Fabrice Robert : “Si on aime la France, on doit se battre pour l'unité européenne”

Fabrice Robert : “Si on aime la France, on doit se battre pour l’unité européenne”

Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire

Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire

Fabrice Robert, président du Bloc Identitaire revient sur les sujets récents d’actualité. Et il insiste notamment sur la nécessité de plus et mieux d’Europe.

[question]Fabrice Robert, en ce début d’été, les médias parlent beaucoup de l’affaire DSK, des primaires du PS, du tour de France, de la bactérie tueuse et de la faillite grecque. Selon vous, le rôle d’un responsable politique est-il d’avoir un avis sur tout ?[/question]
[answer]C’est en tous les cas ce que lui demandent les médias : du commentaire. Qu’en reste-t-il quelques mois plus tard ? En général, rien. Le terme même de « responsable politique » indique bien de qui on parle : de quelqu’un qui a autant d’influence sur les évènements qu’un sous-chef de gare en a sur le trafic de la SNCF.
A l’été de 1914, la presse était pleine de l’affaire Caillaux, le meurtre du directeur du Figaro commis par une femme de ministre, ou de la création de l’impôt sur le revenu. Qu’en garde la mémoire collective aujourd’hui ? Rien.
L’actualité, c’est l’écume de l’histoire. Et un certain journalisme, hier comme aujourd’hui, consiste à attraper l’écume avec une passoire.[/answer]

[question]Il arrive quand même que l’actualité soit de l’histoire et fasse l’histoire comme le 11 septembre 2001…[/question]
[answer]Non, l’assassinat de l’archiduc d’Autriche en 1914  n’est pas la cause de la guerre mondiale, pas plus que l’attentat de New York n’est la cause de l’invasion de l’Irak. Ce sont des facteurs prétextes ou révélateurs. Ce qui est important, c’est de tenter de voir au-delà, d’identifier les mouvements historiques, les fins de cycle, les renaissances.
A cet égard, je crois qu’il y a aujourd’hui dans le monde européen au moins un consensus, qui est aussi un sentiment, et qui traverse toutes les frontières : nous allons vers des crises majeures. De quelle ampleur ? A quelle échéance précise ? C’est le jeu des prévisions. Mais tout le monde voit bien que nous avons définitivement tourné la page des années de croissance illimitée, des années d’espoir en un monde dit de progrès, grosso modo le monde de l’après 45 qui a perduré au-delà de la crise pétrolière des années 70.
Ces enjeux sont démographiques, et donc écologiques : quelle planète avec 10 ou 12 milliards d’habitants ? Quel monde avec le modèle économique américain de développement de consommation et de gâchis étendu à tous ?
En d’autres termes, le modèle de développement du XXème siècle parvient à son terme. La croissance sans limite et sans dommages est une croyance et non un fait. Il va falloir repenser le monde. Je crois que cette reconstruction peut venir d’Europe. L’affirmation de l’Europe comme une vraie puissance peut-être une garantie de paix et d’équilibre à l’échelle mondiale.[/answer]

[question]Le mouvement identitaire fait de l’Europe le cadre permanent de sa réflexion. En cela, il se différencie des souverainismes de droite ou de gauche. Quelle est votre position à propos de l’euro ?[/question]
[answer]Faire de l’euro la cause de tous les malheurs économiques de la France ou de l’Europe est, à mon sens, une erreur de fond.
Sans l’euro, des pays au bord du gouffre comme la Grèce seraient déjà au fond, et la France elle-même aurait sans doute déjà été attaquée par les marchés financiers. Le drame de la Grèce, du Portugal, de l’Italie ou de la France, ce n’est pas l’euro, pas plus que ce ne serait le drachme, la lire, l’escudo ou le franc. Tous ne sont que des noms de monnaie et donc des outils de taille différente. Le mur qui se dresse devant nous est la conséquence de la dette publique, de la fin de l’étalon or au profit du pseudo étalon dollar, de la financiarisation sans contrôle des activités économiques.
Dire aux gens : sans l’euro, tout ira mieux, est peut-être un pari politique, mais sans aucun doute un aveuglement économique. Revenir au franc, proposer de le dévaluer massivement, affirmer que l’inflation, c’est la faute de l’euro, ne me semble pas sérieux… A propos de l’inflation, il convient de rappeler qu’elle est plus importante dans des pays qui ne sont pas dans la zone euro comme la Grande Bretagne et d’autres pays européens, ou encore les USA.
Comment ne pas observer aussi que la presse la plus acharnée contre l’euro est la presse britannique. Pourquoi ? Voila une question intéressante… Une presse bien indulgente, en revanche, envers le dollar américain.[/answer]

