Le Qatar, un ami qui nous veut du mal, par Camille Galic

29 novembre 2022 | Actualité internationale

Notre « Onze » dit tricolore devait-il jouer participer au Mondial de foot organisé contre toute logique environnementale au Qatar et dont les travaux pharaoniques auraient coûté la vie à 6 500 travailleurs immigrés esclavagisés et privés de leur passeport ? Et, au cas où Kylian Mbappé et consorts mèneraient l’équipe en demi-finale et plus, Emmanuel Macron assistera-t-il en personne à l’événement ? En ce qui concerne cet émirat, tous nos présidents depuis Chirac qui amorça la « relation privilégiée » (et en profita personnellement) avec le Qatar, n’ont rien oublié et rien appris, accentuant même sous Nicolas Sarkozy la sujétion malgré les mises en garde et les révélations sur cette union impure dénoncée notamment dans leurs livres enquêtes par les journalistes Georges Malbrunot et Christian Chesnot. Dès 2013, les deux journalistes avaient publié Qatar : les secrets du coffre-fort, et ils avaient récidivé en 2014 avec Les chemins de Damas : le dossier noir de la relation franco-syrienne, où ils démontraient comment ce minuscule mais richissime État, alors allié de Bachar al-Assad, avait imposé ce dernier le 14 juillet 2008 à Paris, avant de brusquement changer de camp et de nous entraîner, à la suite de Nicolas Sarkozy et d’Alain Juppé (dont François Hollande et Laurent Fabius allaient poursuivre la politique), dans une expédition inepte contre la Syrie. Ces deux ouvrages, largement commentés dans Polémia en leur temps, étant complétés par une enquête elle aussi passionnante, Le Vilain Petit Qatar, dû à un autre duo de journalistes, Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget. Ces trois livres n’ont, hélas ! rien perdu de leur actualité. Voici un article datant de juin 2013 qui revient sur ces ouvrages.

La France, un paradis fiscal pour un géant financier : Camille Galic a lu les deux dernières monographies du Qatar.
Peuplé de 1.903.447 habitants dont les deux tiers d’étrangers répartis sur 11.586 km2 seulement, soit un peu moins que la région Ile-de-France, le Qatar intrigue, le Qatar inquiète. Il est vrai que son avidité capitalistique et ses ambitions géopolitiques sont inversement proportionnelles à sa population et à sa superficie. Sur les cinq livres qui viennent de lui être consacrés, nous en avons retenu deux : Qatar. Les secrets du coffre-fort et Le Vilain Petit Qatar. Le premier, plus informatif, le second, plus polémique.

Bons spécialistes du Moyen-Orient, Christian Chesnot et Georges Malbrunot, qui furent enlevés le 20 août 2004 par l’Armée islamique en Irak qui ne les relâcha que quatre mois plus tard en échange, selon The Times, d’une rançon de 11,8 millions d’euros en partie réglée, dit-on, par… le Qatar, disent avoir enquêté un an sur « ce confetti qui rêve d’être un empire ». Ils énumèrent ses atouts, en particulier ses fabuleuses réserves de gaz naturel et son « trio magique » constitué par le cheik Hamal al-Hani, « un émir despote mais éclairé » (après avoir pris soin de débarquer son père et de neutraliser une kyrielle de frères), son ambitieuse et élégante épouse la cheika Moza et son premier ministre et cousin Hamad bin Jassem Bin Jabor, dit HBJ, wahhabite conservateur très proche des Etats-Unis et « grand manitou du rapprochement avec la France de Nicolas Sarkozy ».

La France paradis fiscal… pour les Qataris

En fait, le rapprochement avait initialement eu lieu sous De Gaulle, qui avait tenté de faire la pige aux Anglo-Saxons dans le Golfe, et s’était accentué sous Chirac, mais l’idylle menée tambour battant par Sarkozy favorisa de la part des Qataris un véritable prurit d’acquisitions et d’investissements. Palaces, hôtels particuliers, immeubles de rapport et de bureaux, entreprises du luxe, participations dans les firmes du CAC 40, terres arables, œuvres d’art (c’est le Qatar qui imposa la grotesque exposition Murakami au château de Versailles), sport avec le rachat du PSG, rien n’échappe à leur fringale.

Cette relation « quasi fusionnelle entre Sarko et HBJ » aboutira, écrivent de leur côté Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget, à la signature, le 14 janvier 2008, d’une convention fiscale extraordinairement favorable au « Vilain Petit Qatar », fanatique du « Monopoly planétaire » : « L’article 8 allège considérablement l’impôt sur la fortune des Qataris propriétaires en France. L’article 12 de cette même convention prévoit l’exonération de tout impôt sur les plus-values immobilières. »

Inutile de préciser que cette convention transformant notre pays en paradis fiscal sélectif fut votée avec enthousiasme à l’Assemblée nationale… et qu’elle n’a pas été abrogée par François Hollande, l’homme qui « n’aime pas les riches ». Au contraire : lorsque le (faux) couple présidentiel se rendit aux Etats-Unis, Valérie Trierweiler offrit à Michelle Obama un sac « le Tanneur », entreprise acquise par le Qatar. Un geste très apprécié à Doha.

De même, lors des violentes émeutes raciales ayant ravagé, le 13 mai, le quartier du Trocadéro sous prétexte de fêter la victoire du PSG en championnat de France, la responsabilité du Qatar ne fut jamais évoquée par le gouvernement Ayrault, alors que c’est le Qatar qui avait exigé le Trocadéro, avec la Tour Eiffel en toile de fond, pour passer en boucle, sur sa chaîne de télévision Al Jezirah, cette réjouissance d’abord prévue au Parc des Princes.

De Sarkozy en Hollande, un personnel politique aux ordres

Mais on ne mord pas la main qui vous nourrit. Les deux tandems de journalistes se montrent très sévères, dans leurs ouvrages respectifs, pour le personnel politique français se précipitant à Doha pour s’y prélasser gratis dans les palaces et quémander prébendes et faveurs : des ministres Rachida Dati et Claude Guéant, parmi les plus assidus, aux « épouses d’ambassadeurs » faisant la manche « sans pudeur », en passant par les députés multipliant les salamalecs devant les potentats du gaz, tout le monde y passe, y compris le président Sarkozy et son épouse Carla, qui a fait le très juteux voyage de Doha. Et rien n’a changé pour le couple après la défaite de 2012. « Selon nos informations, l’ancien président de la République, devenu avocat d’affaires, travaille à l’acquisition par Doha de la filiale marocaine de Vivendi », affirment les auteurs des Secrets du coffre-fort. Mais, plus prudent que les Français, « Mohamed VI est réticent, craignant les liens entre le Qatar et les islamistes ».

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