Émeutes au Royaume-Uni : le BNP tente de se refaire une santé

Émeutes au Royaume-Uni : le BNP tente de se refaire une santé


11/08/2011 – 15h30
LONDRES (NOVOpress) — Malmené dans les sondages, ayant manqué le coche aux élections générales de 2010 avec seulement 1,9 % des voix, ne trouvant pas sa place dans le débat public, le BNP connaissait une mauvaise passe, aggravée par une forte insularité qui ne lui offre guère d’alliances durables auprès d’autres partis européens.

Les récentes émeutes ont changé la donne pour le paria de la politique anglaise. Même si la presse a rapidement « oublié » les photos les plus choquantes, la mémoire visuelle des Britanniques ne les oubliera pas de sitôt et le BNP veut rebondir sur le changement d’humeur de la majorité des Anglais.

Cette évolution de la mentalité collective se révèle à de multiples détails comme cette analyse du très modéré Robert Colvile, commentateur du journal conservateur The Telegraph : « (…) Le sentiment que vous ne pouvez désormais plus compter sur la police pour vous protéger a disparu, que les seules personnes en mesure de le faire sont celles de la même race, de la même classe sociale, même profession, même quartier que vous…»

Émeutes au Royaume-Uni : le BNP tente de se refaire une santé

Émeutes au Royaume-Uni : le BNP tente de se refaire une santé

Face aux émeutes à leur impact médiatique, le BNP ne pouvait rester les bras croisés même si l’évolution de la composition ethnique des émeutiers ces dernières heures ne valide plus une réaction reposant uniquement sur un grille d’analyse raciale.

Avec un certain retard à l’allumage, qui contraste négativement avec ceux d’élus conservateurs comme Roger Helmer ou encore les activistes de terrain de l’English Defense League, le BNP a laborieusement pondu un communiqué proposant une série de mesures concrètes pour restaurer l’ordre.

Sans surprise, le BNP en appelle à l’Armée. Visiblement Nick Griffin le patron du parti ne sait pas que le seul régiment affecté à la sécurité intérieure ne compte que cinq cents hommes, pas de quoi faire trembler les émeutiers alors que la police mobilise 16 000 hommes rien qu’à Londres.

Plus dans son registre, le BNP exige des condamnations à cinq ans de prison pour les pillards et l’expulsion sans délai des émeutiers d’origine étrangère avec leurs familles.

Il est difficile de faire mieux dans le registre de la gesticulation car ces mesures ne sont que des vœux pieux. En réalité, l’objectif de ces prises de position est de ranimer la flamme des donateurs du BNP, lassés par les divisions internes et par le manque de pertinence des politiques proposées.

En revanche, les tracts conçus par le BNP pour être téléchargés en ligne et reproduits par tout un chacun sont fort bien conçus et mettent l’accent avec force sur la fracture raciale mise en évidence par les premières émeutes de Londres.

Émeutes au Royaume-Uni : le BNP tente de se refaire une santé

Émeutes au Royaume-Uni : le BNP tente de se refaire une santé

L’image d’un jeune Européen obligé à se dévêtir par un délinquant noir et celle d’une femme mûre dénudée par des émeutiers sont utilisées pour souligner la violence des attaques racistes dont ont été victimes des citoyens ordinaires coupables de ne pas être Noirs.

Le BNP se fait des illusions en pariant sur une amélioration de ses chances électorales à la suite de ces émeutes. Le célèbre « pragmatisme » anglais, qui n’est souvent que du conformisme et une soumission totale à l’idéologie dominante, a besoin de beaucoup plus que de quelques jours d’émeutes pour secouer le joug du politiquement correct.

Depuis trente ans, l’idéologie antiraciste paralyse tout le pays, des policiers confrontés à de jeunes émeutiers Noirs qui restent l’arme au pied, aux électeurs dans le secret de l’isoloir qui reconduisent les partis conventionnels.

Le BNP, engoncé dans une idéologie caduque, défendant un nationalisme dépassé qui ignore les dimensions locales de l’enracinement (le sentiment national écossais, gallois ou anglais) et qui refuse toute dimension européenne, est très mal armé pour répondre aux défis auxquels est confronté la société britannique.

Les événements de ces derniers jours, par leur brutalité, sont un dernier avertissement pour un pays qui doit faire face à deux problèmes gravissimes, celui d’une population d’origine afro-caraïbe marginalisée et violente, et celui d’une jeunesse européenne déclassée qui n’a de débouché que dans l’alcool ou la délinquance.

Dès que la fumée des incendies se sera dissipée, le plus probable est que la presse populaire oubliera cette réalité si embarrassante pour concentrer ses attaques contre l’Union européenne et réserver tous ses sarcasmes à l’euro dont elle prédit avec persévérance depuis dix ans la fin prochaine.