L’antiracisme, ruine de l’âme, par Eric Delcroix

20 janvier 2023 | France

Du prétoire au confessionnal. Il est un phénomène cardinal qui détermine toute la vie sociale et politique du monde occidental, phénomène que personne ne semble voir, alors même qu’il est nouveau et fondamentalement subversif. Il s’agit du triomphe de la morale anti-discriminatoire, née dans sa forme achevée bien sûr aux États-Unis, dans les années cinquante du siècle dernier, notamment sous la plume d’un économiste, Gary Becker[i] (1930-2014). Pour celui-ci, les discriminations, jusqu’alors tenues comme des affects naturels et mode de sélection sociale, étaient au bout du compte contre-productives pour les affaires (business), qui, avec l’effervescence moralisatrice, procèdent de l’essence du régime américain.
Mais qui comprend de quoi il retourne ? Analysons les conséquences du mythe de l’antiracisme, derrière celui fondateur de l’antifascisme (ce trait d’union immarcescible et génial entre communistes et partis bourgeois, forgé par Staline en 1935, avec la politique dite des « Fronts populaires », jamais effacé) qui fonde de façon homogène l’idéologie occidentale (et russe) commune, occultant tout bon sens.

Retour de l’inquisition des consciences

Malheureusement, en rupture avec notre tradition juridique, nos législateurs ont adopté, par le biais, le principe de statuts communautaires privilégiés, à travers des lois qui, à partir de 1972, importèrent en France le nouvel ordre moral anti-discriminatoire, en application plus que zélée, de la convention de New-York de 1965-1966, dite contre les discriminations raciales.

La loi Pleven du 1er juillet 1972, a été une révolution pour notre système juridique. À vrai dire il s’agissait formellement plutôt d’une contre-révolution, car en rupture régressive particulièrement avec notre droit pénal, marqué par la rationalité des Lumières. Jean Raspail, qui pourtant n’était pas juriste, en avait compris immédiatement le caractère subversif, qu’il dénonça, dès début 1973, dans son magistral Camps des Saints[ii].

Cette loi, entrée insidieusement dans les mœurs, fut suivie par d’autres, qui en généralisèrent l’objet, savoir les lois Lellouche (2003) et Perben 2 (2004).

Aux termes de ces lois, et au-delà des délits d’opinion innomés qu’elles rétablissent, notre droit en ressort totalement assujetti à la morale anti-discriminatoire et, dès lors, à l’éthique de l’intention. Ceci s’est produit par l’intégration subreptice du mobile dans la constitution ou aggravation des infractions, la question du juge n’étant plus : le sujet de droit a-t-il voulu l’acte répréhensible (for externe), en soi impartial, mais : pourquoi l’a-t-il voulu (for interne) ? C’est le retour à l’inquisition des consciences, symbolisée par la question du juge Beaupère à Jeanne d’Arc : « êtes-vous en état de grâce ? ».

Aussi désormais, un seul et même acte licite en soi, peut devenir crime ou délit selon l’intention subjective que l’on y met ! Il en ira selon les dispositions du cœur du justiciable, interprétées par le juge confesseur. Pourtant, pour qui ne veut pas mourir, il est égal d’être tué pour l’appât du lucre, par idéalisme ou racisme !

Précédemment, le mobile, utile pour la recherche du coupable, ne pouvait ouvrir que sur l’éventuelle indulgence du juge, la morale étant subordonnée au droit, donc subsidiaire pour le juge. Sur la base de ce que j’ai appelé des crimes et délits peccamineux[iii], le juge interpelle désormais le justiciable sur ses pensées, ses arrières pensées, ses fantasmes, bref sur son arbitraire intime. Jusqu’en 1972, le justiciable n’était pas tenu, sans compromettre sa défense, de livrer son mobile au juge.

Structure et contenu de la nouvelle inquisition

Nonobstant leurs erreurs, telle l’illusion progressiste, les Lumières ravirent l’arbitraire au juge et le rendirent au justiciable. L’antiracisme rend l’arbitraire au juge et en prive le justiciable.

Les lois précitées, condamnent ce que l’on appelle, au sens large, le racisme. Dans le langage vulgaire répandu par les groupes de pression, il s’agit, au-delà d’un racisme (non défini), par exemple, du sexisme, antisémitisme, islamophobie, homophobie, transphobie, crétinophobie (la débilité étant un « handicap » protégé), grossophobie et autres sottises, qui devraient plutôt ressortir de la civilité puérile et honnête que des foudres de la loi et de la justice… Comme au temps heureux des licences intellectuelles et morales, comme avant 1972, cette espèce de Mai 68 du droit. Notons l’emploi du suffixe phobie renvoyant à des pathologie psychiatriques…

Pour conforter ce système qui interpelle le sujet de droit sur son arbitraire intime, ces lois prétendent punir dans la foulée ce qui n’est qu’un sentiment, la « haine ». C’est là encore l’illustration de l’éviction du droit par la morale, symptomatique de la nouvelle inquisition, avec la prétention à servir le bien métaphysique, le Bien. Cette notion judiciaire de haine, prodrome de l’esprit woke, nous vient là encore et inévitablement des États-Unis…

Cette nouvelle inquisition sert des minorités, là où, depuis 1789, le droit français ne reconnaissait pas de communautés, à l’inverse de la société américaine. La conséquence en sera, d’une part l’assujettissement, petit à petit, de la majorité des Français à la dictature insidieuse de ces minorités privilégiées, mises à l’abri de libres critiques proclamées contraires aux bonnes mœurs.

Innovation redoutable, le nouveau droit contre-révolutionnaire permet à des associations délatrices de représenter en justice telle ou telle minorité. Elles sont autant de procureurs privés et sauvages, chassant volontiers le justiciable en meute.

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