Vous avez dit : « croissance ... négative »

Vous avez dit : « croissance… négative »

[box class=”info”]L’hyperclasse dominante est prise à son propre piège de contrôle de la pensée par les mots qu’elle a interdits.[/box]

Le site du Figaro titre ce matin, 11 août 2011 : « France : risque de croissance négative ».

Or dans sa toute dernière édition, le dictionnaire de l’Académie stipule :

CROISSANCE n. f. XIIe siècle. Dérivé du radical du participe présent de croître.
Le fait de croître, de grandir.
1. Développement d’un organisme jusqu’à maturité. La croissance des plantes.
2. Accroissement en étendue ou en importance ; développement.

Pour toute personne sensée, la « croissance négative » est un concept inintelligible. Un oxymore. Il reflète pourtant tout à fait explicitement la désastreuse incapacité des dirigeants occidentaux à analyser la crise actuelle, car ils n’ont plus les mots pour la décrire.

Le système repose en effet structurellement sur la croissance : croissance de la consommation bien-sûr, mais croissance de tout. La croissance est la clé de voûte de tout ce système car elle assure l’équilibre dans la fuite en avant sur laquelle il est fondé. La croissance permet notamment de créer la monnaie pour assurer les dépenses non financées. La croissance, nous dit-on, permettra de rembourser les dettes. Alors l’endettement n’est pas si grave puisqu’il sera effacé lorsque la croissance reviendra.

Mais voilà, la croissance se fait attendre. Pas grave, nous rassure-t-on, elle reviendra de toutes façons, alors les dettes ne sont pas un vrai problème. Mais la croissance ne revient toujours pas. Ah si ! elle est là, mais elle est … négative !

Cette expression date de 2008, et fut lancée par Christine Lagarde. A l’époque quelques rares journalistes avaient malgré tout été interpellés par cet oxymore, notamment Thomas Legrand dans son édito politique du lundi 6 octobre 2008 sur France Inter.

Cette invention géniale a valu à Christine Lagarde d’être promue au FMI car elle n’a pas particulièrement brillé par ses résultats en tant que ministre de l’économie.
Les certitudes ont la vie dure : la croissance reviendra, c’est sûr. Elle est juste négative en ce moment, mais c’est normal, c’est une crise cyclique. Ainsi trois ans après, Le Figaro persiste, et continue de se rassurer, et de rassurer ses lecteurs, avec la même chimère paradoxale.

Il y a quelque temps, il ne fallait pas affoler Billancourt. A présent il ne faut pas affoler les marchés et les consommateurs.

Georges Gourdin pour Novopress France