Volodymyr Zelensky reçu à Washington : les dessous d’une visite officielle

23 décembre 2022 | Actualité internationale

Dans les actuels conflits asymétriques, il y a une règle non écrite voulant que lorsque le faible fait jeu égal avec le fort, il est considéré que le faible a gagné. Ce fut vrai en 2006, quand le Hezbollah tint Israël en échec ; ça l’est encore aujourd’hui avec le conflit russo-ukrainien, passé de la guerre éclair vendue par l’état-major russe à Vladimir Poutine à celle d’inéluctable enlisement.

Ceci expliquant probablement cela, Volodymyr Zelensky, le nouvel homme fort de Kiev, est invité – ou convoqué ? – ce mercredi 21 décembre à Washington. Officiellement, le motif de cette visite marquant le 300e jour de guerre consiste à s’assurer du soutien financier et militaire américain. Ce dernier ne devrait pas faiblir, la Maison-Blanche ayant déjà dépensé près de vingt milliards de dollars depuis le début de l’équipée russe. Mieux : les forces ukrainiennes devraient désormais bénéficier de la livraison de missiles Patriot, le fin du fin de la défense anti-aérienne.

Officieusement, Joe Biden devrait aussi faire comprendre à son homologue que cette aide n’est pas non plus inconditionnelle. Bref, Volodymyr Zelensky doit savoir jusqu’où ne pas aller trop loin. Ce qui explique que Washington lui ait toujours refusé ses drones de combat MQ-1C Gray Eagle ou ses systèmes de missiles à longue portée, les ATACMS, lesquels auraient permis à Kiev de porter le feu jusqu’à Moscou, ce dont l’administration américaine ne veut à aucun prix.

Plus officieusement encore, il s’agit de tordre le bras de Zelensky et de l’obliger à s’asseoir à la table des négociations. Pour le moment, le message semble avoir été bien entendu, le même Zelensky ayant renoncé à son ambition première : la destitution de Vladimir Poutine avant d’engager d’éventuels pourparlers.

À la manœuvre, le général Mark Milley, chef d’état-major de l’armée américaine qui a affirmé, ce mercredi dernier, « que le soutien des États-Unis n’avait pas diminué mais que Kiev était en bonne position pour entamer des discussions, ses soldats parvenant à tenir tête à la Russie ». Les raisons d’un tel pragmatisme, allant à l’encontre de la vision, souvent messianique et belliciste, développée par la puissante Amérique ? L’AFP nous en dit plus : « Le général Mark Milley a comparé cette situation à celle de la Première Guerre mondiale, lorsque les deux camps se sont enlisés dans un conflit qui avait fait un million de morts entre août et décembre 1914, avec une ligne de front stabilisée et un refus de tenir des négociations de paix. Quatre ans plus tard, fin 1918, on déplorait la mort de vingt millions de personnes. « Donc, quand il y a une occasion de négocier, quand la paix peut être atteinte, saisissez-la ». » Sages paroles, tant il est vrai que vaut mieux parfois une mauvaise paix qu’une bonne guerre ; et plus encore quand la guerre en question n’est pas bien bonne, surtout quand opposant deux nations naguère données pour être sœurs.

Dans un semblable registre participant du bon sens le plus élémentaire, notre général poursuit : « Les Russes renforcent désormais leur emprise sur 20 % du territoire ukrainien et les lignes de front allant de la ville de Kharkiv à celles de Kherson se stabilisent. […] La probabilité d’une victoire militaire ukrainienne, consistant à chasser les Russes de toute l’Ukraine, y compris de la Crimée ou du Donbass, n’est pas élevée, militairement parlant. »

L’inquiétude des USA est d’autant plus grande que la Russie, puissance nucléaire de premier plan, n’est pas un État à traiter à la légère. D’où une autre grande inconnue : Vladimir Poutine. Avouer que son expédition ne s’est pas tout à fait passée comme prévu et trouver un arrangement lui permettant de sauver la face ? Il sait bien qu’il devra en passer par là, à condition que ces possibles négociations à venir ne passent pas comme une reddition. Comme quoi on devrait toujours y réfléchir à deux fois avant de déclencher des guerres aux issues par nature incertaines.

Nicolas Gauthier

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

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