Les dessous de Laurence Parisot

Les dessous de Laurence Parisot [tribune libre] [vidéo]

Ne paraissant se soucier ni de la crise économique et financière, ni de la sortie du volume programmatique du Medef pour 2012, Besoin d’air 2, la présidente du Medef Laurence Parisot (par ailleurs propriétaire de l’institut de sondages Ifop)  a pris officiellement parti dans la campagne présidentielle en cosignant un ouvrage lamentable, Un piège bleu Marine (Calmann-Lévy) et en prenant donc position dès à présent contre le Front national. L’argumentaire insigne, façon « Marie Chantal chez les prolos », explique doctement aux ouvriers français que « voter Marine, ce n’est pas bien ». Pour cette tenante du libéralisme mondialisé le plus échevelé (adepte d’une France « ouverte » et « métissée »), évidemment membre du Siècle, l’élection de Marine Le Pen entraînerait « l’effondrement immédiat de l’économie » et « une cascade très rapide de catastrophes ».

 

Se présentant en parangon de vertu et en impartiale donneuse de leçons, Parisot s’est associée dans l’affaire avec une certaine Rose Lapresle, qui a sans doute collationné et rédigé l’essentiel de ce mince volume de 144 pages en gros caractères. Sur cette « Rose Lapresle », pratiquement rien, sur Google. En revanche, il est relativement aisé de découvrir qu’il s’agit en réalité de Rosine Lapresle-Tavera, le « coach » très personnel – et plus que discret – de la patronne du Medef, que d’aucuns comparent à un véritable « gourou ». Pourquoi ce changement de prénom ? Peut-être parce que son nom avait défrayé la chronique en janvier 2009 lorsqu’il était apparu qu’elle était, via sa société de conseil Elzévir, l’employée la mieux payée du Medef, avec des versements de 25 000 euros par mois pour un mi-temps (soit 272 400 euros H.T. rien que pour 2008). Ancien professeur de philosophie, cette femme élégante, qui s’est reconvertie dans la graphologie et le conseil aux entreprises, émargeait déjà au conseil d’administration d’Optimum, une société de Parisot, avant qu’elles n’entrent de concert au Medef.

 

Dans Enquête sur le patronat – dans les coulisses du scandale Medef/UIMM (Plon) (voir la vidéo “Scandale UIMM : la vérité”   et l’article du Figaro “Parisot face au nouveau scandale de l’UIMM” ) de Guillaume Delacroix , on apprend que nombre de hauts salariés du Medef connurent des déboires, voire furent licenciés, pour s’être intéressés de trop près à ce contrat et à cette relation fusionnelle : « C’est elle qui souffle à l’oreille de la patronne de l’Ifop de devenir un jour présidente du Medef […] Dans la vie compartimentée de Laurence, Rosine devient la pièce centrale, le PC de Rosny-sous-Bois. » On découvre aussi que Lapresle-Tavera est à l’origine de l’embauche des principaux collaborateurs de Parisot. Dans sa biographie non autorisée, de Laurence Parisot, Une femme en guerre (L’Archipel), Fanny Guinochet raconte aussi par le menu les multiples rendez-vous discrets de la patronne des patrons dans l’appartement personnel de sa coach (qui abrite aussi ses bureaux), où elle reçoit en « maîtresse de maison » les leaders syndicaux ou les patrons des principales fédérations. Comme l’indique L’Express (22 janvier 2009), « quand la présidente du Medef s’emporte trop fort, c’est Rosine Lapresle et ses vertus apaisantes que l’on appelle à la rescousse »…

 

[box class=”info”] Source : Faits & Documents  n°322, 1er-15 octobre 2011. Avec leur aimable autorisation. [/box]

[box]Crédit photo : MEDEF sur Flickr. Licence CC. Laurence Parisot, Nicolas Sarkozy.[/box]