“On soigne mieux les chevaux de course que les coureurs cyclistes !”

Le docteur Jean-Pierre de Mondenard, un des plus grands spécialistes mondiaux du dopage, est le consultant de « Minute » pour cette 98ème édition du Tour de France.

Minute : Les coureurs ne se dopent pas à l’insu de leur plein gré. Ils sont assistés par ce que vous appelez des spécialistes du « dope niveau ». Qui sont-ils ?

Jean-Pierre de Mondenard : Imaginez que Bernard Hinault [quintuple vainqueur du Tour de France en 1978, 1979, 1981, 1982 et 1985, Ndlr] était massé par un soigneur qui était boulanger de profession ! Les temps ont changé… Aujourd’hui, les spécialistes du « dope niveau » sont d’authentiques médecins qui bafouent leur éthique. La nature humaine est telle que ces médecins deviennent rapidement les copains du champion et n’ont plus qu’une ambition : le faire gagner pour être associé à ses succès. Leur serment d’Hippocrate se transforme en serment d’hypocrite. Pour eux soigner la performance passe avant la santé des sportifs.

Un exemple : certains sportifs, blessés, peuvent participer à la compétition grâce à des infiltrations, alors qu’un tel traitement est indissociable d’une mise au repos. Cette règle est respectée pour les chevaux de course, qu’on laisse au pré après une infiltration, mais pas pour les hommes !

Dans un entretien à « L’Equipe », Eddy Merckx a affirmé que les laboratoires pharmaceutiques jouent un rôle dans le dopage. Que veut-il dire par là ?

Les labos font partie du système. Ils ne s’opposent pas à ce que leurs médicaments deviennent des produits dopants. Prenez l’exemple de l’EPO et de l’hormone de croissance : ce sont des médicaments qui concernent une petite population de malades, les insuffisants rénaux et les enfants de petite taille, ce qui financièrement n’est pas très rentable. Avec les sportifs et le dopage, les labos trouvent de nouveaux débouchés pour leurs produits, ce qui gonfle leur chiffre d’affaires. Il y a même des firmes qui poussent le vice jusqu’à sponsoriser des courses ! Aux Etats-Unis, le Tour de Californie est parrainé par un labo dont l’EPO est la spécialité ! Soi-disant au titre de la prévention… Je préfère en rigoler.

Depuis Bernard Hinault en 1985, aucun Français n’a gagné le Tour. Est-ce parce que nos coureurs sont mauvais ou parce qu’ils ne trichent pas ?

Depuis Bernard Hinault, le cyclisme s’est internationalisé. Avec l’arrivé des coureurs américains, australiens ou des pays de l’Est, la concurrence est plus rude et il est plus difficile pour les Français de se faire une place. Mais le dopage est effectivement un facteur expliquant ce déficit de résultats. En France, les équipes sont placées sous haute surveillance. Elles soignent leur image et sont regroupées au sein d’une association qui milite pour un cyclisme propre. A l’étranger, pour gagner, on ne s’embarrasse pas toujours de morale… Je remarque d’ailleurs que certains coureurs français qui ont rejoint une équipe étrangère ont soudain eu de meilleurs résultats…

En conclusion, si on dresse le portrait-robot d’un coureur « propre », il est plutôt Français qu’Espagnol ou Italien.

Propos recueillis par Pierre Tanger

A paraitre demain mercredi dans “Minute” du 6 juillet,
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