Émeutiers anglais : les médias ont déformé la réalité

Émeutiers anglais : les médias ont déformé la réalité

21/08/2011 09h30
LONDRES (NOVOpress) –
Le Guardian, le grand quotidien de gauche, a fait une découverte invraisemblable : les médias auraient donné une fausse image des émeutiers anglais. Une recherche statistique menée par le journal a établi que seule une faible proportion des émeutiers passés en justice, 8,6%, avaient un emploi ou étaient étudiants. « Depuis quinze jours, pourtant, ce sont souvent des gens avec des emplois honorables, des parcours universitaires brillants [quoique quand même parfois un peu spéciaux, NDLR] et appartenant aux classes moyennes, qui se sont retrouvés sous le feu des media. La vaste majorité des inculpés – des adolescents et de jeunes hommes sans emploi – ont laissé leur place à la une à des membres des professions libérales, des piliers de la société et un ambassadeur olympique de dix-huit ans ».

Les magistrats, relève le Guardian, ont souvent fait du parcours respectable des inculpés une circonstance aggravante. Dayle Blinkhorn, un jeune homme de 23 ans employé à temps plein comme aide familial de sa mère handicapée, et John Millbanks, un apprenti plâtrier, avaient été arrêtés par la police avec un téléviseur LCD de 4 500 livres. Tous deux ont plaidé coupables de recel de biens volés. Le juge Alan Berg, du tribunal de Manchester, les a accablés : « Des gens comme vous, qui ont tous les avantages de ce pays, avantages que d’autres dans d’autres pays prieraient pour avoir – vous jetez la honte et le déshonneur sur le pays tout entier, ainsi que sur vous-mêmes et sur vos familles ».

Le Monde n’avait eu garde d’oublier le cas de Dayle Blinkhorn et John Millbanks dans son article intitulé « Profils d’émeutiers au tribunal de Manchester ». Le journaliste décrivait aussi « Karl Brown, 27 ans, son teint pâle et ses grands yeux tombants » et s’attardait sur « Ian Jones, 36 ans. Il est l’un des rares métis à comparaître au milieu de tous ces Blancs ». Il faut dire que « sans emploi, il est suivi pour des troubles mentaux », sûrement, cette fois, une circonstance atténuante.

Et voilà qu’on découvre que tous ces profils d’émeutiers ne correspondaient qu’à une toute petite minorité, en rien représentative de la réalité. On reste pantois de cette révélation et on en vient, sous le coup de l’émotion, à se demander : si les médias ont déformé l’origine scolaire, professionnelle, sociale des émeutiers, est-il inconcevable qu’ils aient pu déformer autre chose encore ?