclaves. Soit les 9/10ème de la Cité.

Et encore, en limitant ainsi la représentativité, les démocraties n’étaient pas à l’abri de populistes — on disait alors « démagogues » — ou de dérives mortelles. Voir ce qu’en dit Aristophane dans les Cavaliers ou dans l’Assemblée des femmes.

Les citoyens athéniens, dans une économie servile, étaient des oisifs qui pouvaient consacrer à la politique l’intégralité de leur temps. Et pourtant, ils n’étaient guère plus éclairés que nos contemporains Si, Démosthène n’avait pas été là…

La démocratie athénienne est par ailleurs une démocratie directe : chacun voit ce que vote son voisin, puisque cela se fait en public. Et n’importe quel citoyen peut demander le bannissement de tel ou tel homme politique qui lui déplaît. Un processus si instable qu’au premier affrontement avec Sparte, qui était un système royal bicéphale, la démocratie athénienne a volé en éclats.

Montesquieu préfère les républiques aristocratiques, où quelques individus éclairés guident la plèbe. Démocratie et oligarchie sont à ses yeux deux perversions majeures de l’idée républicaine.

Notre génie national…

C’est pourtant sur ce modèle démocratique que s’est constituée la Ière République, en 1792 : les révolutionnaires étaient imbibés de références antiques, à l’époque. Le vote à main levée, en particulier, permet d’identifier les opinions de chacun — et éventuellement de les sanctionner, selon le tarif unique de la guillotine.

Le modèle n’a pas survécu à l’arrivée de Bonaparte — tout comme la IIème République n’a pas survécu au coup d’État de Napoléon III.

C’est que la France est tout ce que vous voulez, sauf un pays démocratique. Elle est éminemment royaliste, et la Constitution de la Vème République n’est qu’une adaptation, par un disciple de Maurras, des principes royalistes à un régime présidentiel. On prête d’ailleurs à Macron, s’il est réélu, le désir d’imposer une réforme constitutionnelle pour renforcer cet aspect présidentiel — conformément au génie national.

J’attribue une bonne part de la désaffection vis-à-vis du processus électoral au sentiment de nos concitoyens qui jugent insuffisante la royauté potentielle des candidats. Les couvertures des magazines, en 2017, présentant Macron en Napoléon IV ont bien tenté de pallier ces béances, mais elles ont persisté. Et aucun des candidats de dimanche n’est à la hauteur des aspirations à la monarchie. Je n’en veux pour preuve que la façon quelque peu dérisoire dont chacun se réclame de De Gaulle, dernier souverain incontesté : rappelez-vous les pages que chaque semaine le Canard enchaîné lui consacrait sous le titre « la Cour », présentant le président de la République en perruque louis-quatorzième. Nous vivons dans la fiction féconde de « l’homme providentiel ».

Les pays slaves veulent des tsars

Chaque pays a des tendances profondes qu’il faut connaître avant de décider à sa place. L’importation de démocraties dans les pays de l’Est ou dans les pays arabes était une très mauvaise idée — et il n’en subsiste que des parodies, que ce soit en Russie ou en Chine, avec un président à vie, en Ukraine avec des coups dÉtatt successifs, ou avec des « hommes forts » dans les pays moyen-orientaux qui se sont offerts un « printemps arabe » pour mieux mettre en place des leaders indéboulonnables. Sans compter ceux qui attendent la venue du Mahdi… Daesh n’a dû son succès local qu’à la croyance selon laquelle les divers « califes » qui l’ont dirigé, Abou Omar al-Baghdadi ou Abou Bakr al-Baghdadi, étaient des envoyés de Dieu.

Ceux qui n’admettent pas ce poids de l’Histoire et de la tradition sont tout simplement acculturés.Éliminerr par exemple Saddam Hussein ou Khadafi était une erreur très dommageable, les « raïs », comme on dit, étaient des gages de stabilité. En Irak le pouvoir chiite a rapidement offert une solution de remplacement adéquate — au grand dam des Américains. En Libye, les factions s’affrontent pour décider qui sera le calife, et déstabilisent toute l’Afrique. Encore bravo à ceux qui au nom de la « démocratie » ont détruit le bel équilibre qui régnait alors — par la force.

