Les tirailleurs, Omar Sy et les incultes, par Pierre Boisguilbert

11 janvier 2023 | Culture, France

Omar Sy, l’un des acteurs préférés des Français, ignorait tout des tirailleurs sénégalais. Il n’est pas le seul, hélas !

On ne reviendra pas sur ses élucubrations sur une sorte de racisme dénoncé en permanence par l’Afro-Franco-Américain qui reproche à des Européens qui meurent parfois pour des Africains de s’intéresser plus à la guerre d’Ukraine en Europe qu’à celles du Congo et de l’Érythrée. S’il ne comprend pas ça, ce n’est pas grave. Son ignorance est plus intéressante. On pourra lui reprocher un manque de curiosité naturelle, mais passons encore. Il fait une erreur totale d’analyse. Ce n’est pas l’histoire des tirailleurs sénégalais qui a été occultée avant d’être retrouvée pour être manipulée au nom de l’indigénisme.

Ce qui a été occulté, c’est la gloire ou en tout cas l’aventure épique de l’empire colonial français. On peut remonter à l’exposition coloniale de 1931 qui exaltait les colonies européennes, à l’exception de celles de l’Angleterre, et l’empire français réunissant sous la même bannière des peuples différents, de toutes les couleurs, sous les trois couleurs. Une vision héroïque et romantique et donc partielle et partiale de notre empire colonial. Mais son effort pendant la Grande Guerre y a été célébré. Et le mythe de la France sous laquelle le soleil ne se couchait jamais a perduré avec le récit gaulliste de la Seconde Guerre mondiale et la place de certaines colonies dans la France libre. Les tirailleurs sénégalais comme les goumiers marocains sont restés longtemps dans les mémoires et les livres d’histoire… Jusqu’aux années soixante-dix au moins.

Et puis il y a eu le début d’une repentance historique et l’abandon du récit national. Ce que l’on célébrait a été occulté, les tirailleurs comme Napoléon et Jeanne d’Arc. Pas la mémoire des indigènes au service de la France, cher Omar, mais la mémoire de l’empire, et ils sont tombés dans le grand trou de l’occultation volontaire, prélude à l’inculture généralisée. Mais qui voulait savoir pouvait, et, si les ignorants de l’histoire et fiers de l’être sont aujourd’hui légion, ce n’est pas uniquement de la faute de l’école. Le retour des indigènes dans la mémoire est bien sûr une volonté d’instrumentaliser leur rôle pour salir un peu plus l’histoire de cette France si haïe par ceux qui lui doivent tant. Nés dans les anciennes colonies françaises en Afrique et enrôlés dans l’armée française, les vétérans survivants étaient jusqu’ici obligés de vivre au moins six mois de l’année en France pour percevoir leur minimum vieillesse. Une vingtaine de cas ont été recensés. Ces anciens militaires enrôlés dans l’armée française mènent depuis plusieurs années une bataille administrative pour finir leur vie dans leur pays d’origine. Les derniers tirailleurs sénégalais pourront y rentrer tout en touchant le minimum vieillesse, a confirmé le ministère des Solidarités. Il était temps, qui se souvient des oubliés et des trahis de la fidélité à la France ? Mais rien n’est jamais simple.

Créé sous le Second Empire et dissous au début des années 1960, le corps des tirailleurs sénégalais rassemblait des militaires nés dans les anciennes colonies françaises en Afrique et enrôlés dans l’armée française. Le terme a fini par désigner l’ensemble des soldats d’Afrique qui se battaient sous le drapeau français, quel que soit leur pays d’origine ou leur nationalité. Ils ont participé à la Première puis Seconde Guerre mondiale et aux guerres de décolonisation, notamment en Indochine et en Algérie. Omar Sy a-t-il quelque chose à dire sur les tirailleurs des rizières ou des djebels ?

À manipuler l’histoire au nom de l’anachronisme au service de l’idéologie du moment, on risque parfois des découvertes inattendues.

Tribune reprise de Polémia

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