Océan Viking, recentrer le débat, par Maxime Tandonnet

Quelques statistiques pour commencer: en 2020, l’Europe a accueilli au titre de l’immigration 1,9 million de ressortissants de pays tiers (hors UE). Les entrées clandestines notamment par voie maritime sont estimées à 200 000. Le nombre de demandeurs d’asile est d’environ 600 000. Celui des décès par noyades lors de la traversée de la Méditerranée est de 1500 à 3000. L’attention médiatique – radio télévision – donnée au débarquement de l’Océan Viking à Toulon, est sans doute disproportionnée si l’on s’en tient à la réalité statistique de l’immigration en Europe. 233 migrants, cela représente à peine 0,01% des entrées en Europe. Elle tient à l’emprise écrasante de l’image et de l’émotion sur l’examen objectif des réalités.

Mais sur le plan du symbole, l’impact de ce débarquement est gravement préoccupant. Il montre aux opinions européennes l’échec ou l’impuissance d’une Europe et de ses Etats dans la lutte contre les filières criminelles qui sévissent au sud de la Méditerrané et jettent à la mer des migrants sur des embarquements de fortune au risque de leur vie; la capitulation de la puissance publique face au trafic des personnes. Il déchire les Etats européens (Italie-France) au moment où l’Europe devrait s’unir pour lutter contre ces phénomènes. Il déchaîne les rages idéologiques aux limites de la guerre civile entre partisans de l’accueil inconditionnel et l’effacement des frontières (no border) et les courants anti-immigration. Il favorise une violente et viscérale poussée du racisme en Europe sous toutes ses formes – dont nous verrons un jour les conséquences.

Il aggrave le sentiment d’une fracture entre les élites politiques qui paraissent déterminées à favoriser l’accueil et les peuples majoritairement hostiles à l’immigration selon tous les sondages. Il donne une image miséreuse de l’immigration – alors qu’elle pourrait être autre chose et diabolise son image. Il éloigne l’Europe et ses Nations du débat serein autour de ces questions de l’organisation et de la maîtrise des flux migratoires – qui serait tellement nécessaire. Alors beaucoup d’hypocrisie s’exprime autour de ce dossier.

Les uns jouent les sainte-Nitouche vertueuses, généreuses et l’esprit ouvert. Les autres gesticulent en espérant récupérer une colère populaire après l’avoir bien attisée. En profondeur, tout le monde est perdant; sauf les filières esclavagistes qui triomphent et s’enrichissent.

Maxime Tandonnet

Texte repris du blog de Maxime Tandonnet