L’immigré, objet sacré

20 décembre 2022 | France

L’accueil inconditionnel des immigrés est devenu une religion. Quand les prophètes du camp du Bien prêchent la belle «ouverture à l’Autre» face au vilain «repli sur soi», d’autres dévots nourrissent une haine de la France, éternellement coupable de son passé, et dont la rédemption passe par les nouveaux venus.
Une tribune signée Philippe d’Iribarne.

Les débats relatifs à l’immigration ont acquis, en France, le caractère radical d’une guerre de religion. Pour une partie de la population, l’accueil inconditionnel des immigrés constitue un devoir sacré. La majorité de la population, qui regarde de façon pragmatique les effets de l’immigration, s’étonne. Comment faire fi de la montée de diasporas produisant des contre-sociétés dont les membres ne se sentent guère citoyens français, contrôlent des territoires devenus des hauts-lieux de trafics et de violence et en chassent progressivement ceux qui n’appartiennent pas aux « minorités »[1] ? C’est que des sentiments très forts habitent les dévots de l’immigration. Les uns détestent la France historique et comptent sur les immigrés pour la subvertir (et la régénérer), d’autant plus qu’ils refusent de s’assimiler. Pour d’autres, l’accueil inconditionnel constitue la pierre de touche de l’appartenance au camp du Bien tel qu’il a pris forme dans un contexte postmoderne.

Une haine de la France historique

Le lien entre la sacralisation de l’immigration et la haine de la France historique se donne à voir d’une façon particulièrement patente dans un rapport officiel de 2013: « La grande nation pour une société inclusive ».[2] L’objet du ressentiment est la France du passé, avec ses traditions, son attachement à la patrie, que l’auteur, conseiller d’État, poursuit de ses sarcasmes. « Empilons sans crainte – ni du ridicule ni de l’anachronisme – les majuscules les plus sonores, clinquantes et rutilantes : Droits et Devoirs ! Citoyenneté ! Histoire ! Œuvre ! Civilisation Française ! Patrie ! Identité ! France ! » Ce vocabulaire, se distinguant par « son archaïsme et sa boursouflure », relèverait de « généralités majuscules de bronze, plus creuses qu’une statue de fer-blanc ». Les dénonciations pleuvent : « un stock fini de cathédrales et de musées où périclite une identité nationale passée, sans présent ni avenir », une France « repliée sur la célébration de ses archaïsmes », une politique qui « cherche des dérivatifs dans la rumination du passé », « la frénétique invocation du drapeau », ou encore les « images d’Épinal jaunies et flétries » du « roman national » fêté « avec nostalgie et amertume ».[3]

À l’égard de ceux qui la rejoignent ou tentent de le faire, la société française serait profondément coupable de s’enfermer dans son passé. Elle est marquée par une « xénophobie archaïque », une « atmosphère de crainte, de suspicion, de mépris ». Elle traite de manière indigne « toutes les générations françaises » qui « aujourd’hui encore, par leur couleur, leur patronyme, leur foi, voire leur cuisine, leurs vêtements, leurs chants, sont rejetées, tenues à l’écart, cantonnées ou évitées ». Elle fabrique en son sein « les parias, les ilotes, les affranchis, sans citoyenneté ni liberté ». Et c’est parce qu’elle « n’est pas clémente à ceux qu’elle appelle étrangers », que « trop souvent ils clament en retour malaise ou détestation ».[4]

Dans ces conditions, la société devrait se laisser transformer par les nouveaux venus. Il est scandaleux de faire de ceux qui la rejoignent « les objets d’un usinage, le matériau d’une machine à mouler les Français, dont les ratés seraient dus au fait qu’il refuserait la fonte, le creuset », de les traiter « comme un matériau, dont on doit redresser les défauts, une pâte inanimée, qu’on va triturer, avec générosité mâtinée de condescendance, une fermeté mêlée de distance ». C’est en faisant place à une immigration qui refuse de s’assimiler que l’on construira une nation « joyeuse, multiple, ouverte, et non obsédée par des périls imaginaires ou des projets liberticides et absurdes, qui méconnaissent la réalité du monde », que l’on échappera au « rapetissement de la France », au «rabougrissement de son âme généreuse».[5]

Pour les tenants de ce courant, l’immigration est d’autant plus bienvenue qu’elle sème plus la perturbation dans la France « franchouillarde ». Accueillir l’immigration européenne, qui tend à s’assimiler, est sans intérêt, mais l’immigration venue du Sud, qui refuse cette assimilation, est riche de promesses. Ainsi, comme le note Pierre Manent, la « présence non entravée de l’islam » a d’autant plus de portée « qu’il a été au long des siècles l’ennemi par excellence de la chrétienté et que ses mœurs sont aujourd’hui les plus éloignées de celles de l’Europe des droits de l’homme »[6] On a là un ressort majeur de l’islamo-gauchisme.

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