Ces députés qui sanctionnent la liberté d’expression, par Ivan Rioufol

C’est une « fake news » que l’Assemblée nationale a avalisé en connaissance de cause. En punissant sévèrement, vendredi, le député (RN) Grégoire de Fournas pour des propos pourtant falsifiés par la Nupes, la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, s’est prêtée à une désinformation cautionnée par la majorité de la représentation nationale. Alors que le gouvernement dit vouloir traquer les fausses nouvelles sur les réseaux sociaux, il a appuyé le récit fictif du député LFI du Val d’Oise, Carlos Martens Bilongo, assurant avoir été interpellé par son collège Fournas en ces termes : « Retourne en Afrique ! ». Bilongo a même prétendu : « Aujourd’hui, on m’a renvoyé à ma couleur de peau », en se prévalant d’être Noir.

Immédiatement, l’accusation en racisme a été décrétée, alors même que le verbatim de l’Assemblée a noté la phrase exacte du proscrit : « Qu’il retourne en Afrique ! ». A l‘évidence, cette réflexion répondait à la question sur l‘attitude du gouvernement face à un bateau de migrants en demande d’accostage. Ce n’est d’ailleurs que sur le motif d’une participation à un « tumulte » que le député a été exclu pour 15 jours, la peine la plus sévère. Cette fabrique d’un mensonge, destiné à lyncher un élu, signe la régression du parlement : la liberté d’expression n’y est plus garantie.

Marine Le Pen s’est crue obligée d’admettre l’absence de finesse de l’intervention de son collègue. Une distance reprise également ce lundi sur RTL par Jordan Bardella, élu hier à la présidence du RN. Cette modération passe à côté du scandale éthique et politique que constitue la falsification d’un propos, accompagnée d’une victimisation théâtralisée puis d’une chasse à l’homme au nom d’un antiracisme dévoyé. Apparait la mise sous contrôle de la libre parole d’un député. Au prétexte de sanctionner des « propos haineux », le gouvernement essaye de criminaliser la critique de l’immigration clandestine, alors même qu’il prétend rendre plus efficaces les obligations de quitter le territoire français (OQTF).

Dimanche, le ministre Clément Beaune a qualifié le RN d’ « ennemi public no 1 », tandis qu’un sondage place ce parti en tête des formations les plus appréciées par les Français (à 37%, sondage Sud-radio). Cette éviction temporaire d’un député pour ses libres propos s’ajoute à la sanction du sénateur Alain Houpert (LR) par le Conseil de l’ordre des médecins de Bourgogne pour ses critiques contre la politique sanitaire du gouvernement durant le Covid.

Quand des parlementaires deviennent, dans l’indifférence, la cible des censeurs, c’est la démocratie qui est attaquée en son sein.

Ivan Rioufol

Texte daté du 7 novembre 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol