Coupe du monde au Qatar : les journalistes tenus en laisse ?

Si certains appellent bel et à bien à boycotter l’édition 2022 de la Coupe du monde de football qui se tiendra du 20 novembre au 18 décembre au Qatar, la traditionnelle machine à s’indigner fonctionne pour le moins à bas régime lorsqu’il s’agit du sulfureux émirat de la péninsule arabique.

Les explications à ce relatif silence sont multiples : trop d’enjeux financiers dans la balance, affaires énergétiques, soumission de la classe politique française à ce pays, etc. Mais le richissime Qatar ne s’en sort pas indemne pour autant : Reporters sans frontières (RSF), que l’on ne peut certainement pas soupçonner d’être dans le camp du Mal, vient de se payer Doha sur la question de l’accréditation des journalistes au Mondial.

Un « détournement » du système des accréditations

À un mois du début de la compétition, RSF tire la sonnette d’alarme et pointe du doigt le dispositif restrictif d’octroi des accréditations mis en place par les autorités qataries. Selon Christophe Déloire, secrétaire général de RSF, ces dernières « détournent le système d’accréditation des journalistes pour leur interdire de travailler sur certains sujets. En obligeant les médias, au moment où ils demandent leur accréditation, à accepter de respecter un certain nombre de conditions, dont certaines sont vagues, ambiguës et sujettes à une interprétation arbitraire, le Qatar cherche clairement à décourager, voire à empêcher la presse étrangère de parler d’autre chose que de football. »

Contactée par RSF, les autorités compétentes en la matière nient évidemment en bloc et prétendent que la liberté de la presse et de reportage sera assurée au cours de ce qui s’annonce comme une étrange édition de la fête mondiale du ballon rond.

Le sujet épineux de l’« esclavage moderne »

Les activistes du climat et les défenseurs des droits LGBT sont en alerte, mais une autre question épineuse met bien plus en alerte les autorités qataries. Il s’agit de celle de l’ « esclavage moderne » pratiqué au Qatar dans le domaine de la construction et des travaux publics.

Ce point est certes abordé par la presse occidentale (Médiapart, TV5 Monde, Le Monde diplomatique), mais pas suffisamment pour qu’il prenne une ampleur médiatique susceptible de nuire aux affaires de l’émirat. Car c’est bien ce que les Qataris craignent comme la peste : que la foule de journalistes qu’attirera le Mondial comprenne des éléments déterminés à réaliser des reportages traitant de cette question. Ce rendez-vous sportif offre en effet aux journalistes une fenêtre de tir exceptionnelle pour réaliser des reportages sur place. Les autorités le savent et ont dressé une liste des lieux autorisés à être filmés. Ainsi sera-t-il quasiment impossible aux journalistes de s’intéresser aux secteurs de la construction et de l’immobilier, c’est-à-dire aux sujets qui fâchent.

Le Qatar, l’exemple parfait du deux poids deux mesures permanent

Si Christian Chesnot et Georges Malbrunot ne s’étaient pas intéressés dès 2013 aux pratiques suspectes du Qatar et du rôle trouble dans ces pratiques de la classe politique française, la presse française serait probablement encore plus silencieuse sur la question qatarie qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Chesnot et Malbrunot ont permis de délier les langues, et il faut dire que ce qu’ils avancent est d’une immense gravité : des membres de la classe politique française seraient achetés par le Qatar, un pays qui finance l’islam en Europe et soutient des mouvements islamistes. Sans parler de ce qui saute aux yeux : ce grand ami de la France n’est en aucun point un modèle de respect des Droits de l’homme, que Paris aime pourtant défendre de manière frénétique.

RSF place le Qatar 119e sur 180 dans son classement de la liberté des médias et résume le paysage médiatique dans ce pays de la manière suivante : « La presse traditionnelle au Qatar se distingue par l’homogénéité de sa couverture : les mêmes gros titres font la une et mettent en avant les faits et gestes de l’émir et de son entourage. »

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