Elon Musk, l’homme qui défie le « Système »

1 décembre 2022 | Actualité internationale, Médias

Avec Twitter, l’homme le plus riche de la planète s’attaque aux GAFAM.
Une tribune signée François Bousquet.

J’aime bien Elon Musk. J’entends d’ici les critiques. Quel affreux capitaliste ! Quel horrible libertarien ! Oui, oui, mais je l’aime bien. Il ne fait rien comme les autres. C’est un OVNI. Cela tombe bien : il en fabrique. Voilà qui nous change des patrons de la Silicon Valley. Lui ne rampe pas devant le wokisme ambiant. Sous le Covid, il a envoyé balader les hygiénistes de tout poil. À la place du masque chirurgical, il arborait un bandana de cow-boy de l’espace qui s’apprête à aller piller la banque avec Billy le Kid et mettre le feu à Skynet avec Sarah Connor. Aujourd’hui, il veut expulser tous les procureurs qui sévissent sur Internet. Qui s’en plaindra ? Il a, un temps, caressé l’idée de créer une plate-forme pour évaluer la crédibilité des médias centraux. Son nom ? Pravda.com. Elle n’a pas vu le jour. Autant contrôler directement la source de désinformation, Twitter en l’occurrence, dût-il lui en coûter 44 milliards de dollars. « Le virus de l’esprit woke, avertit-il, pousse la civilisation vers le suicide. Il faut un contre-récit. »

La censure en un clic

Avant son rachat, Twitter s’était fait une spécialité de supprimer des comptes. D’un clic. La guillotine, c’était couic ! Twitter, c’est clic ! Le résultat est le même, symboliquement parlant. Celui qui croyait pouvoir gazouiller librement est condamné au silence. La censure n’a plus, comme au temps de Victor Hugo, « l’haleine immonde et les ongles noirs ». Elle est propre sur elle, aussi dématérialisée qu’un algorithme. Ce n’est plus le pouvoir qui en tient les ciseaux, les fameux ciseaux d’Anastasie – du nom de la censure au XIXe siècle -, mais ces nouvelles ligues de vertu que sont les GAFAM, agences non gouvernementales de surveillance. Aucun censeur dans l’Histoire n’a concentré autant de moyens financiers et technologiques. On parle des plus grosses capitalisations boursières mondiales, liguées pour museler la liberté d’expression.

Elles la musèlent momentanément ou définitivement. Momentanément : comme le compte de telle doctorante en biologie qui a l’affront de rappeler qu’il existe deux sexes biologiques. Définitivement : comme celui de Donald Trump, véritable coup d’État numérique, le premier de l’Histoire, furtif, insensible, chirurgical. A contrario, jamais les GAFAM n’envisagent de suspendre les comptes de rappeurs qui appellent à pendre des Blancs, du CCIE, cache-sexe du CCIF, des mollahs iraniens, spécialisés dans les fatwas, qui ont fort à faire en ce moment avec la révolte du voile.

Oui, il était temps de libérer l’oiseau, pour parler comme Musk. « Plus j’en apprends, a-t-il tweeté, pire c’est. Le monde devrait connaître la vérité sur ce qui se passait chez Twitter. » En attendant de la connaître, les annonceurs décampent et l’action Twitter dévisse. Rien d’alarmant pour Musk. Il peut perdre deux milliards de dollars en une après-midi parce qu’il snobe des analystes financiers. Ou 100 milliards, comme cette année.

La science-fiction appliquée

Quoique sud-africain de naissance, rien de plus américain que lui. C’est un pionnier, un homme de la Frontière, un lecteur de Benjamin Franklin, roi des self-made men. Qu’on l’aime ou pas, l’Amérique est la dernière station avant la conquête spatiale, une rampe de lancement vers Mars. Le point de chute de Musk. On l’a souvent comparé à Iron Man, alias Tony Stark, play-boy mégalo, milliardaire tapageur et inventeur de génie imaginé par l’intarissable créateur de super-héros que fut Stan Lee. Tony Stark a beau être insupportable, on finit par s’attacher à lui, surtout grâce à l’entregent de son assistante, la mutine Pepper Potts. Musk est pareillement fantasque et frimeur. Roi de l’autopromotion, il exhibe un ego stratosphérique et enfantin. Quand il ne défie pas Poutine en combat singulier, il se prend pour Dieu, en tout cas son service après-vente. Il y avait l’homme augmenté, lui, c’est la Création augmentée jusqu’aux confins de Mars. Au choix : Iron Musk ou Elon Man.

On ne sait d’ailleurs pas qui est la copie de l’autre. Tony Stark a été créé à partir du personnage de Howard Hughes, touche-à-tout de génie, dont le destin évoque celui d’Icare. Un péril qui guette Musk, aujourd’hui dans la position du pot de terre contre le pot de fer – le Système. Depuis six mois, il doit faire face à des attaques en rafale. On ressort une affaire d’inconduite sexuelle dans un avion. On lui reproche d’avoir dédaigné des accusations de racisme dans les usines Tesla. Une sénatrice démocrate vient de le qualifier de parasite qui ne paye pas d’impôts sur le revenu ; et l’Union européenne, par la bouche de l’exponentiellement prétentieux Thierry Breton, commissaire politique au marché intérieur dont le numérique, lui fait savoir que « l’oiseau volera selon nos règles ». Les siennes, en vérité – et celles, orwelliennes, de l’UE.

La force de Musk, c’est qu’il poursuit à sa manière Le Rêve le plus long de l’Histoire (Omnibus) si cher au grand historien Jacques Benoist-Méchin, mais projeté dans le futur. Quand on lui demande comment lui est venue l’idée de fabriquer des fusées réutilisables ou de se lancer dans l’industrie de la voiture électrique, il répond : « J’ai lu des livres ! » Lui, l’enfant de la science-fiction qui a grandi avec les sagas futuristes d’Asimov et de Iain Banks, qui a découvert Mars avec La Trilogie martienne (Omnibus) de Kim Stanley Robinson, qui tweete comme Douglas Adams, blague dans Le Guide du voyageur galactique, son livre de chevet enfant, qui ne jure que par le très réac Robert A. Heinlein, pionnier de la SF, ou Le Seigneur des anneaux. Tant et si bien qu’il a forgé le prénom de l’un de ses enfants à partir de Galadriel, la dame des bois imaginée par Tolkien. Un autre de ses enfants a eu moins de chance, puisqu’il a reçu le nom d’une capsule spatiale : X Æ A-XII. De l’elfique, sûrement, peut-être du martien. Mais comme il fera sa scolarité au Texas, ça risque d’être compliqué pour lui.

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