[Interview] Corse. Nicolas Battini : « Nous sommes la génération du 11 septembre, de Charlie Hebdo, du Bataclan, de l’assassinat d’Yvan Colonna par un islamiste »

28 novembre 2022 | France, Politique

Le grand public dans l’hexagone l’a découvert récemment suite à une interview donnée au journal VA+. Les militants défenseurs des patries charnelles connaissaient toutefois depuis de nombreuses années déjà Nicolas Battini, militant nationaliste corse condamné en 2016 à huit ans de réclusion pour une tentative d’attentat à la voiture bélier commis en 2012 à Corte contre la sous-préfecture.

Il y a quelques années, nous avions interviewé Jean-Guy Talamoni, qui nous exposait sa vision du nationalisme corse et des luttes de libération. C’est une vision toute autre de ce nationalisme corse que défend aujourd’hui Nicolas Battini. Une vision profondément ancrée dans notre époque, un nationalisme du 21ème siècle qu’il porte, loin d’un certain régionalisme et/ou nationalisme tiers mondiste porté, durant de nombreuses décennies, par les principaux acteurs des mouvements bretons, corses, basques…

Nous vous proposons ci-dessous un entretien que nous avons réalisé avec un homme qui lutte, depuis sa tendre jeunesse, pour son pays, et qui a mis sa peau au bout de ses idées, ce qui lui confère une légitimité supplémentaire pour évoquer le nationalisme corse, son actualité, les problèmes identitaires auxquels est confrontée la Corse comme le reste de l’Europe, les luttes de libération nationale….

Breizh-info.com : Pouvez vous tout d’abord vous présenter à nos lecteurs ?

Nicolas Battini : Je m’appelle Nicolas Battini, je suis corse. Militant nationaliste depuis mon adolescence, incarcéré en 2013, condamné à huit ans de réclusion en 2016 pour des actions politiques qui s’inscrivaient dans un contexte d’affrontement entre le nationalisme corse et les institutions de la République. Ayant purgé la totalité légale de ma peine, à savoir six ans, j’ai été libéré en 2019. Tout en continuant mes études et en travaillant, j’ai alors tenté de fonder une exploitation agricole, que je ne désespère pas de voir aboutir un jour, dans une région reculée du Centre-Corse dont je suis originaire, le Boziu, constituée de villages perchés à flanc de montagne et berceau des deux grandes révolutions de la Corse, celle de 1358 et celle de 1729. J’ai aujourd’hui 29 ans, je suis père de famille et doctorant en Langue et Culture Régionales à l’Université de Corse.

Breizh-info.com : Qu’est-ce qui vous a amené au nationalisme corse ? Et à devenir un acteur important au sein des jeunesses nationalistes corses, mais aussi de Femu A Corsica ?

Nicolas Battini : Sans hésitation aucune, le sentiment d’appartenir à une communauté humaine en passe de disparaître. C’est, pour ce qui me concerne, le grand moteur de mon engagement. Refuser cette disparition. Conceptualiser et soutenir les perspectives politiques qui lui permettraient de se régénérer et de ne pas connaître la fin irrémédiable de son continuum historique. Telles sont mes grandes motivations politiques. C’est ce qui m’a poussé à devenir un cadre lors de la refondation de la Ghjuventù Indipendentista en 2012. Par la suite, en rupture avec la ligne tiers-mondiste majoritaire chez les cadres indépendantistes et après avoir fait un certain nombre de constats quant aux failles structurantes de cette pensée, notamment suite à l’émergence de l’islamisme criminel qui invalide totalement l’idée d’une Corse qui devrait fraterniser avec les peuples du Tiers-monde, mon nationalisme s’est déporté sur une ligne clairement autonomiste. Bien moins exigeante sur les questions institutionnelles, mais tout aussi farouche sur les questions identitaires. Mon engagement au sein de Femu a Corsica dès 2019 s’explique ainsi. J’y ai incarné, avec mes amis, une tendance conservatrice et très ferme sur les questions relatives à l’identité traditionnelle, l’héritage chrétien de la Corse, le prisme civilisationnel, le refus des revendications importées par la gauche parisienne woke et le souci de la question migratoire. Ce fut une période très stimulante intellectuellement et source de nombreuses controverses en interne. Jusqu’à notre rupture en mars 2022, alors que l’on prétendait nous imposer une consigne qui consistait à taire la question islamiste dans l’assassinat d’Yvan Colonna afin d’adopter exclusivement une ligne accusatoire dirigé contre l’Etat. Je me suis opposé à ce narratif là et ainsi ai-je décidé d’en assumer les conséquences en démissionnant de mes charges d’attaché parlementaire et de membre de l’Exécutif de Femu a Corsica afin de me consacrer à la structuration d’une association ethnoculturelle, identitaire, patrimoniale, historique source de réflexion et d’élaboration doctrinale.

Breizh-info.com : Vous avez payé votre engagement nationaliste par six années de prison, à 19 ans. Comment est-ce que l’on fait face à cela, surtout en étant éloigné de son pays, et de ses proches ?

Nicolas Battini : L’engagement militant tel que je le concevais, et tel que je le conçois encore aujourd’hui, était un engagement total. J’entendais déjà dépenser l’intégralité de mon existence au service du combat qui était le mien. Par conséquent, je n’ai jamais eu le sentiment de consentir à d’immenses sacrifices. Tout ce qui m’arrivait était la perspective logique du positionnement de vie que j’avais adopté.

Breizh-info.com : Dans quel état avez-vous trouvé les prisons françaises dans lesquelles vous avez été enfermé ?

Nicolas Battini : Sans trop m’étaler sur l’insalubrité évidente des prisons françaises, c’est le constat de la situation démographique du milieu carcéral qui est tout à fait parlant.

Breizh-info.com : Les Corses, qui étaient en nombre dans les années 70 avec basques et bretons dans les prisons françaises, sont-ils désormais de petites minorités ?

Nicolas Battini : Le terme de minorité pour les Basques, Bretons et Corses est un euphémisme en prison. Il est même difficile, dans la plupart des établissements pénitentiaires de la région parisienne, alors qu’on se réveille tous les matins au son de la Salat de Fajr, la prière du matin, de se souvenir qu’on est en Europe occidentale. Surtout lorsqu’on y connaît un séjour de plusieurs années comme ce fut mon cas.

Breizh-info.com : Votre discours nationaliste corse a évolué ces dernières années, notamment du fait de votre long séjour en détention. Mais pas que (vous avez évoqué dans une interview les attentats contre Charlie Hebdo ou au Bataclan, qui ont été un élément déclencheur d’une réflexion chez vous). Comment est-ce que l’on passe d’un nationalisme tiers mondiste à un nationalisme identitaire ?

Nicolas Battini : Le tiers-mondisme consiste à considérer que la Corse est un pays colonisé et qu’à ce titre elle se doit de converger et de fraterniser avec les autres peuples de ce que l’on avait coutume d’appeler le Tiers-monde. C’est une pensée qui nous permettait de tracer des perspectives de lutte d’une part et, d’autre part, de trouver des débouchés politiques au niveau international en étendant les réseaux corses à travers les autres luttes tiers-mondistes. Néanmoins, cette pensée a été élaborée en Corse dans les années 70 et est désormais vieille d’un demi-siècle. Elle est usée et portée essentiellement par des soixante-huitards sur le déclin qui n’arrivent pas à renouveler leur système global de pensée. Elle empêche de facto de s’opposer à l’apport démographique provenant du Sud de la Méditerranée et à son corollaire de revendications communautaires et religieuses en ce que la solidarité internationale entre peuples opprimés prévaut sur tout autre considération. Les héritiers du tiers-mondisme corse, la sociologie de l’époque aidant, sont largement issus des classes bourgeoises et urbaines et ne se préoccupent guère d’idéologie. Qu’ils maintiennent des positions aujourd’hui ridicules issus du tiers-mondisme d’alors ou qu’ils insèrent des revendications provenant directement de la nouvelle gauche décoloniale (écriture inclusive, théorie du genre…), la conceptualisation d’une identité intellectuelle propre ne les intéresse plus.

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