Le vrai bilan de Sarkozy : fausse rupture avec le politiquement correct, vraie rupture avec le modèle français (1re et 2e partie)

Le vrai bilan de Sarkozy : fausse rupture avec le politiquement correct, vraie rupture avec le modèle français (1re et 2e partie)

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[box class=”info”] Communication de Jean-Yves Le Gallou à la XXVIIe Université annuelle du Club de l’Horloge, 8 et 9 octobre 2011. Le thème de l’Université était :
Présidentielle 2012 : Pour que les électeurs de droite ne soient plus trompés / En finir avec les fausses alternances et les promesses équivoques.

Nous reproduisons ce texte avec l’aimable autorisation de Polémia. [/box]

« Le vrai bilan de Nicolas Sarkozy : fausse rupture avec le politiquement correct, vraie rupture avec le modèle français » était le thème de l’intervention de Jean-Yves Le Gallou à la XXVIIe Université annuelle du Club de l’Horloge. Nous en donnons connaissance à nos lecteurs en quatre parties : Les chiffres de l’abaissement de la France, les comptes fantastiques de l’arithmétique médiatique, la fausse rupture avec le politiquement correct, la vraie rupture avec le modèle français.

Polémia

 

L’élection présidentielle, ce n’est pas seulement une élection : c’est d’abord un spectacle, scénarisé, cadencé, feuilletonisé. Au risque évidemment pour l’électeur de passer à côté de l’essentiel.

Et l’essentiel aujourd’hui, c’est le bilan critique. Le bilan critique des vingt-cinq dernières années.

Et, bien sûr, le bilan critique de l’actuel président sortant, Nicolas Sarkozy : 5 ans président, 7 ans ministre, 4 ans député de la majorité ; en tout, 12 ans de pouvoir exécutif, y compris le pouvoir suprême, et 16 ans de pouvoir majoritaire, sans oublier 3 ans de responsabilité à la tête du parti dominant ; ajoutons-y le vote de nombreuses réformes de la Constitution et de deux traités européens majeurs (Maastricht et Lisbonne).

L’état de la France aujourd’hui est largement le fait de Nicolas Sarkozy. En voici le bilan en chiffres

 

Première partie

2002/2007/2012 : les chiffres de l’abaissement de la France

• Bilan économique : dans le rouge

  • – La balance du commerce extérieur est en déficit depuis 1999 ; ce déficit a doublé en 5 ans ; il atteindra 75 milliards d’euros en 2011. Les Français consomment 2% de PIB de plus que ce qu’ils produisent. Ce qui conduit la Chine, le Qatar et quelques autres à acquérir de beaux fleurons du patrimoine immobilier national et les actifs de nombreuses entreprises. Ce qui est un processus de colonisation économique.
  • – La France achète ce qu’elle ne produit plus puisque la mondialisation, voulue par tous les gouvernements successifs, a détruit l’industrie française : en 12 ans l’industrie française a perdu le quart des heures travaillées (source GEAB). C’est 800 à 1 000 emplois industriels qui disparaissent chaque jour ouvrable, de l’ordre de 200 000 par an !
  • – Le chômage s’élève à 9,7% au deuxième trimestre 2011 selon les normes du Bureau international du travail (BIT) : un chiffre dans la moyenne européenne mais en hausse depuis 2007 (8% à l’époque). Concrètement, ce sont 2 750 000 personnes sans emploi du tout ; un chiffre qui s’élève à 4,4 millions en prenant les chômeurs partiels et les personnes dispensées de recherche d’emploi. En clair : 10% des actifs français sont au chômage total ; 15% des actifs français sont au chômage total ou partiel ; 20% des actifs français hors secteurs protégés sont au chômage partiel ou total. Près de toutes les familles sont concernées par le phénomène. Ces chiffres sont le résultat mécanique des politiques suivies depuis 25 ans.
  • – Le déficit du budget de l’Etat est passé, de 2006 à maintenant, de 38 milliards à 96 milliards. En 2012 – selon les prévisions de Bercy – les dépenses ne seront financées qu’à hauteur de 78% par les recettes fiscales (366 milliards de dépenses pour 288 milliards de recettes). Selon la Cour des comptes, ce déficit ne s’explique que pour un tiers par la « crise » : le deuxième tiers a été hérité des gouvernements auxquels a participé M. Sarkozy et le troisième tiers a été créé par l’actuel président à coups de mesures discrétionnaires et souvent clientélistes.
  • –Dans ces conditions la dette a explosé, passant de 1 150 milliards début 2007 à près de 1 700 milliards aujourd’hui. La note triple A qui permet d’obtenir des taux d’intérêt modérés est menacée.

