Lola, une fracture française

Parfois, l’opinion publique retient dans le flot d’informations que déversent les médias un fait divers parmi d’autres. Le meurtre particulièrement atroce à Paris d’une jeune fille de 12 ans prénommée Lola, vendredi 14 octobre, a provoqué une onde de choc assez inattendue.

Par contraste, dans les jours qui ont suivi cet événement, les médias de grand chemin et nos dirigeants ont fait preuve à ce sujet d’une parcimonie d’informations particulièrement remarquable. On peut parler d’une véritable fracture française, entre un milieu politico-médiatique corseté par les tabous et une frange non négligeable de l’opinion publique qui ne souhaite pas en rester là.

Vendredi 15 octobre, à 9h, BFMTV informe ses téléspectateurs que le corps d’une jeune fille de 12 ans, disparue la veille, a été découvert « dans une malle ». Une onde de choc se répand sur les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter. Les médias de grand chemin commencent alors à donner des informations sur l’enquête en cours. « L’enquête s’accélère », selon Le JJD à 19h57, évoquant la piste du trafic d’organes.

Le 16 octobre, à 12h31, Le Parisien apporte des informations sur quatre personnes gardées à vue dans le cadre de cette affaire : « il s’agit de deux hommes et de deux femmes, âgés de 24 à 43 ans, entendus pour “meurtre sur mineur de moins de 15 ans avec actes de torture et de barbarie (…). Les deux femmes en garde à vue sont des sœurs. Tous sont nés en Algérie et au moins l’un d’entre eux est sans domicile fixe” ».

Puis, le 17 octobre, TF1 nous apprend qu’« une femme de 24 ans est désormais considérée comme la principale suspecte dans l’affaire ». Le site de la chaine de télévision donne des précisions à son sujet :

« En situation irrégulière sur le territoire français, elle fera ces prochaines semaines l’objet d’expertises psychiatriques. Mais son état de santé mentale a été jugé compatible avec son placement en garde à vue ». Si l’on ne parle désormais plus de 4 suspects, une autre personne a retenu l’attention de la police : « Son complice présumé, un homme de 43 ans, va également être présenté à un juge d’instruction dans la journée. Il est soupçonné d’avoir hébergé la suspecte et conduit un véhicule dans lequel elle se trouvait ».

Libération consacre le 17 octobre un article au « choc, à Paris, après le meurtre d’une adolescente ». Le rédacteur en chef du service politique de Valeurs actuelles souligne sur Twitter que « Libé s’obstine à taire l’identité des quatre suspects algériens dans l’affaire du meurtre de #Lola ». L’assassinat de l’adolescente ne pose-t-il pas en effet la question de la présence en France de nombreux étrangers marginaux, en situation régulière ou non, parfois à la frontière de la délinquance, qu’ils franchissent parfois ?

Sur Twitter, Pierre Sautarel constate ce même jour à la lecture de plusieurs articles écrits à partir de dépêches de l’AFP que « la dépêche de l’AFP sur l’affaire #lola ne mentionne pas la nationalité algérienne des auteurs présumés ». De fait, si les articles du 17 octobre à ce sujet dans L’Alsace, Le Progrès, Europe 1, etc. évoquent bien de possibles troubles psychiques de la principale personne suspectée, rares sont ceux qui évoquent l’origine de deux personnes placées en garde à vue.

Le tabou qu’il ne faut absolument pas enfreindre

Évidemment, aborder cet aspect relève d’un tabou qu’il ne faut absolument pas enfreindre. Le journaliste Claude Askolovitch réagit sur Twitter aux commentaires d’Alexis Joly insistant tant sur la nationalité de la victime que sur celle des suspects : « Dans les années 70, c’est ce genre de propos qui provoquait une ratonnade ». La député européenne Renaissance Nathalie Loiseau lui emboite le pas :

« Pour certains tout est bon pour une exploitation politicienne et haineuse. On aimerait les entendre à chaque violence commise, quelle que soit l’origine des victimes et des prévenus. Mais non ».

Agasias souligne que « le système, d’abord silencieux, attend les réactions maladroites/inappropriées (il y en aura forcément) pour ensuite dénoncer la récupération ». C’est ainsi que toute expression sur la politique de reconduite immédiate des étrangers en situation irrégulière, qui plus est délinquants ou marginaux, est disqualifiée.

Côté politiques, le ministre de l’Intérieur fait profil bas le 17 octobre. Le journaliste de Valeurs actuelles, Jules Torres, indique que, « questionné sur l’absence de réaction de Gérald Darmanin, l’entourage du ministre de l’Intérieur explique qu’ “il ne peut pas s’exprimer sur une enquête en cours” et précise que Beauvau a pris attache avec la famille de Lola ».

Le président de la République s’attarde quant à lui sur Twitter sur… « la répression d’une manifestation d’indépendantistes algériens faisant des centaines de blessés et des dizaines de morts ». C’était il y a 61 ans… La photo de Lola insérée par Louis Napo en commentaire recueille le 18 octobre à 6h30 18 000 « likes » alors que le Tweet du président de la République n’en obtient que 15 000.

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