Retraites en folie, par Jean-Gilles Malliarakis

17 janvier 2023 | France

Dois-je le souligner : le prétendu débat sur la prétendue réforme des droits à pensions de vieillesse se présente comme un cafouillage inaudible. D’une telle cacophonie n’émergent que quelques rares propos sensés. Ils sont immédiatement couverts par les considérations les plus désordonnées. Ce n’est pas un débat c’est une assemblée générale gauchiste.

Dans cette folle confrontation, cerise sur le gâteau, nos chères bureaucraties syndicales menacent de bloquer le pays. Elles peuvent en effet y prétendre, compte tenu des incertitudes et reculades gouvernementales. Les paris sont ouverts.

Cette absurdité généralisée évoque terriblement l’idée de Darwin : « L’ignorance engendre la confiance plus souvent que la connaissance » enrichie par Bertrand Russell qui déplore : « C’est l’une des choses malheureuses de notre époque que ceux qui sont confiants soient stupides, et ceux qui ont de l’imagination ou de la compréhension sont pleins de doute et d’indécision. »

Depuis 1999 deux psychologues ont ainsi pu bâtir un terrifiant modèle qui porte désormais leur nom « l’effet Dunning-Kruger ». Celui-ci s’énonce de la façon suivante : « Les personnes ayant un faible niveau de compétence tirent des conclusions erronées et prennent de mauvaises décisions, mais ne sont pas capables de réaliser leurs erreurs en raison de leur faible niveau de compétence. » La dictature massive des incompétents s’aggrave car : « la personne incompétente tend à surestimer son niveau de compétence ; elle ne parvient pas à reconnaître la compétence de ceux qui la possèdent véritablement ; et elle ne parvient pas à se rendre compte de son degré d’incompétence. »

Sans doute, tout cela n’est pas nouveau : « Moi, Hécatée le Milésien, je dis ces choses et j’écris comme elles me paraissent car, à mon avis, les propos des Hellènes sont nombreux et ridicules ». Ce constat présocratique remonte à quelque 500 ans avant Jésus-Christ.

Certes, ce 11 janvier sur Cnews, au hasard d’une écoute véritablement impossible, on a pu entendre Véronique Jacquier, chroniqueuse catholique souvent pertinente de la station, faire, ô rare moment de bonheur, le seul petit aparté de bon sens que j’ai pu capter [il s’en est sûrement dit d’autres, ici ou là, je n’ai pas eu la chance de les entendre] sur le double défaut des projets législatifs de Mme Borne :

1 – aucune part n’est faite au nécessaire développement de la capitalisation, c’est-à-dire de l’épargne, et par conséquent de la liberté ;
2 – aucune réhabilitation de la politique familiale de l’après-guerre, ni aucune autre formule ne sont envisagées pour redresser la démographie française en France.

Sur ce second point ajoutons que la réponse de nos technocrates semble hélas donner raison à Renaud Camus et Éric Zemmour quand ils osent parler, horresco referens, de « grand remplacement ».

Les immigrés payeront-il la retraite des gens qui n’ont pas élevé d’enfants ? Les cotisations des sans-papiers régularisés suffiront-elles à boucher le trou de plus de 30 milliards des régimes spéciaux et des « cotisations fictives » de la fonction publique ? Questions sans réponse, bien évidemment. On ne les posera pas.

À vrai dire l’auteur de cette chronique, s’agissant du débat sur « les » retraites éprouve le sentiment d’avoir « déjà donné », plus exactement d’avoir consacré presque en vain quelque 15 ans de travail au service du combat des travailleurs indépendants.

Brisé au début des années 2000, par une répression impitoyable et par un très efficace mur du silence et de la diffamation, le CDCA, aujourd’hui oublié, entendait défendre toutes les catégories corporatives non-salariées, agriculteurs comme professionnels de santé, commerçants ou artisans. Il ne m’en est resté, – outre heureusement quelques rares amis, et beaucoup d’ennemis, – deux petits livres, l’un épuisé « Lettre ouverte aux futurs retraités », l’autre un peu dépassé « Livre noir des retraites », où je théorisais la supériorité du libre choix pour les professionnels, point de vue que je ne renie certainement pas.

Mais au-delà de ce combat, qui prolongeait certes les révoltes antérieures, menées elles-mêmes un peu à l’aveuglette au sein des classes moyennes depuis les années 1950, la liberté sociale que nous revendiquions aurait pu, aurait dû, bénéficier à l’ensemble du pays, à commencer par ceux que la « sécurité sociale » prétend défendre, et qu’en réalité elle écrase, et que le droit au salaire direct aurait protégé de la spoliation étatiste : les Français qui veulent travailler.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

Novopress est sur Telegram !

Newsletter

* champ obligatoire
« Novo » signifie, en latin, « renouveler » ou encore « refaire ». Novopress se donne comme objectif de refaire l’information face à l’« idéologie unique ». Mais ce travail de réinformation ne peut pas se faire seul. La complémentarité entre les différentes plateformes existantes doit permettre de développer un véritable écosystème réinformationnel.