Lula au Brésil : une victoire en trompe-l’œil, par Ivan Rioufol

Les Brésiliens ont rappelé Lula da Silva. L’ancien président, tombé initialement pour corruption, a été à nouveau élu contre Jair Bolsonaro, avec 50,9% des suffrages contre 49,1%. Ce lundi matin, le président sortant Bolsonaro n’avait toujours pas reconnu sa défaite sur le fil. Les analystes et les sondeurs, qui avaient prévu une large victoire de Lula, ont visiblement mésestimé la force politique du bolsonarisme, ce populisme conservateur soutenu par la classe bourgeoise et l’Eglise évangéliste. S’il est certes perdant en dernier ressort, Bolsonaro et ses soutiens seront majoritaires au congrès et parmi les gouverneurs. La victoire de Lula tient donc du trompe-l’œil. C’est un Brésil coupé en deux, profondément divisé, qui ressort de cette élection. Par bien des aspects, elle ressemble à celle ayant opposée Donald Trump à Joe Biden. Lula et son parti des Travailleurs auront paradoxalement reçu le soutien d’une partie de l’establishment, et singulièrement de la Faria Lima, le Wall Street de Sao Paulo. Aux Etats-Unis, les élections de mi-mandat, le 8 novembre, s’annoncent délicates pour le camp démocrate. Le trumpiste, que les mêmes analystes disaient éreinté à la suite de la défaite tumultueuse du mauvais perdant, ne semble pas avoir perdu de sa vigueur.

Le retour de Lula a été saluée par les socialistes du monde entier. Jeremy Corbyn au Royaume-Uni, Alexandria Ocasio-Cortez et Bernie Sanders aux Etats-Unis, Jean-Luc Mélenchon en France. « À l’heure où l’obscurantisme gagne du terrain en Europe, le Brésil parle au monde: oui, un autre monde de justice et d’entraide est possible », s’est félicité l’ancien candidat insoumis à la présidentielle. Dans un tweet, Mélenchon a mis en comparaison la photo qu’il avait prise avec Lula lors de la visite du Brésilien à Paris et celle d’Emmanuel Macron et Giorgia Meloni il y a quelques jours à Rome. Reste que l’euphorie de la gauche français reste largement sur-jouée. Il est difficile de discerner une dynamique « progressiste » dans les rangs de la France Insoumise et de la Nupes.

Si l’extrême gauche s’identifie à Lula, elle ne peut elle-même exister qu’à travers des outrances et des violences de plus en plus répulsives. Elle ne voit pas que, au prétexte de combattre une « extrême droite » représentée par tout ce qui ne lui ressemble pas, elle est en train de reproduire les pires travers de ce que fut l’extrêmisme fascistoïde. La révolution conservatrice en cours, qui s’appuie sur l’effondrement des idéologies et de leurs mensonges, n’a pas fini de bousculer la gauche doctrinaire et déconnectée. L’étonnant est que Bolsonaro, en dépit de ses défauts, ai pu récolter tout de même plus de 58 millions de voix …

Ivan Rioufol

Texte daté du 31 octobre 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol