Frictions : les bobos parlent aux bobos

Depuis quelques années, le net voit pulluler des médias en ligne visant la jeunesse, cette dernière délaissant les médias traditionnels. Brut ou Konbini sont de parfaites illustrations de ce phénomène, voué à capter la jeunesse de gauche. En 2020, un autre support du même type est lancé : Frictions.

Frictions ?

Afin d’en savoir plus, nous sommes allés sur leur site (frictions.co). Première interrogation : c’est quoi Frictions ? Un média en ligne qui se veut l’écho de « l’époque par l’intime, à l’heure de la mondialisation », au travers de témoignages, de reportages, d’articles venus du monde entier. Plus loin, afin de dissiper les quelques doutes que nous avions sur l’inclinaison politique de la plateforme, nous lisons les thèmes suivants : « Féminisme, écologie, lutte des classes, identités, élections, nouvelles technologies. » Nous qui étions venus pour parfaire notre lexique de la tolérance, nous sommes au bon endroit.

Des angles bien centrés

Nous poursuivons notre navigation et nous nous posons une deuxième question : c’est quoi une friction ? Nous apprenons qu’il s’agit « d’une série centrée autour d’un thème fort, déclinée sous une variété d’angles ». Nous apercevons alors quelques-unes de ces frictions et les thèmes laissent là-encore une idée assez claire du logiciel mental des rédacteurs. Afin que le lecteur se fasse une idée voici quelques titres : La banlieue influence le monde ; Toutes identités confondues ; Love better ou encore Anorexie mon amie. Autant d’intitulés qui pourraient laisser penser que nous sommes sur le catalogue Netflix et qui montrent le cœur de cible de ce média : la jeunesse gauchiste, antifasciste et antiraciste.

Nous nous décidons à lire un feuillet du reportage sur les banlieues, intitulé Des révoltes de 2005 à aujourd’hui, 15 ans d’état d’urgence. Deux phrases retiennent notre attention. Tout d’abord, lorsque l’adjoint en charge de la ville de Clichy-sous-Bois depuis 2008 souligne : « Je préfère le mot révoltes. Le terme d’émeutes renvoie à une contestation gratuite du système républicain. » Assigner le mot révoltes revient en effet à donner une signification politique à ces émeutes causées par la mort de deux jeunes ayant refusé d’obtempérer à un contrôle de police. C’est lutter contre l’État raciste, celui qui détient le monopole de la violence, comme le dit Weber, et pas simplement pour faire le spectacle dans le quartier. Seulement, plus bas, nous lisons le témoignage d’un de ces révoltés qui déclare : « Je n’avais pas de conscience politique, mais en participant aux révoltes, j’ai pu la développer. » Nous notons ici une opposition entre les deux propositions, que les rédacteurs ne relèvent visiblement pas, et nous sommes mordus par une question : pourquoi participer à ces événements si ce n’est pas pour faire avancer une cause ? Pas sûr que la réponse plaise à nos frictionneurs.

Créteil, New York même combat !

Après ce petit tour, une dernière question nous taraude : qui sont les hommes derrière ce site ? Une petite recherche sur le site nous donne deux noms : Walid Hajar Rachedi et Ryad Maouche. Ce sont les deux frères qui créent, en 2020, ce média d’information. Walid est romancier, finaliste du Goncourt en 2022 pour son livre Qu’est-ce que j’irais faire au paradis ? D’origine algérienne, il travaille dans le digital et mène une carrière de chroniqueur en parallèle. Il naît à Créteil, grandit dans le Val-de-Marne puis vit six ans en Amérique Latine, aux États-Unis, avant de s’installer à Lisbonne. Une synthèse du déracinement, serait-on presque tenté de dire. Son frère est journaliste. Un coup d’œil sur son profil LinkedIn nous apprend qu’il a travaillé deux mois pour le Parisien, ensuite pour le New York Times et enfin pour Libération en 2017 avant de se fixer pour un an sur BFM. Son cursus honorum du journaliste conventionnel est quasiment parfait.

Ce site apparaît à l’image de ses auteurs, une promotion du déracinement et de l’idéologie de l’époque, teintée d’antiracisme et d’antifascisme, de féminisme, etc. Preuve supplémentaire que les chiens ne font pas des chats…

Tribune reprise de OJIM