[question]Soit. Mais, pour autant, l’euro est-il une panacée ?[/question]
[answer]Certainement pas tel qu’il est utilisé depuis sa création. Penser que la monnaie n’est qu’un agent économique est une erreur. Une monnaie, c’est aussi une domination politique. Tel est le rôle du dollar depuis 1945. Et tel est le reproche qu’il convient de faire à l’euro : ne pas être soutenu par une volonté européenne politique, par une souveraineté continentale. Faute d’un budget européen suffisant, faute des nécessaires transferts économiques et financiers qui ont été réalisés, par exemple, entre les “deux Allemagnes” ou entre la France prospère et industrieuse, et les DOM TOM, on ne peut que constater une absence de convergence entre pays européens qui pénalise la monnaie unique. Faute d’une volonté politique, l’euro est sans doute trop cher, favorisant ainsi la poursuite artificielle de la main mise du dollar et des USA sur le monde. Mais il reste, en dépit de ses défauts, la seule monnaie crédible à la taille nécessaire dans le monde actuel. Les Chinois ne s’y trompent pas, et convertissent leurs réserves de dollars en euros…..[/answer]

[question]Vous devez être particulièrement satisfait alors des études qui affirment que très majoritairement les Français ne veulent pas d’un retour au franc. Cependant, sur des sujets aussi techniques, la majorité a-t-elle forcément raison ?[/question]
[answer]En tous les cas, il n’y a pas de raison qu’elle ait davantage tort que la minorité. Je pense que si on laisse de côté l’attachement affectif pour notre bon vieux franc, les Français ont compris que l’indépendance, la puissance, l’emploi, le pouvoir d’achat même, supposent des outils. Il faut une monnaie et un protectionnisme pour avoir une vraie souveraineté économique. Or, la seule échelle pertinente, possible, c’est l’échelle continentale. Sans l’Europe, chaque nation européenne est un nain démographique et politique, sous dépendance des puissants du moment.
Alors, le problème n’est pas d’avoir moins d’Europe comme le réclament les souverainistes, mais d’avoir une autre Europe, et in fine cela signifie plus d’Europe. Evidemment, en France comme dans tous les pays d’Europe, cela veut dire une autre classe politique.[/answer]

[question]Ce « plus » d’Europe heurte les souverainistes qui préfèrent l’idée d’une coopération entre Etats souverains. Pour eux, toute souveraineté européenne est une atteinte aux nations.[/question]
[answer]Les souverainistes sont des nostalgiques. Ils aspirent à un retour au passé, sans voir que le passé  est, par définition, mort. Vouloir une France française, une France forte, c’est encore possible, mais cela passe par l’Europe, pas par la France seule. Préférer la « francophonie » à l’Europe est à la fois une illusion et un crime. L’illusion de rester une pseudo grande puissance au prétexte que dans cent collèges du tiers-monde, on baragouine notre langue, le crime de préférer nos ex-colonies à nos voisins de même civilisation et de même destin.
On retrouve dans cette forme précise de souverainisme, qui est celle, par exemple, d’un Chevènement, l’acceptation d’impuissance et de réductionnisme qui se définit autour du concept « d’assimilation républicaine » systématique. Cette assimilation n’est en fait qu’un viol collectif, une forme de génocide culturel.
Or, ce qui relie les individus et leur donne une identité (élément constitutif indispensable de l’esprit et de l’équilibre des hommes ), ce n’est pas un principe abstrait, mais une réalité charnelle, historique et culturelle. Répétons-le toujours et encore, si l’on aime la France et l’on veut qu’elle survive, l’on doit se battre pour l’unité européenne et l’affirmation de notre continent comme une puissance politique indépendante. D’ailleurs à tous les souverainistes, je pose une question : préférez-vous vivre dans la France de Sarkozy ou, si la chose était possible, dans un pays européen voisin, qui serait libéré de la sous-culture américaine, sans immigration, avec des écoles où nos enfants ne seraient pas soumis au modelage de Big Brother ? Se poser cette question, c’est se rendre compte que, bien sûr, nous aimons notre pays, que nous y sommes profondément attachés, mais que sans nos mœurs, nos coutumes, notre culture, c’est à dire sans notre civilisation européenne, au fond, il n’est plus notre pays. Et c’est parce que nous voulons que la France redevienne la France qu’il faut faire l’Europe ![/answer]

[question]Les Identitaires sont en première ligne dans la lutte contre l’islamisation s’attirant parfois le reproche de s’en prendre à une religion en « oubliant » de parler de l’immigration. A votre avis, pourquoi ?[/question]
A vrai dire, je ne sais pas trop comment on peut nous faire un tel reproche. Bien évidemment, l’islamisation n’est qu’une conséquence de l’immigration. Sans immigration, pas d’islamisation. C’est du domaine de La Palice… Mais si l’islamisation est une conséquence, elle est également une cause de changements graves comme, par exemple, le halal en passe de devenir une norme dans les abattoirs. C’est inacceptable.
L’enjeu du XXIème siècle est de créer les conditions politiques et sociales d’une re-migration qui est la seule bonne solution, sans dommage pour tous. C’est soit la reconnaissance de l’identité comme premier droit de l’homme, soit une chaine de conflits sans fins et d’une ampleur insoupçonnée. Je réponds à ceux qui considèrent la re-migration -c’est-à-dire un retour au pays, et aux racines – comme une solution violente, que c’est, au contraire, la solution la plus respectueuse et la plus pacifique. Bien plus pacifique que laisser prospérer sur notre sol certaines populations qui ne souhaitent pas s’assimiler, et je ne le leur reproche pas. A court terme, c’est-à-dire vingt ans, nous allons aboutir au mieux à un scénario à la brésilienne, au pire, à une situation comme au Kosovo. Sociétés policières ou guerres civiles, personne ne peut souhaiter cela. La seule solution pour le monde, c’est une identité, un territoire. Ceux qui militent contre cela sont des fauteurs de guerre.

[question]Quelques questions maintenant sur le mouvement identitaire. La campagne présidentielle, ça marche ?[/question]
Avec un million d’euro, ce qui représente la somme minimale que dépensent la plupart des candidats à la candidature afin de pouvoir récolter leurs signatures, cela marcherait merveilleusement bien. Mais ce n’est pas notre cas et nous n’investissons pas toutes nos ressources dans cette pré-campagne. Je le rappelle, notre campagne présidentielle n’est pas et n’a jamais été une fin en soi. Cependant, nous avons obtenu un nombre de parrainages très important au regard de nos moyens de prospection qui ne reposent que sur du militantisme.
Arnaud Gouillon a pu mesurer lors de ses visites auprès des élus locaux deux faits importants : d’abord, le profond ras-le-bol de 90% de ces élus. Ils ne croient plus en l’Etat ni aux partis. Ensuite, leur inquiétude devant l’islam et l’immigration. Ce n’est pas unanime, mais presque.

