Une analyse de la « démocratie illibérale » de Viktor Orbán

21 décembre 2022 | Europe

Le journaliste Gergely Szilvay décrypte le modèle politique hongrois mis en place et développé par le premier ministre Viktor Orban.

Cet article est publié dans le cadre d’un partenariat avec la revue The European Conservative. Les opinions, analyses, commentaires développées dans le texte n’engagent que son auteur.

La « démocratie illibérale » est aujourd’hui une expression très utilisée et traditionnellement condamnée par les progressistes, les gens de gauche et les « conservateurs » à l’américaine. Nombre d’entre eux la considèrent comme une attaque non seulement dirigée contre les valeurs d’aujourd’hui, mais aussi contre le cadre libéral – considéré comme une protection contre la tyrannie – sur lequel seraient fondés les systèmes politiques occidentaux et qui trouve son origine dans la période prémoderne. De quelque manière que ce soit, implicite ou explicite, beaucoup ont déclaré que la vraie démocratie ne peut être que libérale.

Je crois que ceci est faux. J’irai même jusqu’à dire que c’est tout à fait le contraire. D’une part, on peut considérer que le libéralisme non-contrôlé ronge la démocratie et que la vraie démocratie s’oppose au libéralisme. D’autre part, la démocratie illibérale, est capable d’intégrer ce qui est valable dans le libéralisme sans permettre au cadre libéral de prendre le contrôle. En effet, la plupart des valeurs libérales peuvent aujourd’hui être préservées à l’intérieur d’un cadre plus communautaire ; notamment – en Europe – sous la bannière de la démocratie chrétienne. Afin de mieux appréhender le sujet, il est utile d’examiner l’exemple donné par le champion de la démocratie illibérale, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, et ainsi de mieux comprendre ce que recouvre ce terme « démocratie illibérale ». Nous verrons alors qu’il s’agit de quelque chose de bien plus modeste, prosaïque, et peut-être même défendable que ses détracteurs ne semblent le penser.

L’origine du terme « démocratie illibérale »

Viktor Orbán a été le premier homme politique d’envergure à proposer la « démocratie illibérale » comme un avenir pour la politique occidentale. C’était lors d’un discours prononcé dans le village transylvanien de Tusnàdfürdö, en 2014, à l’occasion du festival annuel de la droite hongroise. Le sujet principal du discours fut la crise économique de 2008 et ses conséquences en Hongrie et dans le monde. Le propos de Viktor Orbán portait naturellement sur la politique économique nécessaire pour répondre à la crise. Néanmoins son discours amenait en plus à réfléchir aux éléments théoriques qui seraient à même de fournir la meilleure base de réflexion pour comprendre au mieux la situation et ainsi éviter des crises à venir. Cela pourrait surprendre certains lecteurs d’apprendre qu’Orbán s’inspirait du président des États-Unis Barack Obama alors en exercice, qui parlait régulièrement d’un besoin de changement d’attitudes des Américains sur la notion de travail et de famille, ainsi que du besoin de défendre un patriotisme économique constructif.

Les conclusions d’Orbán furent les suivantes : toutes les nations cherchent à découvrir le meilleur moyen d’organiser leurs communautés politiques. C’est pour cette raison qu’une nouvelle tentative fut lancée afin de comprendre comment ces pays qui ne sont « ni Occidentaux, ni libéraux, ni des démocraties libérales, ni même peut-être des démocraties » sont capables d’être des pays performants à l’instar de Singapour, de la Chine, de la Russie, de la Turquie et l’Inde. En voici quelques phrases clefs :

« Nous devons, ici, déclarer qu’une démocratie n’est pas forcément libérale. En effet, quelque chose de non libéral peut exister et malgré tout être une démocratie. De plus il faut dire que des sociétés fondées sur le principe de démocratie libérale ne seront probablement pas en mesure de maintenir leur compétitivité. Au contraire, elles pourraient subir la récession, à moins d’être capables de se réorganiser en profondeur. »

Puis Orbán a défini trois sortes d’organisations étatiques contemporaines : les états-nations, les états libéraux et les états providence. Il a avancé que la réponse hongroise devrait être d’un quatrième type, un « état basé sur la valeur travail » et qui aurait une nature « non-libérale ». « Nous devons cesser d’utiliser des théories et des méthodes d’organisations libérales et sociales, et nous devrions abandonner les théories libérales dominantes sur la société », a-t-il affirmé. Cette recommandation peut paraître inquiétante à des oreilles occidentales, toujours promptes à dénoncer tout désaccord avec les idées libérales modernes, et faire craindre de porter en elle un germe de totalitarisme ou d’une tyrannie à venir. Mais Orbán identifie ce qu’il pense être les bases doctrinales du libéralisme sur lesquelles la Hongrie ne doit pas bâtir sa politique.

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