Pour lire la suite, c’est ici !

Embargo énergétique contre la Russie : l’UE se tire une balle dans le pied

embargo russie

Après des semaines d’âpres négociations, les pays membres de l’UE ont finalement décidé jeudi, dans le cadre d’une cinquième salve de sanctions qui entrera en vigueur début août, outre l’interdiction d’exportations vers la Russie à hauteur de 10 milliards d’euros, le gel des avoirs de plusieurs banques russes ou encore l’élargissement de leur « liste noire » à plus de 200 proches du Kremlin, la mise en place d’un embargo sur le charbon russe. Une dernière mesure qui devrait leur coûter très cher puisque, rappelons-le, l’UE n’importe pas moins de 45 % de son charbon de Russie.

Cependant, dans leur volonté suicidaire de sanctionner Moscou « quoi qu’il en coûte », les Vingt-Sept ne semblent pas près de s’arrêter en si bon chemin : sous la pression du Parlement de Bruxelles, qui réclame l’imposition d’un embargo « total et immédiat » sur les importations « de pétrole, de charbon, de combustible nucléaire et de gaz » russes, ceux-ci pourraient bien décider lundi prochain, lors d’une nouvelle réunion, d’aller encore plus loin dans leurs sanctions contre le secteur énergétique russe. Au risque de saborder leurs propres économies…

Cent euros par adulte pour un embargo sur le gaz

Le fameux « Conseil d’analyse économique », dont la mission n’est autre que d’éclairer notre gouvernement, a beau affirmer dans sa note du 4 avril qu’un embargo sur le gaz russe n’aurait qu’« un impact relativement faible » sur les pays de l’UE et serait donc « gérable », l’addition n’en resterait pas moins salée pour des Français déjà durement frappés par une inflation galopante. Estimée par le CAE à environ 0,15 % à 0,3 %, la perte de notre revenu national brut entraînée par cet embargo coûterait en effet quelque 100 euros par adulte ! En outre, un tel boycott ayant évidemment des conséquences beaucoup plus graves sur les pays membres davantage dépendant du gaz russe que nous, cela contraindrait notre pays, comme l’indique le CAE dans sa note, à « une solidarité européenne ». Autrement dit, les Français, déjà dévalisés par le fisc, pourraient bien être contraints de mettre à nouveau la main à la poche pour venir en aide à la Bulgarie, la Finlande ou encore la Slovaquie.

Enfin, en plus d’entraîner une terrible hausse des prix pour les particuliers, un embargo sur le gaz russe aurait, comme la souligné jeudi sur Radio Classique Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d’administration d’Engie, un impact « très significatif » sur l’économie européenne. En effet, a-t-il expliqué, si « nous serions probablement capables de remplacer à peu près la moitié » de nos importations de gaz russe, « le reste, à très court terme, devrait être compensé par une réduction des consommations, particulièrement dans les secteurs industriels », qui représentent 25 % de la consommation de gaz. « Il n’y aurait pas d’impact dans l’immédiat », a précisé Jean-Pierre Clamadieu, car « nous arrivons dans la saison d’été en matière gazière, c’est-à-dire celle dans laquelle on reçoit plus de gaz qu’on en consomme ». Mais les conséquences d’un tel embargo se feraient immanquablement sentir « lors de l’hiver prochain ».

Franck Deletraz

Article paru dans Présent daté du 8 avril 2022

Hubert Védrine, le briseur d’idoles ou la géopolitique à coups de marteau

Hubert Védrine

Une politique étrangère digne de ce nom est pragmatique. Elle ne se pique pas de changer l’homme, de régénérer ou de corriger le monde. Depuis 30 ans, Hubert Védrine tente de l’expliquer à une intelligentsia de gauche dont l’humanisme velléitaire est aujourd’hui complètement dépassé par le réel ukrainien.

