Hypocrisie dans le monde du football : le jeu de la FFF

8 décembre 2022 | Actualité internationale

Pour la Fédération Française de Football, c’est un deux poids, deux mesures quant aux valeurs imposées aux joueurs.
Une tribune signée Gabriel Robin.

Y-a-t-il institution plus hypocrite que la Fédération Française de Football présidée par Noël Le Graët ? Il y a quelques mois de cela, précisément en mai de cette année, Idrissa Gueye était vilipendé et tancé publiquement pour avoir refusé de porter un maillot aux couleurs du mouvement LGBT lors de l’avant-dernière journée du championnat de France de football. Le joueur du Paris Saint-Germain devait pourtant, avec son club, soutenir lui aussi la « Journée internationale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie ».

La Fédération Française de Football avait vivement réagi à ce refus, de fait une blessure diplomatique puisque le susnommé Gueye avait pudiquement déclaré forfait pour éviter la polémique. « En refusant de participer à cette opération collective, vous validez les comportements discriminatoires, le refus de l’autre, et pas uniquement contre les LGBTQI+ », affirmait ainsi le Conseil national de l’éthique de la Fédération. Se faisait alors jour une profonde divergence de vues entre l’Europe et les responsables africains sur cette question, le président sénégalais Macky Sall affichant son soutien à son compatriote en déclarant que ses « convictions religieuses » devaient être respectées.

Plus surprenant encore, le Paris Saint-Germain qui est la propriété de l’émir qatari Ben Hamad Al Thani faisait l’éloge de l’opération, rhabillant ses joueurs d’un maillot arc-en-ciel Accor Live Limitless décrit comme un « signe de paix, de diversité, et symbole par excellence du mouvement LGBT ». Sous nos latitudes, le soft power qatari répond en effet à tous les critères de l’inclusivité contemporaine, voire du mouvement dit « woke », sorte de maladie d’Alzheimer du progrès occidental. La chaîne Aj+ est ainsi le porte-drapeau de toutes les causes du genre, attaquant les réactionnaires et les conservateurs de tous bords, pourvu qu’ils soient de droite et qu’ils défendent les traditions françaises et européennes.

Un contraste si saisissant avec les politiques intérieures qataries, mises en lumière durant cette Coupe du Monde, qu’il ne manquera pas d’interroger les plus suspicieux d’entre nous. Pourquoi, en effet, le Qatar protectionniste et conservateur à l’intérieur de ses frontières, a minima selon nos critères, est-il ici chez nous le champion de causes qu’il combat chez lui ? Certains observateurs soulignent d’ailleurs à juste titre que l’obtention de l’organisation de cette Coupe du Monde 2022, très contestée, est arrivée trop tôt pour un pays dont le projet de modernisation devrait apporter ses premiers résultats à l’horizon 2030 avec le plan « Qatar National Vision 2030 » dont l’objectif déclaré est d’en faire « une société avancée capable de maintenir son développement et de fournir un niveau de vie élevé à son peuple ».

Le Qatar semble donc engagé sur une voie de progrès que cette Coupe du Monde est censée illustrer, à l’image des stades et des installations ultra-modernes qui équipent le pays. Au fond, que les autorités qataries censurent les messages LGBT dans leurs stades et y interdisent l’alcool ne devrait pas nous surprendre. Ils n’ont, dans le cadre de leur politique intérieure, jamais caché qu’ils n’étaient pas des sociaux-démocrates suédois ou l’aile gauche du parti démocrate américain. Ce qui est en revanche plus surprenant, ce sont ces institutions occidentales et internationales qui n’ont de cesse de faire la promotion de certaines idées ici mais se couchent dès que l’argent est en jeu.

La FFF, si prompte à jouer du violon, a demandé aux joueurs des Bleus de ne pas porter les fameux brassards LGBT qui sont presque obligatoires en Ligue 1. Idem pour la FIFA et les autres. Il n’est qu’à voir l’équipe d’Angleterre pour comprendre que le signalement de vertus est une farce, ses joueurs ayant posé le genou à terre comme tous les week-ends en Premier League, alors même que leurs adversaires afro-américains restaient debout… Peut-on être plus ridicule ? On peut aussi rappeler l’affaire Riot Games, éditeur de League of Legends qui a éliminé son personnage noir et gay dans les pays africains. Le producteur exécutif du jeu, Jeremy Lee, ne s’en est même pas caché : « Chaque région peut localiser et publier cette histoire en fonction de ce qu’ils estiment le mieux pour les joueurs. Chaque région peut publier différemment certains aspects du jeu pour mieux s’adapter à la culture locale ». Oui, chaque pays est souverain. Le Qatar pas moins qu’un autre, bien qu’on puisse considérer son traitement de l’homosexualité anachronique et autoritaire, surtout eu égard à son attitude à l’étranger. Ne soyons pas non plus arrogants en jouant les ligues de vertu du monde libre, toutes nos valeurs ne sont pas plus universelles qu’exportables. On peut d’ailleurs s’amuser du fait que les combats de certaines stars du sport semblent s’arrêter là où leurs intérêts commerciaux commencent. Les Iraniens prenaient des risques bien plus grands en refusant de chanteur leur hymne, ils l’ont pourtant fait. Quand les convictions sont sincères, on ne se couche pas.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

Novopress est sur Telegram !

Newsletter

* champ obligatoire
« Novo » signifie, en latin, « renouveler » ou encore « refaire ». Novopress se donne comme objectif de refaire l’information face à l’« idéologie unique ». Mais ce travail de réinformation ne peut pas se faire seul. La complémentarité entre les différentes plateformes existantes doit permettre de développer un véritable écosystème réinformationnel.