La Nupes, cette gauche qui n’aime pas le peuple

Jean-Luc Mélenchon a sauvé son trône. Ebranlé par l’ « affaire Quatennens » et son soutien au dauphin gifleur, la rue est venue conforter le patron adulé, dimanche. Sandrine Rousseau, prête à pendre le Mâle blanc hétérosexuel par ses attributs, n’a pas perçu que la manifestation « contre la vie chère et l’inaction climatique », à laquelle elle a participé, est venue aussi au secours, en douce, des hommes traqués de la Nupes. L’acquittement de Mélenchon par l’extrême gauche laisse entrevoir un retour de son bras droit, accusé de « violences sexuelles et sexistes » par son ex-épouse. Pour autant, les cris de victoire des mélanchonistes, qui revendiquent 140.000 manifestants (30.000 selon la police), sont largement surfaits. Ce que j’ai pu observer hier, mêlé à la foule durant une partie de la procession, m’a convaincu de toucher du doigt une contestation finissante : celle de la gauche révolutionnaire rêvant toujours du Grand soir et de la dictature du prolétariat.
C’est un monde déphasé, pétrifié par l’idéologie de la lutte de classes, qui a cheminé de Nation à Bastille sous les drapeaux rouges, la faucille et le marteau, les portraits de Che Guevara. Tout ce que la pensée totalitaire a pu produire d’horreurs et d’inepties au XX eme siècle était là rassemblée, dans une foule aux nombreux cheveux blancs. Alexis Corbière, député de la France insoumise, a estimé ce lundi sur Europe 1, commentant cette marche : « La question sociale est posée désormais ». Certes. Mais cette gauche ne sait s’adresser au peuple qu’elle prétend représenter.

La quasi-totalité des formations qui ont répondu à l’appel de Mélenchon (dont le PC et le PS) ont en réalité appelé à voter au second tour pour Emmanuel Macron (y compris Mme Rousseau). Mélenchon lui même a été remercié par le chef de l’Etat pour avoir appelé à faire barrage au RN et avoir ainsi contribué à sa victoire. Or, faut-il le rappeler ? Une grande partie de l’électorat populaire est allé vers cette formation considérée comme infréquentable. A cette première contradiction s’en ajoute une deuxième, qui puise dans le conformisme de cette gauche déconnectée des réalités quotidienne. Si le pouvoir d’achat, affaibli par le retour de l’inflation, est en effet un incontestable terrain de revendications, la lutte contre « l’inaction climatique » est un objectif prisé des bobos prolophobes, prêts à rendre hors de prix les énergies fossiles.

C’est parce que Edouard Philippe avait institué une taxe carbone sur les carburants que les Gilets jaunes s’étaient révoltés il y a quatre ans. La gauche mélenchoniste reste semblablement imperméable aux vulnérabilités d’une classe moyenne pour qui le pouvoir d’achat passe aussi par le prix de l’énergie et singulièrement du carburant. D’autant que rien de permet d’affirmer que l’homme soit le seul responsable du réchauffement climatique. Cette gauche qui n’aime pas le peuple est condamnée à se donner en spectacle. Mais la révolution ne viendra pas de ses rangs.

Ivan Rioufol

Texte daté du 17 octobre 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol