Ce que révèle l'affaire "Mohamed vs Babu", par Simon Charles [tribune libre]

Ce que révèle l’affaire “Mohamed vs Babu”, par Simon Charles [tribune libre]

Paris, octobre 2011 : comme tous les jours, une altercation éclate dans le métro. Mohamed, ressortissant égyptien “en situation irrégulière” s’en prend à une jeune femme. De manière plus ou moins agressive, en fonction des témoignages. “Babu”, un Indien hindou, fraîchement débarqué en France lui aussi, intervient. Les deux hommes sortent du métro. Sur le quai, ils en viennent aux mains. Mohamed pousse alors “Babu”, qui chute sur les rails et s’électrocute. Il meurt sur le coup. Mohamed est mis au placard, “Babu” devient le héros du métro. Il fait la une des journaux.

Les média s’emparent de l’histoire. Après Steve Jobs, ils trouvent un deuxième héros en l’espace de quelques jours. Quelle aubaine. Entre Steve Jobs, combattant de l’Occident (marchand), inventeur de gadgets “made in Asia” pour dépressifs en tout genre, porte-étendard de l’individualisme consumériste… et “Babu”, le gentil “migrant” venu pour fuir la misère et travailler, qui intervient pour sauver une jeune femme de la barbarie : ah quelle belle semaine mes amis ! Comme les médias en parlent, les gens en parlent. Des machines à café aux tables de restaurant d’entreprise, “Babu” devient le sujet de conversation obligatoire. Et puisque les gens en parlent, le gouvernement DOIT s’en mêler. Il envoie donc deux ministres, dont Frédéric Mitterand (certainement attiré par les talents de “jeune boxeur” de la victime), rendre un vibrant hommage au héros. Une petite loi pour compléter le tableau, peut-être ?

On sait que ce mécanisme en quatre temps (fait divers – reprise médiatique – émotion collective – réaction gouvernementale) régit dorénavant la “vie politique” de notre pays. Nicolas Sarkozy, et les autres politiques dans son sillage, doivent ainsi avoir une opinion sur tous les sujets. Ils peuvent être appelés sur tous les fronts, y compris les plus grotesques. Emportés par le tourbillon de l’émotion et du court-terme, ils n’ont aucune vision de l’avenir d’un pays qu’ils dirigent à vue, au gré des tempêtes médiatiques. Qu’importe, il leur faut bouger, être présent, éteindre un par un les incendies émotionnels activés par l’emballement médiatique. On peut estimer qu’avec cette affaire “Babu”, on a touché le fond du délire médiatique. En effet, chose de plus en plus fréquente, les médias se sont cette fois-ci lourdement trompés. Ils ont déclenché l’emballement à partir d’un postulat faux et précipitamment acté : “Babu” DOIT être un héros.

Pourquoi ce dernier doit-il l’être ? Parce que l’agresseur est un clandestin égyptien, tout simplement. Ce nouveau fait divers en plein Paris pourrait accentuer le réveil des ardeurs et le sentiment de ras-le-bol anti-immigrationiste de la part des Français. Ces derniers qui n’hésitent pas à afficher de plus en plus leur intention de vote, et leur sympathie pour les courants patriotes, à l’aube des prochaines échéances électorales. La démocratie est en danger. Mais “Babu” constitue un excellent rempart contre les risques de déviance idéologique. Dans son rôle, il est parfait. L’agresseur est immigré MAIS le sauveur est lui aussi immigré. OUF !

Sauf qu’hélas, “Babu” ne serait finalement pas le sauveur rêvé. Il n’est semble-t-il pas ce héros artificiel que nous ont trop vite fabriqué les médias. En effet, selon les premiers élements de l’enquête et notamment ceux émanant de la vidéo-protection (version orwellienne du mot “vidéo-surveillance”), il s’avèrerait que “Babu” aurait cogné le premier. Qu’il n’aurait pas agi seul, mais avec une bande de copains indiens. Que Mohamed n’aurait pas agressé la victime, mais lui aurait simplement “proposé des bonbons” avant de se concentrer sur “son portable et son Facebook” – dixit son avocat. Enfin, que Mohamed aurait simplement repoussé “Babu”. Bref, la “défense” met un sacré bâton dans les roues de la version officielle médiatico-gouvernementale. C’est que Frédéric Mitterand doit se sentir bien bête après un tel hommage, non ?

La position du système, celle de compenser l’agression commise par un immigré clandestin par l’intervention héroïque d’un autre immigré, est en effet totalement ébranlée par la réalité des faits : en plein coeur de Paris, une bande d’Indiens s’en est pris à un Egyptien qui était agressif. Qui a raison ? Comment cela s’est-il passé ? Quand parlera la fameuse jeune femme agressée dont personne ne dit mot ? Autant de questions qui demeurent, et auxquelles seule une enquête prodonde pourra répondre.

Une enquête sur un fait particulièrement grave, puisqu’il y a mort d’homme. Un fait divers grave, également, pour le système dès lors que le déroulement nous oriente vers deux conclusions qui mettent à mal le politiquement correct ambiant :
– il s’agit là d’une énième manifestation (dramatique cette fois-ci) de l’insupportable tension quotidienne qui règne dans le métro et les transports franciliens.
– l’affaire s’oriente vers un conflit “inter-ethnique” au sein d’une société multicurelle dont l’échec se révèle chaque jour un peu plus, tant cette dernière se mue en une jungle multi-raciste.

Parlant de la demande de libération de son client, l’avocat de Mohamed a mis le doigt là où cela fait mal : « Le juge a préféré le laisser en détention provisoire car il craint à la fois que Mohamed ne fuie et que sa libération ne crée un émoi dans la communauté indienne ». Tout est dit. S’il est libéré, Mohamed peut donc en effet fuir et retourner en Egypte. S’il est condamné, et si l’injustice se ressent, les membres de la communauté égyptienne descendront-ils dans la rue ? Se retrouveront-ils en face de ceux de la communauté indienne, eux-aussi choqués ou véxés ? C’est donc dans un climat de tension communautaire que l’affaire se déroule.

Plus que toute autre chose, l’affaire “Babu” souligne ce que jamais la République jacobine n’osera accepter : la communautarisation et la ghettoïsation de sa capitale, devenue une ville dégénérée, ultra-violente et multi-raciste.