Une pseudo histoire des services secrets espagnols

Une pseudo histoire des services secrets espagnols

Une pseudo histoire des services secrets espagnolsPeut-on écrire une histoire des services secrets alors que les archives sont fermées et que les protagonistes sont encore tenus au secret ? Tel est le dilemme auquel doivent s’affronter des auteurs assez téméraires pour vouloir écrire une histoire d’hommes sans histoire. Aux États-Unis, de nombreux auteurs ont néanmoins réussi cet exercice grâce à un très sérieux travail d’enquête, rendu plus facile par une ouverture plus grande des institutions du renseignements par une plus grande liberté de parole des acteurs des guerres de l’ombre.

En Europe, rien de tel. Écrire l’histoire d’un service d’espionnage revient donc à reconstruire une affaire criminelle trente ans après les faits grâce à des coupures de presse. Les exemples de livres publiés en France sur les affaires criminelles les plus emblématiques, songeons au calamiteux Pull-over rouge de Gilles Perrault, rappellent les limites de l’exercice.

Le journaliste espagnol Vicente Almenara démontre à nouveau la futilité de l’effort dans son livre Los Servicios de inteligencia en España, publié en 2010, dans lequel il retrace l’histoire des officines de Franco à nos jours.

Contrairement à ce qu’affirme l’éditeur, l’auteur n’a guère mouillé la chemise pour rechercher les témoignages d’anciens des services ou des politiques qui les ont contrôlés : synthèse de coupures de presse et d’ouvrages d’investigation publiés au cours des années antérieures, le livre de Vicente Almenara évoque un chien déguisé en loup. À base de coupures de presse contradictoires et d’ouvrages partiels et partiaux, comment écrire autre chose qu’une chronologie améliorée (les 1295 notes en bas de page révèlent davantage l’absence totale de sources originales à la disposition de l’auteur. Il semble que les deux seuls entretiens qu’il a réalisés sont ceux cités in extenso en fin d’opus) ?

D’autre part, son exploitation des sources est bien souvent étonnante. Prenons l’exemple du GRAPO, ce mouvement terroriste d’extrême gauche qui a sévi en Espagne, l’auteur s’appuie principalement sur des sources publiées à l’époque des événements dans un but clairement politique. Inexplicablement, il ne cite les souvenirs de Pio Moa, qui fut membre de cette organisation et qui l’a longuement décryptée, qu’en citant l’ouvrage d’un autre auteur. De toute évidence, il n’a pas cherché à s’entretenir avec lui ou avec d’autres rescapés de cette minable épopée.

Pour les visiteurs français, un décorticage plus détaillé de ce livre est peu utile. Qu’il suffise de dire qu’il présente de manière synthétique l’information publiée et disponible sur les différentes organisations qui composent au fil du temps le renseignement espagnol. Il rappelle les grandes affaires qui ont secoué ce petit monde, de la transition à la lutte contre l’ETA. En revanche, inutile de chercher une analyse et une mise en parallèle avec les organisations des autres pays. Qui plus est, la grave question du manque d’indépendance des espions espagnols vis à vis du pouvoir politique n’est même pas évoquée.