Quand la Bretagne fêtait la Saint-Jean

Quand la Bretagne fêtait la Saint-Jean

Reprenant la fête du solstice d’été, célébrée dans toute l’Europe pré-chrétienne, la fête de la Saint-Jean, a lieu chaque année le 24 juin. Fête de la communauté par excellence, la Saint-Jean était célébrée comme il se doit en Bretagne. Comme le rappelle le texte suivant, tiré d’un article paru en 1834, chaque village se retrouvait alors autour du « tantad Sant Yann », le feu de la Saint-Jean. Retour sur un passé, où une forme de cohésion communautaire s’affichait joyeusement en relation étroite avec la nature et le rythme du temps.

« Vers le soir, on aperçoit, sur quelque rocher élevé, au haut de quelque montagne, un feu qui brille tout-à-coup ; puis un second, un troisième, puis cent feux, mille feux ! Devant, derrière, à l’horizon, partout la terre semble refléter le ciel, et avoir autant d’étoiles ; de loin, on entend une rumeur confuse, joyeuse, et je ne sais quelle étrange musique, mélangée de sons métalliques et de vibrations d’harmonica qu’obtiennent des enfants en caressant du doigt un jonc fixé aux deux parois d’une bassine de cuivre pleine d’eau et de morceaux de fer…

Les jeunes filles, parées de leurs habits de fête, accourent pour danser autour des feux de saint Jean ; car on leur a dit que, si elles en visitaient neuf, elles se marieraient dans l’année. Les paysans conduisent leurs troupeaux pour les faire sauter par dessus le brasier sacré, sûrs de les préserver ainsi de maladie…

C’est alors un spectacle étrange pour le voyageur qui passe, que de voir de longues chaînes d’ombres bondissantes tourner autour de mille feux, comme des rondes diaboliques, en jetant des cris farouches et des appels lointains. Dans beaucoup de paroisses, c’est le curé lui-même qui vient processionnellement, avec la croix, allumer le feu de joie préparé au milieu du bourg…

Les Bretons conservent avec une grande piété un tison du feu de la Saint-Jean : ce tison, placé près de leur lit, entre un bois bénit le dimanche des Rameaux, et un morceau de gâteau des Rois, les préserve, disent-ils, du tonnerre. Ils se disputent en outre, avec beaucoup d’ardeur, la couronne de fleurs qui domine le feu de Saint-Jean : ces fleurs flétries sont des talismans contre les maux du corps et les peines de l’âme : quelques jeunes filles les portent suspendues sur leur poitrine par un fil de laine rouge, tout puissant, comme on le sait, pour guérir les douleurs nerveuses…

A Brest, la Saint-Jean a une physionomie particulière et plus fantastique encore que dans le reste de le Bretagne. Vers le soir, trois à quatre mille personnes accourent sur les glacis ; enfants, ouvriers, matelots, tous portent à la main une torche de goudron enflammée, à laquelle ils impriment un mouvement rapide de rotation. Au milieu des ténèbres de la nuit, on aperçoit des milliers de lumières agitées par des mains invisibles qui courent en sautillant, tournent en cercle, scintillent, et décrivent dans l’air mille capricieuses arabesques de feu : parfois, lancées par des bras vigoureux, cent torches s’élèvent en même temps vers le ciel, et retombent en secouant une grêle de braie enflammée, qui grésille sur les feuilles des arbres ; on dirait une pluie d’étoiles. »

Extraits de Feux de la Saint-Jean en Bretagne (d’après un article paru en 1834)
Source : Extraits de La France pittoresque