• Bilan sociétal : dans le noir

  • – L’intégration de très nombreux immigrés venus notamment du Maghreb et d’Afrique noire fonctionne mal ; l’application du principe de précaution devrait donc conduire à limiter, sinon arrêter, les flux d’entrée. Tel n’est pas le cas. Bien au contraire : en 2010, plus de 200 000 titres de séjour réguliers ont été attribués, ce qui est un record absolu ; d’autant plus que le flux des demandeurs d’asile a repris sa croissance et que le séjour clandestin n’est pas maîtrisé. Résultat : dans un contexte de pénurie budgétaire les dépenses liées à l’immigration sont les seules à connaître une croissance à deux chiffres.
  • – La lutte contre la délinquance a été un objectif constant de Nicolas Sarkozy comme ministre de l’Intérieur d’abord, président de la République ensuite. Le bilan est contrasté mais, là aussi, sévèrement jugé par la Cour des comptes. Sans entrer dans un débat technique, on analysera simplement le chiffre le plus objectif parce que le moins susceptible de manipulation statistique : celui des violences contre les personnes. Il n’a cessé d’augmenter pour atteindre 467 650 faits recensés d’août 2010 à juillet 2011. En hausse de 8% depuis le début du quinquennat.
  • – Le désastre scolaire se poursuit, selon l’étude internationale PISA qui évalue les résultats des jeunes de 15 ans. Depuis 2000, la France ne cesse de perdre des places dans le classement international et, de 2006 à 2009, le recul s’est poursuivi : du 19e au 27e rang en sciences, du 17e au 22e rang en lecture, du 17e au 22e rang aussi en mathématiques.

• Sarkozy accompagnateur, acteur et symbole de l’abaissement français

Bien sûr, cet abaissement français a des causes multiples qui dépassent la seule personnalité de Nicolas Sarkozy. Sa responsabilité n’en est pas moins certaine :

  • – d’abord, parce que c’est le responsable politique français actuel qui a eu le plus de responsabilités majeures au cours des vingt-cinq dernières années ;
  • – ensuite, parce que ses actes se sont toujours coulés dans le courant dominant, notamment au regard de la mondialisation et du cosmopolitisme ;
  • – enfin, parce qu’il s’est revendiqué comme « hyper » ou « omni » président et qu’il doit être tenu pour comptable de ses actions : c’est la rançon du césarisme médiatique dans lequel nous vivons.

 

Deuxième partie

Le mouvement brownien des annonces et des réformes :
2007/2012 : Les comptes fantastiques de l’arithmétique
médiatique

En algèbre (+1) + (-1) = 0, mais (+1) + (-1) = 2 en arithmétique médiatique.

Et c’est ainsi que Nicolas Sarkozy a occupé l’espace médiatique dans la deuxième partie de son quinquennat en annonçant la suppression des mesures qu’il avait prises dans la première partie.

Polémia

Jean-Yves Le Gallou

Jean-Yves Le Gallou

« Faire et défaire, c’est toujours travailler », dit le proverbe. C’est aussi une maxime sarkozyste.

Sarkozy ministre de l’Intérieur a créé des emplois de policiers et de gendarmes.

Sarkozy président les a supprimés. Sarkozy président a supprimé des emplois dans la fonction publique d’Etat. Mais il a apporté aux collectivités locales des crédits suffisants pour leur permettre de créer autant d’emplois de fonctionnaires territoriaux que l’Etat a supprimé d’emplois de fonctionnaires nationaux. 150 000 fonctionnaires d’Etat en moins, 150 000 fonctionnaires locaux en plus : c’est toujours autant de charges publiques ! En 2010, les dépenses des communes ont crû de 3% et celle des intercommunalités de 4,5%.

Sarkozy a créé le bouclier fiscal puis il l’a supprimé.

Sarkozy a diminué le taux de l’ISF (2 milliards d’allégement), puis il a créé une taxe spéciale sur les revenus des plus riches (200 millions de prélèvement).

Sarkozy a défiscalisé les heures supplémentaires, puis il les a refiscalisées.

Sarkozy a créé une déduction fiscale pour les intérêts des emprunts immobiliers, puis il l’a supprimée.

Sarkozy a créé une prime à la casse pour les voitures puis il l’a supprimée.

Sarkozy a imposé un « plan de relance » dont il sort par un « plan de rigueur ».

Quand un internaute va sur le site de la présidence de la République et qu’il clique sur le mot « action » il est immédiatement redirigé sur « les déplacements du président de la République ». Comme si l’agitation, c’était l’action. Quel meilleur symbole du « bougisme » ! Quel meilleur aveu que ce que les communicants appellent « action » n’est rien d’autre que de l’annonce. Nous sommes dans la République du tournis.
Voir : La Tyrannie médiatique

• C’est le règne de l’arithmétique médiatique : (+1) + (-1) = 2.

Les médias aiment l’immédiat. Et c’est l’immédiat qui nourrit les médias. En communication, « une information noire plus une information blanche, c’est deux événements, Coco ! »

Pour Le Figaro ou TF1, supprimer un impôt c’est « contribuer à la relance économique ». Rétablir le même impôt c’est « aller dans le sens de la rigueur ». En communication, c’est deux nouvelles. En économie cela s’appelle du « stop and go ».

Dans la réalité (+1) + (-1) = 0

Car, au final, on est revenu au point de départ, avec tout de même des coûts administratifs supplémentaires pour l’Etat et les particuliers ; et un manque de confiance dans des règles collectives de moins en moins stables.

Parcourir le site Internet de la présidence de la République est une expérience étrange : on y trouve un kaléidoscope de mesures clientélistes non mises à jour. Les mesures supprimées continuent d’être promues… même après leur suppression ! Les Français croyaient avoir choisi un président, ils découvrent n’avoir élu qu’un candidat permanent.

Jean-Yves Le Gallou

On peut lire ici les 3e et 4e parties.

[box class=”info”] Source : Polémia. [/box]