Violences confessionnelles en Egypte

Violences confessionnelles en Egypte

11/10/2011 – 10h00
LE CAIRE (NOVOpress) –
Au moins 24 chrétiens égyptiens ont été tués dimanche au soir, lors de la dispersion d’une manifestation de la communauté copte pour protester contre les violences dont elle fait l’objet depuis la fin de la révolution. Partie du quartier de Choubra, foyer cairote de la communauté, la marche avait pourtant débuté pacifiquement. Mais touchant à sa fin, elle a été brutalement interrompue par les militaires.

Des coups de feu à l’origine indéterminée se sont alors faits entendre et se sont intensifiés, l’armée a immédiatement réagi en lançant ses blindés sur la foule, ce qui a provoqué un véritable carnage. Selon des témoins sur place, on a ramassé plusieurs corps décapités ou écrasés sous le poids des blindés. Des perturbateurs auraient également infiltré le cortège, semant le trouble et accélérant l’éclatement des violences.

Les affrontements se sont poursuivis dans la plus grande confusion sans que l’on ne parvienne vraiment à identifier les protagonistes, de nombreux riverains y ayant pris part dans un camp ou dans l’autre. Le bilan de 24 morts pourrait être largement sous-évalué, l’armée a annoncé que 3 conscrits avaient perdu la vie. On dénombre également 200 blessées environ.

La communauté internationale, par la voie du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, a immédiatement fait part de sa vive inquiétude et a appelé « les autorités de transition à garantir la protection des droits de l’homme et des libertés civiles pour les Egyptiens de toutes confessions ». Mais les pieuses incantations des dirigeants occidentaux, qui analysent ces révolutions arabes sous un angle un peu trop romantique, infléchissent mal les réalités du monde arabo-musulman, encore travaillé par l’intégrisme religieux et/ou les clivages tribaux.

Et l’approche des premières élections supposées libres dans ces pays peu accoutumés à la démocratie risquent fort d’aggraver les tensions. Ainsi, en Tunisie, des islamistes ont tenté ce même dimanche d’incendier le siège d’une chaîne de télévision privée après la diffusion du film Persépolis, lui reprochant de faire figurer une représentation de Dieu, ce qui est formellement proscrit par l’Islam.

Si les peuples arabes ont bien revendiqué davantage de liberté lors de ces révolutions, ils n’ont certainement pas plébiscité un modèle à l’occidental, empreint de laïcité et de multiculturalisme. Et si l’Egypte et la Tunisie, pays arabes relativement homogènes et occidentalisés, sont secoués par de tels troubles, on voit mal comment la Libye (et la Syrie ou le Yémen?), mosaïque de tribus pétries de traditionalisme, pourrait y échapper lors de sa transition démocratique. En Libye, les exactions perpétrées par les rebelles contre les populations noires ne sont sans doute qu’un début.

[box class=”info”] Photo : Église copte Saint Georges, Le Caire. Crédit Berthold Werner, licence CC. [/box]