Pourquoi l’Etat doit craindre la classe moyenne

Tous les ingrédients d’une possible révolte se mettent en place. Quatre ans après l’irruption des Gilets jaunes (première manifestation sur les Champs Elysées : 17 novembre 2018), les mêmes causes risquent de reproduire des effets similaires. On se souvient qu’Emmanuel Macron, à l’issue de quelques bains de foule en province, avait déclaré à l’époque, avant la fronde de la France périphérique : « Je ne sens pas de colère ». De fait, un même sentiment d’accalmie pourrait aujourd’hui rassurer l’Etat sur les capacités d’indignation d’une société apparemment résignée (voir mon blog de lundi). Il y a quatre ans, les Oubliés avaient déboulé dans les rues de Paris après la décision du chef du gouvernement, Edouard Philippe, d’imposer une taxe intérieure de consommation des produits énergétiques (TICPE) aggravant les prix de l’essence et du gasoil au nom de la lutte contre le réchauffement climatique.

Cette fois, ce sont les conséquences des sanctions contre la Russie, agresseur de l’Ukraine, qui commencent à faire flamber l’énergie, en dépit d’une remise sur le prix du litre d’essence octroyée par le gouvernement et d’une baisse offerte par Total : deux mesures qui théoriquement prendront fin en décembre. A ce cocktail explosif s’ajoute la mise en place des Zones de faibles émissions (ZFE). Cette nouvelle norme « climatique » prévoit d’interdire l’accès aux agglomérations pour les vieilles voitures jugées polluantes : une mesure discriminatoire, qui rejettera une fois de plus la France rurale, pour qui la bagnole est un outil de travail, au rang de paria. A ce stade, l’entêtement du gouvernement à provoquer la classe moyenne relève de la faute et de l’irresponsabilité.

Ce n’est pas la Nupes, qui appelle à manifester dimanche « contre la vie chère » qui peut prétendre être le porte-parole de la France en colère. La CGT, appuyée par les mélenchonistes, est la cause de la pagaille dont les automobilistes sont actuellement les victimes par la décision du syndicat de bloquer des raffineries depuis le 27 septembre. Reste que la situation de pénurie précoce, qui n’a rien à voir avec la guerre en Ukraine, laisse voir un autre problème lancinant : celui de la faiblesse de l’Etat. Alors que le discours officiel vante l’ « Etat stratège » et « l’Etat protecteur », les pouvoirs publics montrent le plus souvent leur incapacité à s’affirmer. Certes, le premier ministre Elisabeth Borne a annoncé, mardi, son choix de procéder à des réquisitions pour débloquer des raffineries.

Elle a également laissé comprendre qu’elle n’hésitera pas, à propos du budget, à recourir au passage en force au parlement en usant du 49.3. Cependant, ses quelques coups de menton ne doivent pas faire illusion sur l’état pitoyable de l’exécutif. Son incapacité à analyser les ressorts des Gilets jaunes marque son enfermement mental. Sa persistance à rendre l’activité humaine comme unique responsable du réchauffement signe son embrigadement idéologique. Steven E. Koonin, conseiller scientifique de Barack Obama, explique (1) : « L’impact des influences humaines sur le climat est trop incertain et vraisemblablement trop faible (…) ». Mais le gouvernement persiste à foncer dans le mur. Le choc s’annonce rude.

(1) Climat, la part d’incertitude, L’Artilleur

Ivan Rioufol

Texte daté du 12 octobre 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol