Le monde rêvé d’Emmanuel Macron

6 janvier 2023 | France, Politique

Les vœux du président de la République ont montré un niveau de déconnexion rarement atteint…

Finalement, peut-être que son entourage lui ment, comme le faisait le ministre Potemkine avec la reine Catherine de Russie en lui faisant visiter, à chacune de ses sorties, des villages pimpants qui n’étaient que des façades cachant la misère noire du pays. Ou alors peut-être est-il enfermé dans un univers parallèle comme un personnage de Philip K. Dick, un monde de simulacres, produit par l’ingestion d’un psychotrope particulièrement puissant qui altère la réalité. Ou alors, à l’instar de Pétain, peut-être n’a-t-il que quelques heures de lucidité quotidienne et que personne n’ose lui dire qu’il est complètement gâteux. On se souviendra, au passage, de la vieille blague qui courait la France de l’époque : « Pétain est mort mais personne n’a osé lui dire. »

Une sixième allocution de la Saint-Sylvestre qui dépasse l’entendement

Sinon, il n’aurait aucune excuse. On a beau savoir que la présidence de la Vème République est un poste qui isole, qui vous coupe du quotidien des Français, il y a tout de même des limites. On a beau savoir, aussi, que l’exercice des vœux aux Français est totalement artificiel, conjuguant un optimisme obligé avec une autoglorification convenue, la sixième allocution de Macron a dépassé l’entendement. La sixième, en plus, et la première depuis sa réélection. Mon dieu, comme le temps passe lentement, même avec les années blanches du Covid ! On a l’impression qu’il a toujours été là, le jeune président, on peine même parfois à se souvenir du nom de son prédécesseur, mais il est vrai que son prédécesseur était Hollande, qu’on pourrait résumer à un ectoplasme ennuyeux comme une gueule de bois.

Mais revenons à nos moutons et à leur déconnection stratosphérique. On n’a que l’embarras du choix. Deux points ont été particulièrement marquants en matière de projections délirantes.

27% au premier tour

D’abord, le fait qu’il continue à prétendre avoir été élu sur son programme, ce qui est faux puisque pour la seconde fois, il a été élu contre Marine Le Pen, c’est-à-dire contre le repoussoir du système et même le repoussoir prévu par le système comme Big Brother l’avait prévu avec Goldstein, son ennemi fabriqué de toutes pièces. Ca marche de moins en moins bien, il est élu de manière de plus en plus étroite, mais à la fin, c’est comme pendant une Coupe du monde, peu importe que le match soit vilain, seule la victoire est belle. Et comme le point phare de son programme, c’est la retraite à 65 ans, Macron joue à être missionné pour cette mesure que les trois quarts des Français ne veulent pas – y compris parmi ceux qui ont voté pour lui, car ils ne votaient pas pour lui, mais contre Marine Le Pen. La seule légitimité de Macron, c’est son score au premier tour et aux législatives, qui ont vu pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, le parti du président élu être bien loin de la majorité absolue, même avec ses alliés. Rocard n’était pas majoritaire non plus en 88, mais Mitterrand, qui le détestait tellement, avait tout fait pour en prétendant qu’il n’était pas sain qu’un seul parti, le PS en l’occurrence, soit hégémonique.

Donc, la retraite à 65 ans, Macron pourrait prétendre qu’il l’impose pour des raisons purement idéologiques, – il a prononcé dix-sept fois le mot « travail », exactement comme dans le film de Christophe Honoré “17 fois Cécile Cassard”. Peut-être le président est-il un cinéphile oulipien, finalement, qui s’impose des contraintes… On attend avec impatience, si c’est le cas, un discours sans e comme pour le roman La Disparition de Perec !

Macron pourrait aussi avouer qu’il l’impose pour que la part des retraites dans le PIB, environ 14%, baisse de quelques points et faire ainsi plaisir au FMI. Mais on ne peut pas dire qu’il l’impose pour sauver le système par répartition qui, s’il était si menacé, le serait d’abord par le chômage des seniors, la faiblesse des salaires et le refus de faire cotiser davantage le patronat, (la « ligne rouge », selon Elisabeth Borne).

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