Parution : « Démondialiser la musique », de Thierry DeCruzy

« Si tu veux contrôler le peuple, commence par contrôler sa musique », aurait dit Platon. Rarement évoqué, le pouvoir politique et culturel de la musique est pourtant essentiel et son impact sur le psychisme en fait un outil privilégié de contrôle des masses.

« De la musique avant toute chose » préconisait Verlaine dans son Art poétique. Le poète rappelait dans ce vers devenu célèbre le lien intrinsèque entre la musique et la poésie, mais aussi l’omniprésence de la musique dans notre propre vie. Du sein maternel où nous avons grandi au dernier adieu à cette terre, la musique berce chacune de nos secondes de vie et Thierry DeCruzy nous offre dans ce dernier ouvrage édité par l’Institut Iliade une prise de conscience du rôle essentiel qu’elle a sur nous.

Lorsque l’on commence cet ouvrage, la tentation serait grande de considérer ces pages comme un énième livre sur l’histoire de la musique. Certes, l’auteur ne fait pas l’impasse sur ces éléments essentiels pour traiter son propos. Ainsi, il commence par délimiter son sujet en proposant une définition de la musique, puis démontre comment la pratique musicale européenne a pu évoluer au cours des siècles, passant du chant grégorien à la polyphonie, aux concerts polyphoniques et autres kiosques pour concerts publics. Sa réflexion porte aussi sur l’écriture du chant européen, et plus généralement sur ce qui fait la spécificité et le génie de ce chant, resté une exception dans le monde musical au niveau mondial.

Mais le propos de Thierry DeCruzy, qui a fait du lien entre la musique et le contrôle des foules l’un de ses fers de lance, est bien d’appuyer le rôle essentiel de la musique sur une échelle individuelle mais aussi collective. Comme il le montre au fil de ses pages, la musique a un rôle de lien social qui permet à une communauté de vibrer à l’unisson au cours de fêtes populaires, mais elle peut à l’inverse être un excellent moyen de séparer les individus les uns des autres, chacun préférant écouter sa propre musique, écouteurs vissés sur ses oreilles, ne lui permettant plus de communiquer avec son entourage. L’une est vivante et appartient à tous les participants qui chanteront en harmonie, l’autre est morte, développée grâce à une technologie toujours plus efficace et qui sera un excellent moyen de contrôler les foules grâce à l’amplification et l’effet psychique de l’enregistrement.

Face à la mondialisation constatée de la musique, l’auteur ne s’arrête pas à un simple constat, mais veut faire prendre conscience à son lecteur de l’enjeu d’un choix musical. Au rock et au festival Hellfest, au rap déraciné et globalisant, aux raves parties et à l’instrumentalisation politique de la musique par certains représentants politiques, il oppose la brèche qu’ont représentée les skinheads en Angleterre avec Ian Stuart, mais aussi le RIF, évoquant au passage le rôle passager du FN dans la bataille culturelle où la gauche bien-pensante avait jusqu’alors un monopole bien établi. On se souviendra avec l’auteur des concerts d’un SOS Racisme tout-puissant par exemple. Au fil des pages, nous prenons conscience de l’importance de la musique et de son rôle essentiel dans notre identité d’européen. Il s’agit désormais de retrouver le goût du chant comme ciment de nos communautés.

Thierry DeCruzy, Démondialiser la musique. Une réponse au naufrage musical européen, La Nouvelle Librairie éditions, 2022, 102 p., 16 €.
ISBN : 978-2-493898-45-6

Texte repris de Institut-iliade.com