Giorgia Meloni n’est pas fasciste !, par Philippe Bilger

Parmi toutes les réactions politiques et médiatiques nous annonçant le retour du fascisme avec la position dominante, au sein de l’union des droites, du parti de Giorgia Meloni – Fratelli d’Italia – une lucidité, celle de Julien Dray reprochant à la gauche et à l’extrême gauche de dire n’importe quoi et de ne rien comprendre au phénomène italien (CNews).

Elles ne sont pas les seules.

Ursula von der Leyen, pour le compte de l’Europe maestrichienne, en parlant comme Michel Onfray, dénonce ce résultat électoral pourtant incontestable sans s’interroger sur le droit des nations à privilégier leur souveraineté. Surtout par rapport à une bureaucratie et à des instances européennes visant à remplacer les peuples par des structures à la fois désincarnées mais terriblement intrusives.

Giorgia Meloni a déclaré en 1996 – elle avait 19 ans ! – que Mussolini avait gouverné pour le bien de l’Italie. Mais depuis elle a changé d’avis, révisé ses positions et accepté de participer à l’entente européenne ; mais en affirmant vouloir en changer les règles. Bon courage : d’autres l’ont promis sans essayer, certains l’ont essayé sans rien infléchir.

Dieu, la famille et la patrie, voici la triple invocation au nom de laquelle elle aspire à gouverner l’Italie, en soulignant sa volonté d’être au service de tous ses concitoyens.

Je doute que cet engagement puisse être tenu avec une telle vision purement conservatrice. Même si elle n’a rien de honteux en elle-même à partir du moment où aucun pouvoir n’est contraint de légitimer tout ce qu’une modernité discutable et l’évolution des sociétés inventent jour après jour. Ce que charrie le réel n’est pas à accepter en gros mais à la rigueur au détail.

Sidérant de constater l’étonnement démocratique face à l’émergence de ces partis ou de ces unions conservatrices, voire extrémistes, en Allemagne, en Suède, aujourd’hui en Italie, sans évoquer les pestiférées que sont la Hongrie et à un degré moindre, la Pologne…

Plutôt que tomber dans une dénonciation confortable, seulement éthique (à quel titre, d’ailleurs, puisque des démocraties ont tranché ?), il serait infiniment plus efficace de se demander pourquoi les démocraties traditionnelles apparaissent de nos jours, face aux crises de toutes sortes, comme trop molles, voire impuissantes. À force de ne pas traiter, ou si mal, les problèmes qui gangrènent l’Europe, le retour de bâton était prévisible. Quand la réalité est trop longtemps niée, elle se venge à sa manière.

On ne peut que le constater : des peuples ont envie de tourner les pages anciennes pour en découvrir d’autres, peut-être à leurs risques et périls. Mais le passé des pays et de l’idéologie européenne donnant trop volontiers des leçons de morale aux trublions est-il si brillant, si exemplaire qu’on puisse ne pas comprendre qu’un autre futur tente ici ou là, et de plus en plus ?

Giorgia Meloni n’est pas fasciste. Cette stigmatisation avant les actes et la politique menée n’est que trop révélatrice d’une intolérance que beaucoup ne supportent plus.

Si elle échoue une fois président du Conseil, ce ne sera pas à cause de sa provocation de 1996 mais parce qu’elle n’aura pas su, avec ses soutiens, répondre aux défis du présent.

Surtout, qu’on n’interdise pas aux peuples le droit de choisir un autre chemin que celui que la bienséance européenne s’estime en droit de leur imposer en tapant sur leur souveraineté !

Tribune reprise de Philippebilger.com