« L’Ocean Viking aurait-il dû accoster ailleurs qu’en France ? » L’AFP Factuel entre sophisme et paralogisme

5 décembre 2022 | Actualité internationale, Médias

Le débarquement à Toulon le 11 novembre de 234 clandestins à bord de l’Ocean Viking a fait l’objet de nombreux articles et reportages dans les médias. Le fait que le bateau de l’ONG ait parcouru des milliers de kilomètres à proximité des côtes maritimes d’autres pays avant d’arriver dans les eaux territoriales françaises a été abondamment commenté.

Sur Twitter, l’AFP Factuel pose le 21 novembre 2022 cette importante question : « L’Ocean Viking aurait-il dû accoster ailleurs qu’en France ? ». L’agence de presse déroule dans un article paru sur le site de l’agence de presse un long exposé aboutissant à la conclusion que ceux qui arguent du fait que le navire aurait dû accoster ailleurs qu’en France ont tort.

Problème : le raisonnement de l’AFP Factuel pour parvenir à cette conclusion censée « débunker » des fake news de Damien Rieu et de Marine le Pen est tout sauf logique.

La question du port d’accostage de l’Ocean Viking

L’AFP Factuel résume de la façon suivante l’article consacré à sa vérification des faits sur le lieu de débarquement de l’Ocean Viking :

« Après trois semaines d’errance et de vives tensions politiques franco-italiennes, l’Ocean Viking a finalement accosté le 11 novembre au port français de Toulon pour y faire débarquer 234 migrants sauvés des eaux de la Méditerranée. Plusieurs personnalités politiques se sont exprimées à ce sujet, invoquant régulièrement des notions de port “sûr” et/ou “le plus proche” pour arguer du fait que le navire aurait dû accoster ailleurs qu’en France. Mais ces affirmations contiennent plusieurs imprécisions et inexactitudes. Si l’Ocean Viking a accosté loin des zones où les migrants avaient été sauvés, c’est parce qu’il n’a jamais reçu le feu vert de la Libye, Malte, ou l’Italie, comme l’a expliqué l’ONG SOS Méditerranée. Un accostage en Tunisie, comme l’a évoqué la présidente du groupe RN à l’Assemblée Marine Le Pen, était également impossible dans ce cas de figure au vu du droit maritime international. De plus, la notion de port “le plus proche” n’existe pas dans le droit, et si la notion de “lieu sûr” existe, elle est soumise à interprétation, comme l’ont expliqué des experts des migrations interrogés par l’AFP ».

Le raisonnement de l’AFP

Il est important de reprendre les différentes étapes du raisonnement de l’AFP Factuel pour en comprendre l’enchainement et en apprécier la cohérence logique

1. Les deux États en charge des secours et de la recherche d’un lieu où accoster n’ont pas joué leur rôle

« En mer, les eaux sont partagées entre eaux nationales, proches des côtes des Etats, qui en sont donc responsables, et eaux internationales, au large, dans lesquelles les pays ont défini des zones placées sous la responsabilité d’un Etat donné, chargé de coordonner les secours et identifier un lieu où accoster après sauvetage (…) Au regard de ces textes, dans le cas de l’Ocean Viking, les choses sont très claires: le navire ayant réalisé ses sauvetages dans les eaux dépendant de la Libye et de Malte, coordonner les secours et assigner un lieu de débarquement était de la responsabilité de Tripoli et La Valette. Or SOS Méditerranée, qui opère l’Ocean Viking, assure n’avoir jamais reçu aucune réponse de leur part ».

2. Les recherches d’un port où accoster ont échouées

– « Ce journal de bord montre par exemple que le navire a envoyé le 27 octobre une demande d’identification d’un port où accoster au centre de coordination italien, avec ceux de Malte et Tripoli et les autorités maritimes de Norvège (État qui abrite son pavillon) en copie. Cependant, ni les autorités libyennes, ni les autorités maltaises n’ont répondu ».

– « Ce journal de bord montre aussi qu’entre le 22 octobre et le 10 novembre, le navire a envoyé près d’une cinquantaine de demandes pour être autorisé à accoster dans un port sûr (“request for a place of safety”), avant de finalement être autorisé à débarquer dans le port français de Toulon le 11 novembre ».

– « Débarquer en Tunisie aurait pu être possible si la Libye ou Malte s’étaient coordonnées en ce sens avec Tunis, mais ces deux Etats responsables semblent en l’occurrence n’avoir jamais donné à l’Ocean Viking le nom d’un port susceptible de l’accueillir ».

– « Mais la Libye (…) “n’est pas en mesure d’offrir un lieu sûr”, “ne nous a pas répondu” sur ce point, pas plus que Malte, rapporte M. Lauth ».

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