« Il est triste quand on s’endort dans une bergerie de trouver à son réveil les moutons changés en loups ». Ces mots de l’historien Hippolyte Taine auraient pu figurer en exergue du livre d’Hubert Védrine. L’ancien conseiller diplomatique de Mitterrand et ministre des Affaires étrangères de Jospin diagnostique le mal qui nous affecte, nous, Européens, et qui nous a condamnés, jusqu’à présent, à l’impuissance : un redoutable et funeste désarmement intellectuel (« Les Européens n’ont plus les outils mentaux pour penser le fait que l’histoire est une compétition de puissances »), un « vide de la pensée stratégique » dans lequel « le droit-de-l’hommisme et l’européisme se sont engouffrés ».

Ce mal n’est toutefois pas sans remède. Et lire, et méditer Une vision du monde (Bouquins, 2022), c’est commencer de se réarmer intellectuellement.

Le président ukrainien Zelensky ne nous facilite guère la tâche ! En exhortant le peuple français, lors de son intervention du 23 mars devant la représentation nationale, à se mobiliser toujours plus ardemment contre « une guerre faite à la liberté, l’égalité et la fraternité », il ne flattait que trop notre propension à fuir la politique dans la morale. Or, si ce conflit doit avoir quelque vertu, c’est bien de nous rappeler à l’urgence de renouer avec une vision stratégique des relations internationales, avec une conception géopolitique du monde.
Une réflexion longue de trente ans

« Moment historique », « retour du tragique », « retour de l’histoire » nous promet-on. Ou, plus rigoureusement retour des Européens et des Français dans l’histoire, car ni l’histoire, ni le tragique ne s’étaient exilés, nous les avions simplement écartés de notre horizon pour cause de non-conformité avec le grand récit progressiste. C’en serait fini du déni. Puissance, intérêts nationaux, rapports de force, étoffe dans laquelle le réel est taillé avec laquelle désormais nous composerions. Cette fois-ci serait donc la bonne.

Nous voudrions y croire. Certes, l’Union européenne (U.E.) marche comme un seul homme, Poutine aura cimenté une communauté réputée pour ses divisions. L’Occident (Europe et Etats-Unis) s’avance sur la scène du monde autrement que la corde au cou et le genou à terre. L’OTAN, diagnostiquée en état de mort cérébrale, est en voie de résurrection. Toutefois, qu’on nous permette de faire montre de scepticisme. Le traitement médiatique réservé au conflit ukrainien, outrageusement sentimental, augure mal de la suite. Ce que Hubert Védrine appelle « l’humanitarisme médiatisé » et qu’il analyse comme un des obstacles majeurs à toute politique étrangère digne de ce nom est à son comble. Le mal cristallise dans la figure de Poutine, manifestement plus aisé à jeter aux gémonies que l’islamisme (paralysie du pas d’amalgame). Pour le reste, on se rassure : solidarité et générosité exceptionnelles, chants – ah, cette petite Ukrainienne âgée de sept ans, qui chantait dans un bunker et, exilée en Pologne, loin de ses parents, se voit propulsée sur la scène du monde au travers des réseaux sociaux, interprétant l’hymne national de son pays lors d’un concert caritatif devant un auditoire impressionnant ! Bref, l’humanité est une et tout le monde s’aime.

Les journalistes – à commencer par la revue de presse de Claude Askolovitch expert ès lyrisme kitsch sur France Inter – semblent toujours et d’abord préoccupés à former des claviers qui vibrent, qui pleurent et qui s’émerveillent plutôt que des collaborateurs conscients des dirigeants qu’ils se sont donnés, comme eût dit Marc Bloch. Quant aux pressions qui s’exercent sur les entreprises françaises afin qu’elles se retirent de Russie, elles s’élèvent dans l’oubli et/ou le mépris de ce que « chaque fois que l’Occident ostracise un pays en le décrétant ‟voyou”, les Chinois se précipitent pour établir des accords privilégiés », ainsi qu’en avertit encore, et depuis des années, Hubert Védrine. Les Chinois, mais aussi d’autres puissances émergentes. On sait ainsi, dans le cas de Renault en Russie, que les Indiens sont aux aguets. Ces pressions, ces sommations prouvent que les intérêts nationaux sont loin d’avoir recouvré toute leur légitimité.

Pour lire la suite, c’est ici !