[question]Dans l’hypothèse où vous n’obtiendriez pas les 500 signatures d’élus, pour qui appeleriez-vous à voter en avril 2012 ?[/question]
Si nous n’obtenons pas les 500 signatures ou si, à un moment donné, nous estimons que nous ne parviendrons pas à les obtenir, alors, nous conclurons notre campagne comme nous l’avons commencée : en consultant les militants identitaires.
Au terme d’un débat, ce sont eux qui choisiront notre position. Nous concevons le mouvement comme une communauté et non comme un parti au sens classique. Nous n’avons pas des intérêts à défendre, mais un destin à construire.  Bien entendu 2012 est une échéance électorale importante, mais le rôle des Identitaires est de continuer à diffuser au sein de la population des idées alternatives, et de renforcer leur communauté militante. Bien au-delà de 2012, nous préparons une organisation pour les années – difficiles, ne nous mentons pas – à venir.

[question]En ce début d’été, le mouvement identitaire, c’est combien de divisions, ça pèse quoi ? La presse dit souvent : les Identitaires sont très forts pour le buzz médiatique mais ne sont pas si nombreux…[/question]
[answer]Les partis politiques français ont un point commun. Ils mentent sur leur nombre d’adhérents. Quand ils vous disent 100 000, vous pouvez traduire 50 ou 30 000. Il est donc toujours difficile de répondre à une question comme la votre car le lecteur aura toujours tendance à penser que vous multipliez par deux ou trois. Dire la vérité, c’est donc courir le risque d’être sous-estimé.
Ce que je peux vous dire, c’est que nous progressons fortement. Il y a trois façons de mesurer une progression. Le baromètre électoral, le nombre d’adhérents et de sympathisants connus, le montant des fonds qui alimentent les activités. Électoralement, les résultats des tests faits aux cantonales n’ont pas été à la hauteur de nos attentes. Exceptés deux scores flatteurs de 15% en Bretagne et en Pays Niçois, nous avons obtenu soit des scores marginaux, soit des scores corrects mais sur des zones où nous espérions plus. Inutile d’épiloguer sur les raisons de ces performances, tout le monde les connaît. L’intérêt public pour les mouvements politiques se mesure à l’aune du  passage  à la télé. Si vous n’êtes pas une « marque » comme l’UMP, le PS ou le FN, vous n’existez pas, même si vous présentez un excellent candidat face à un clochard analphabète. Si vous êtes une « marque » en perdition comme le PC, vous devenez une filiale du Front de Gauche.
Il n’en reste pas moins que le combat électoral est un des moyens le plus efficace de se faire connaitre. Or, c’est notre position : le combat, par tous les moyens.
En revanche, cette première moitié d’année 2011 se caractérise par une augmentation sans précédent du nombre d’adhérents au Bloc, mais aussi au sein des autres structures composant le mouvement identitaire dans sa diversité, qui accompagne une augmentation très sensible des rentrées financières. D’une certaine manière, ce genre de progression précède toujours toutes les autres, que ce soit sur le terrain politique, médiatique, culturel.
Parti de rien il y a seulement huit ans, le mouvement identitaire, c’est aujourd’hui des dizaines de sections, des centaines de militants actifs, des milliers d’adhérents ou de donateurs, des dizaines de milliers de sympathisants connus. des dizaines de sites web, des dizaines d’associations, des dizaines d’initiatives culturelles ou sportives.[/answer]

[question]Un dernier mot ?[/question]
[answer]Je donne rendez-vous à tous ceux que nos thématiques intéressent pour notre université de rentrée qui se tiendra les 9, 10 et 11 septembre dans la région d’Aix-en-Provence. Le sujet principal des ces journées sera l’Europe. Je conseille de s’inscrire au plus tôt car le nombre de places est limité à 150 personnes et une bonne part sont déjà réservées.
Enfin, je peux vous annoncer que nous tiendrons une grande convention en janvier 2012, sans doute à Paris. Ce sera un événement majeur lors duquel nous espérons doubler le nombre de participants par rapport à la convention de 2009.[/answer]