Emmanuel Macron et McKinsey : les liaisons nombreuses. Et dangereuses…

30 novembre 2022 | Économie, France, Politique

Le 24 août, en plein conseil des ministres, Emmanuel Macron annonce la « fin de l’abondance » et la « fin de l’insouciance ». Manifestement, cette disette annoncée ne concerne que le commun, à en juger par les aveux du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Revoilà « l’abondance » de rapports commandés au cabinet McKinsey en toute « insouciance » : « Je le reconnais bien volontiers, nous sommes allés trop loin depuis des années, reconnait Le Maire. C’est ce gouvernement, les gouvernements précédents, des majorités précédentes. On avait sans doute trop l’habitude de dire “l’administration n’est pas capable de faire ce travail, on va externaliser et de demander à des cabinets de conseil”. » (Le Figaro, 27 novembre)

Il est vrai que les deux enquêtes ouvertes sur l’intervention de ces mêmes « cabinets de conseil », dont l’emblématique McKinsey, dans les campagnes d’Emmanuel Macron millésimes 2017 et 2022 ont de quoi ramener l’homme au pull à col roulé à moins « d’insouciance ».

Dans le même temps, Olivier Véran, ancien ministre de la Santé devenu porte-parole du gouvernement, reconnaît sur les ondes de France Inter, ce 28 septembre, ne pas savoir « ce qu’est une dérive ou un abus » tout en assurant ne pas en avoir « constaté dans son ministère ». Faudrait savoir, Grégoire. S’il ne sait pas ce que c’est, comment aurait-il pu en constater l’absence ? Avec de tels ravis de la crèche, on comprend mieux pourquoi les ministères font parfois appel à ces cabinets privés.

Olivier Véran parvient d’ailleurs à s’enfoncer lui-même davantage, après avoir tenté de couler ses anciens collègues ministres, reconnaissant « avoir passé une cinquantaine de contrats entre février 2020 et mai 2022, notamment pour l’ouverture de méga-centres ou l’organisation de la vaccination pédiatrique. » Tiens donc. Notre service de santé publique, que paraît-il le monde entier nous envie, n’y suffisait pas ? Et notre administration entretenue à grands frais, était donc incapable d’assumer une telle tâche ?

Mais peut-être n’était-ce qu’un simple échange de bons services : à l’Américain McKinsey, la France reconnaissante ? On peine à le croire mais on peut constater a minima un faisceau de liens fourni.

Karim Tadjeddine, l’un des anciens patrons de McKinsey n’est pas en reste, à en croire Le Monde du 1er avril 2002 : « Emmanuel Macron et Karim Tadjeddine se connaissent depuis 2007. Le premier, jeune inspecteur des finances, est rapporteur adjoint de la commission Attali. Le second mène l’équipe de McKinsey qui assiste la commission. Dix ans plus tard, Tadjeddine est aux premières loges de la campagne présidentielle de Macron. Comme le détaille une enquête de M Le magazine du Monde sur McKinsey publiée en février 2021, une vingtaine de consultants du cabinet offrent leurs services, à titre personnel, contribuant à l’élaboration du programme et à l’animation de la campagne. »

Thierry Lambert, délégué interministériel à la transformation publique, est entendu le 2 décembre 2021 par la commission d’enquête du Sénat à propos de son fils, stagiaire chez McKinsey. À croire le site professionnel Consultor, « ce n’est d’ailleurs pas du tout le premier cas de “fils de” chez McKinsey : Victor Fabius, le fils de l’ancien premier ministre et actuel membre du Conseil constitutionnel Laurent Fabius, est associé du bureau parisien de la firme ; les enfants de l’ancien patron de Renault, Carlos Ghosn, y ont travaillé, tout comme Delphine Arnault et Frédéric Arnault, l’un des fils de Bernard Arnault. »

Martin Bohmert, ancien délégué des Jeunes avec Macron, poste qu’il abandonne en juin 2019, après avoir été accusé d’agression sexuelle par une militante, s’est depuis recasé chez McKinsey.

Marguerite Cazeneuve, ancienne de McKinsey, chargée par Jean Castex de gérer la crise du Covid et désormais directrice déléguée de la Caisse nationale d’assurance maladie, partage la vie d’Aurélien Rousseau, directeur de cabinet d’Élisabeth Borne.

Comme dirait l’autre, il y aurait comme « abondance » de cousinage. Et probablement aussi beaucoup d’« insouciance ». À la justice de trancher, désormais.

Nicolas Gauthier

Tribune reprise de Boulevard Voltaire

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