Immigration : une étude de la Fondapol prône la voie danoise

12 janvier 2023 | Europe

La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol), dirigée par Dominique Reynié, vient de publier une étude fort instructive sur la maîtrise de l’immigration au Danemark, pays symbole de la social-démocratie nordique.

Depuis vingt ans, une politique migratoire très restrictive est appliquée, et ce, quelle que soit la majorité gouvernementale du moment. Autrement dit, il y a un consensus politique et transpartisan sur la volonté de maîtriser les flux, qui correspond au consensus large de la population sur ce sujet. Une politique migratoire qui, ainsi appliquée, permet et surtout réclame une intégration réussie.

Quelles en sont les caractéristiques ?

Tout d’abord, un accès à la nationalité difficile. Par exemple, pour obtenir la naturalisation, il faut résider depuis sept ans au Danemark, avoir un bon niveau de langue (réellement évalué, il ne s’agit pas de produire juste une attestation d’inscription à un cours de langue), réussir un test de connaissance de l’histoire et de la société danoises, prouver une participation réelle à la vie citoyenne. Bref, adhérer aux valeurs de la société danoise. Depuis 2019, une poignée de main obligatoire est l’acte final de la naturalisation. On comprend aisément à qui cela s’adresse.

Ces conditions s’accompagnent d’une politique pénale forte et surtout réellement appliquée : commettre des infractions recule la possibilité de demander cette naturalisation, les peines de prison même avec sursis empêchent définitivement d’obtenir la nationalité danoise.

L’obtention des visas se fait dans l’intérêt de la société et de l’économie danoises : il y a des facilités accordées à la main-d’œuvre étrangère qualifiée qui correspondent à une demande au Danemark. La politique de visas de travail est très encadrée et tient compte des secteurs en tensions mais aussi d’un certain niveau (haut) de rémunération afin de faire venir des travailleurs hautement qualifiés.

Le regroupement familial, qui a signé chez nous la fin d’une quelconque possibilité de restriction et de contrôle des flux, est difficile : il n’est au Danemark ni immédiat ni, surtout, automatique.

Depuis la crise migratoire de 2015, on note un durcissement dans l’acceptation des demandes d’asile, les conditions à remplir sont toujours plus nombreuses. La complexité administrative a aussi pour but de décourager les demandeurs.

Les aides sociales accordés aux étrangers sont réduites à la portion congrue, visas et permis de séjour sont majoritairement accordés à ceux qui peuvent justifier de revenus, l’autosuffisance est la règle, l’aide sociale l’exception. Au plus fort de la crise de 2015, des encarts publicitaires avaient même été publiés dans des journaux libanais pour dissuader des candidats à l’exil au Danemark.

Enfin, en 2016, une loi, la Jewellery Law, qui avait fait polémique, demandait aux réfugiés de payer, sur leurs biens, les frais d’hébergement et de procédure pour les demandes d’asile. Le parti social-démocrate, alors dans l’opposition, avait voté cette loi.

Enfin, dernier clou dans le cercueil de l’accueil inconditionnel et inconsidéré des migrants, le traitement de demande d’asile est, depuis 2021, externalisé dans des pays extra-européens, le plus souvent le Rwanda. Une externalisation pratiquée par la Grande-Bretagne et réclamée aujourd’hui par le gouvernement italien.

C’est le gouvernement social-démocrate de Mette Frederiksen qui a adopté cette loi. Celle-ci a perçu, dès 2015, que la gauche danoise perdrait son électorat populaire si elle ne se ralliait pas à cette politique restrictive : pour l’avoir compris et pour avoir ainsi participé au consensus national et transpartisan autour de la question migratoire, elle a été réélue en 2022, faisant même progresser son parti et réunissant autour d’elle une majorité allant de la gauche au centre droit. L’immigration, désormais parfaitement ma$itrisée, n’est plus un sujet électoral majeur. Ainsi, comme l’explique la note de la Fondapol, « la victoire des sociaux-démocrates procède d’un nationalisme social assumé au nom de l’État providence ».

Il ne s’agit pas tant de préserver un modèle culturel, identitaire ou politique mais plutôt le modèle social de l’État-providence. Celui-ci, et le consensus populaire qui s’y rattache, ne peut se maintenir que s’il est viable, soutenable et donc pas corrodé par une immigration massive, incontrôlée et anarchique. Les Danois ont fait le constat qu’une société multiculturelle est multiconflictuelle et qu’elle menace la confiance en l’État et les institutions, qu’elle met en danger le contrat social et les relations entre les citoyens. Ils s’en sont donc préservés.

Cette politique fonctionne-t-elle ? Il y a une diminution de 28 % de l’immigration (hors réfugiés et demandeurs d’asile) entre 2014 et 2019. Dans le même temps, le nombre de demande d’asile a chuté de 82 %. Pourtant, le Danemark fait partie de l’Union européenne, de la CEDH et de l’espace Schengen. Ce pays a su néanmoins emprunter la voie étroite mais possible de la négociation des traités. Qu’attend-on ?

Marie d’Armagnac

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

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