Laurent Obertone (Guerilla 3) : « Très peu de choses séparent cette France fictive de notre quotidien » [Interview]

Le 29 septembre 2022 est sorti le troisième et dernier tome de la trilogie Guerilla, signé Laurent Obertone. Un livre qui était particulièrement attendu par les amateurs du genre, et qui à coup sûr, va les ravir.

La France traversait la pire crise de son histoire. Préparez-vous au dernier combat. Une banale descente dans une cité, des jeunes abattus par un policier. L’embrasement du pays et l’effondrement de l’Etat. Vingt-sept jours de survie plus tard, l’ordre semble enfin de retour, avec lui le média, le vice politique et citoyen, tandis que de larges zones du territoire sont encore privées de tout, et que certains refusent toujours de déposer les armes. Sous un intense conditionnement et l’impulsion de milices » citoyennes « , la crise semble sous contrôle. En réalité, rien n’est réglé. Le pouvoir en sursis pourrait être violemment confronté à ses limites, et la France livrée à un chaos bien plus terrible encore. Au milieu de cette convulsion indécise, Gite, Escard, Danjou, la fillette et les autres, tous se préparent à jeter leurs dernières forces dans l’affrontement final. Voilà l’univers réduit à la terreur, et voici sonnée l’heure de la guerre totale.

Pour évoquer cet ouvrage, sans trop le spoiler, nous avons interrogé Laurent Obertone.

Breizh-info.com : Pour les lecteurs qui n’auraient pas encore découvert Guerilla, dont sort le dernier tome de la trilogie, pourriez vous nous restituer le synopsis de votre histoire et dans quel contexte débute ce tome III ?

Laurent Obertone : Guerilla 1, c’est « l’incident » déclencheur : une descente de police dans une cité qui tourne mal, un policier qui abat des « jeunes », la cité s’embrase, les banlieues suivent, et en trois jours l’État s’effondre. Guerilla 2, c’est la vie sans État, sans lois ni morale, sans technologie ni ressources ou énergie. En un mot, la survie, la prise de conscience de notre effroyable état de dépendance.
Guerilla 3 s’ouvre sur un retour partiel de l’ordre, mais d’un régime encore plus totalitaire, profitant des conditions très précaires pour accroître sa puissance. On retrouve certains personnages tout au long des trois tomes, chacun préoccupé par sa survie et ses propres objectifs, chacun victime à sa mesure de la grande histoire. La population va-t-elle enfin prendre son destin en main ou continuer à subir, c’est la grande question…

Breizh-info.com : Classeriez vous votre roman comme de la science fiction, ou plutôt comme du roman d’anticipation à très court terme ? Pensez-vous réellement que la France soit en passe de vivre des journées d’effondrement comme vous l’écrivez dans votre livre ?

Laurent Obertone : Je parlerais plutôt d’anticipation, de dystopie. Très peu de choses séparent cette France fictive de notre quotidien. À vrai dire, tous les éléments du drame sont déjà en place. La thèse du lent pourrissement va se heurter à des réalités matérielles, la dette, la crise énergétique, le risque de crise alimentaire et mondiale, l’effondrement du capital social… Bien sûr, la chute sera peut-être différée, plus longue, et aura peut-être une cause différente, économique par exemple. Mais je pense que concernant la France, elle est déjà là. Un pays archi-endetté, étouffé par son État et le dogme du vivre ensemble, un pays qui ne se reconnaît plus lui-même. La seule question qui subsiste est celle de l’élément déclencheur, cette étincelle qui mettra le feu aux poudres…

Breizh-info.com : Quelles sont les personnalités médiatiques, politiques, qui vous ont le plus inspiré pour la composition de vos personnages ?

Laurent Obertone :
Il est vrai qu’en ces livres j’ai avant tout été portraitiste de caractères, comme La Bruyère en ce temps. Ils paraissent certes stéréotypés, mais pas plus que les personnalités médiatisées de ce pays. Si un auteur inventait BHL, tout le monde le trouverait invraisemblable. Il faut donc doser. Il y a beaucoup de ces nouveaux curés, quelques profiteurs et idéologues acharnés, et puis la grande majorité de victimes et de suiveurs. On note cependant que de brutaux changements peuvent impliquer une évolution et une réadaptation de certains personnages opportunistes à un contexte nouveau.
Le Français moyen est il me semble aussi conforme à ce qu’il est : passif, crédule, attentiste, résigné, dépassé. Rares sont ceux qui voient ce qui se passe, et en déduisent qu’il faut agir – sans le faire n’importe comment.

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