Laurent Obertone : « La gauche et les médias font preuve d’une grande mansuétude vis-à-vis des militants violents »

Laurent Obertone est essayiste, auteur de Guérilla et La France Orange mécanique notamment. Pour Boulevard Voltaire, il revient sur les violences qui ont émaillé la manifestation de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) le dernier week-end d’octobre.

Marc Eynaud. Ce week-end, à Sainte-Soline, des dizaines de gendarmes ont été blessés par des militants venus en découdre. Rien de bien neuf, si ce n’est la présence d’élus de la NUPES. Députés et casseurs luttant ensemble pour une cause commune, cela vous choque ?

Laurent Obertone. Fondamentalement, la volonté des uns et des autres est la même : imposer leur doctrine par la contrainte, que ce soit par la législation ou par l’activisme et la confrontation directe. Puisqu’ils sont convaincus que leur cause est aussi bonne qu’urgente, les élus de la NUPES ne s’embarrassent pas de considérations morales quant aux actes de leurs militants les plus exaltés. S’il y a des « débordements », ils mettront ça sur le compte de la hauteur des enjeux, qui valent bien quelques jours d’ITT. Puisque la morale est de leur côté, tout est permis ou presque. Ce qui explique que la gauche et les médias en général aient toujours fait preuve d’une grande mansuétude vis-à-vis des militants violents, pourvu qu’ils soient du bon côté de l’échiquier politique. Rappelons que le Président Hollande lui-même disait du militant antifa Clément Méric [décédé le 5 juin 2013 à la suite d’une rixe entre extrême gauche et skinheads, NDLR] qu’il « incarnait une jeunesse exigeante et ardente » et était « notre fierté ».

M. E. Suite à cette manifestation, de nombreux élus de la NUPES ont assumé ce soutien et se sont contentés de dénoncer la répression de l’État tout en passant sous silence la violence de leurs militants. Sandrine Rousseau en a même appelé à la désobéissance. Comment interpréter cette communication ? Aveuglement ? Stratégie politique ?

L. O. Pour l’opinion, qui ne voit que des agitateurs violents aux motivations peu claires, la stratégie est mauvaise. Mais ces élus sont coincés dans leur représentation très partielle du monde, ils manquent de recul et leur communication vise avant tout leur noyau militant, les convaincus, en espérant que leurs idées feront leur chemin grâce à de tels coups d’éclat et l’exposition médiatique qui en résulte.

M. E. Pendant cette manifestation, l’eurodéputé Yannick Jadot a vu son véhicule détruit. Visiblement, certains éléments considèrent leurs députés trop tièdes, voire traîtres à la cause. Des violences internes qui n’ont entraîné aucune condamnation de la part des élus. Qu’est-ce que cela révèle ?

L. O. Le sommet débordé par la base, c’est un classique ! Jadot est une sorte de VRP de l’idéologie « verte » à l’échelon national, son discours doit rester dans le domaine du présentable et de l’acceptable. Évidemment, certains militants ne l’entendent pas de cette oreille. De leur point de vue – si névrosé soit-il –, aucune tiédeur n’est possible, elle est même suspecte et dangereuse. Ainsi, l’idéologue se fait souvent dévorer par ses créatures radicalisées… Le pur trouvera toujours plus pur que lui. Et évidemment, ses collègues auront du mal à prendre son parti, le risque de subir la même épuration étant très grand… Le parti s’auto-radicalisera ainsi de lui-même et se coupera de plus en plus des réalités populaires.

M. E. Un militant de Génération identitaire a pris un an de prison ferme après avoir investi le QG de SOS Méditerranée. Peut-on supposer que ces éléments violents d’ultra-gauche soient condamnés à des peines similaires ?

L. O. Tout dépend des actes visés. Ils sont en théorie graves : violences en réunion sur dépositaires de l’autorité publique, parfois avec armes, préméditation, visages masqués, etc. Mais dans l’absolu, la persécution judiciaire des identitaires n’a aucun équivalent, quand bien même leurs actes ne sont pas violents – ils se contentent de demander l’application de la loi. En comparaison, dans l’affaire de la ZAD de Nantes, véritable guérilla organisée contre les forces de l’ordre (des dizaines de blessés), un des rares « zadistes » condamnés avait, lui aussi, pris un an de prison ferme… avant d’être relaxé en appel.

Tribune reprise de Boulevard Voltaire