Youtubeurs dissidents : à la découverte d’un univers métapolitique parallèle

29 novembre 2022 | France, Médias

« Éléments » lance son premier dictionnaire de la dissidence numérique, avec ses coups de cœur et ses têtes de turc. 36 chaînes YouTube, représentant près de dix millions d’abonnés, totalisant plus de 500 millions de vues ! À l’origine de ce guide, une petite équipe de moins de trente ans, dirigée par Rodolphe Cart, partie à la découverte d’un univers métapolitique parallèle où s’esquisse une contre-culture ignorée des grands médias, mais plébiscitée par les adolescents et les jeunes adultes en quête de prescripteurs d’opinions politiques. Nous l’avons interrogé…

ÉLÉMENTS. On n’attendait pas vraiment la revue Éléments sur le terrain du youtubing ! Est-ce vraiment, selon vous, la fonction d’une revue intellectuelle de se plonger dans le monde du « clash » et du « buzz », des « like » et du « bashing » ? Comment avez-vous convaincu la direction de cette vénérable revue née au siècle dernier ?

RODOLPHE CART : A l’époque de l’émergence de l’imprimerie, fallait-il reprocher aux intellectuels de s’intéresser à ce qu’il se passait autour d’eux ? Aujourd’hui, avec le numérique, nous vivons aussi une révolution culturelle. Toute évolution technique produit un changement de milieu, une modification de l’environnement dans lequel un homme évolue. C’est-à-dire qu’un système de communication inédit est en train de modifier la forme sociale et culturelle de nos organisations collectives. Le devoir d’une revue comme Éléments est d’être « au front » pour analyser ce phénomène – à condition, bien évidemment, que cela ne l’empêche pas d’avoir cet œil critique et distancié. Le monde du youtubing est l’une des facettes de cette révolution. Il était donc normal qu’un article soit fait sur les figures politiques de la dissidence présentes sur cette plateforme de vidéos.

ÉLÉMENTS. Pour paraphraser Alain Soral, à qui vous avez décerné le titre de « statue du commandeur du youtubing francophone », est-on obligé de descendre aussi bas pour décrocher des millions de vues et intéresser les jeunes à la politique ?

RODOLPHE CART : Il est certain qu’il y a du contenu vulgaire, bas-de-plafond et simpliste, mais ce n’est pas la majorité du genre. Par exemple, Charles Robin, qui a plus de 600 000 abonnés, produit une chaîne exemplaire à tous points de vue. Concernant la politisation des jeunes, j’aimerais parler de mon cas personnel. Je viens de la classe moyenne de province et, dans ma jeunesse, les seuls magazines présents sur la table du salon étaient Auto Plus, La Redoute et l’Équipe. Ma famille étant apolitique, je n’avais aucun accès à l’univers des débats. Mon éveil au monde de la politique ne s’est fait qu’à partir de ma première année d’étude post-bac – il y a déjà dix ans –, lorsque les premières vidéos pirates de Zemmour furent postées sur YouTube. Pour moi, ce fut une révélation. Pendant des années, mon apprentissage politique ne s’est uniquement fait que par les vidéos visionnées sur la plateforme. Face au phénomène général d’acculturation de la société, de plus en plus de jeunes se forment à la politique par le net.

ÉLÉMENTS. On rit beaucoup en découvrant votre sélection de vidéos. Le second degré est-il un trait commun aux vidéastes dissidents ? Ou est-ce un choix délibéré ?

RODOLPHE CART : Je vais vous répondre par un exemple tiré du monde de la télévision. Lorsque Laurent Baffie travaillait dans l’émission Tout le monde en parle de Thierry Ardisson, vous aviez beau mettre un expert en face de lui sur un sujet, il suffisait d’une blague du « sniper » pour qu’il mette tous les rieurs de son côté. Tout l’argumentaire de son interlocuteur était alors anéanti en un seul coup. Pour les vidéos, on est un peu dans la même configuration. Déjà Schopenhauer, dans l’Art d’avoir toujours raison, démontrait que l’important n’était pas de faire éclater la vérité, mais bel et bien de vaincre son opposant. On peut s’en plaindre, mais le rire constitue l’une des meilleures armes pour faire passer un message.

ÉLÉMENTS. Ce guide des 36 vidéastes dessine en creux un portrait général d’une jeunesse de droite aimantée par les valeurs de l’Occident. Comment expliquez-vous l’omniprésence de la culture de masse américaine ? Vrai ou faux ?

RODOLPHE CART : Le médium est le message comme disait McLuhan. De la ligne de code, à l’interface YouTube en passant par le moteur de recherche (Google), nous sommes tous en « territoire américain ». Il est certain que les Européens sont sous l’influence des États-Unis, mais tout cela ne date pas d’hier. La véritable fracture est antérieure au développement du numérique, car c’est l’entrée de notre société dans le tout-image qui a fait de nous des Gallo-Ricains comme dirait Régis Debray. La spécificité de l’Europe a toujours été son rapport à l’écrit, au monde de la graphosphère. N’oubliez pas que la culture livresque, celle qui a fait la grandeur des nations européennes, n’est qu’un clin d’œil dans l’histoire humaine. De l’Iliade à Flaubert, il n’y a qu’un battement de cil. Or avec le numérique, tout notre environnement est en train d’être bouleversé et comme diraient les militaires : « c’est le terrain qui commande la manœuvre ».

En revanche, les Youtubeurs francophones, grâce notamment à la langue française et à son influence, arrivent à mieux résister par rapport aux autres européens – notamment anglais, allemands ou scandinaves qui sont déjà des clones californiens. La mauvaise pratique de l’anglais semble être pour le coup un avantage. Comme pour le cinéma, il s’est instauré de fait une exception culturelle pour les YouTubeurs francophones.

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