La « transition démographique » de Macron, nom officiel du Grand Remplacement, par François Bousquet

Le retour à la terre, c’était le grand projet de Vichy. Macron l’a repris à son compte, mais la comparaison s’arrête là. Lui fait jouer la préférence étrangère. Chassés de chez eux, il ne restera plus aux Français qu’à émigrer.

Alphonse Allais voulait mettre les villes à la campagne. Emmanuel Macron va faire mieux : lui, ce sont les immigrés qu’il va installer à la campagne. Le retour à la terre, comme au bon vieux temps du maréchal Paysan, je veux parler de Philippe Pétain. Certes, ce n’est pas leur terre, mais Macron s’en contrefiche royalement. Étonnant de voir comment l’ambassadeur de la « start-up nation » en vient à vanter les mérites des chaumières et de l’ordre éternel des champs. Vous allez voir, bientôt il célèbrera les vertus progressistes du modèle Amish. En attendant, il s’est mis en tête de mettre les immigrés au vert. Une école d’agriculture qui ouvre, c’est une prison qui ferme. Macron, c’est un discours du maréchal Pétain réécrit par Pap Ndiaye. Cocasse, n’est-ce pas ! Même si Pap Ndiaye est nettement moins drôle qu’Alphonse Allais. Ah, Alphonse Allais ! Il se moquait de tous les importants de son temps avec la même alacrité. Au pic de sa forme, c’était le meilleur de l’esprit anglais revenu à ses origines normandes. Car le bonhomme est né à Honfleur.

On ferait bien du reste de s’inspirer des Anglais, qui ont décidé de délocaliser le traitement de l’immigration illégale en Afrique, comme les plateformes d’appels téléphoniques et la chefferie de Yannick Noah à Yaoundé, un remigrant lui, un vrai. Les demandes d’asile seront ainsi étudiées à la source. Plus de problèmes de reconduite à la frontière, ni d’embarcations polluantes ou dangereuses en Méditerranée. Zéro carbone. Les quémandeurs viendront déposer leur dossier à dos de chameau ou d’éléphant, et repartiront qui dans le désert, qui dans la savane.

Immigration : retour à l’expéditeur

Il faut le proclamer haut et fort : ceux qui tiennent à tout prix à accueillir des migrants et des éoliennes, grand bien leur fasse, mais ils doivent se faire un devoir de les accueillir et de les recueillir dans leur jardin ou leur hôtel particulier aux pieds de la tour Eiffel, comme Marie-France Cohen et sa fondation Merci, à qui on ne dit pas merci. Marie-France Cohen est une émule de la méthode Macron. Elle veut transplanter de bucoliques colonies de migrants en Bretagne et dans nos campagnes pour blanchir son patrimoine et sa conscience, tout en redorant le blason terni de Paris auprès des touristes asiatiques et des très chics membres du CIO. Au lieu de camper devant l’Hôtel de Ville, les migrants squatteraient des corps de ferme abandonnés où ils auraient tout loisir de renouer avec la culture du chanvre et du pavot. Il y aurait là matière à une nouvelle version de la fable de La Fontaine, en moins champêtre que l’original, sur l’infinie condescendance apitoyée du surmulot des villes pour le surmulot des champs.

Aux États-Unis, ce sont les seconds qui font la nique aux premiers comme dans un cartoon américain. Je veux parler des ploucs républicains qui pratiquent le retour à l’expéditeur avec l’art consommé du receveur dans une partie de baseball, celui qui fouette la balle. Une forme inédite de remigration : la remigration chez le surmulot démocrate. New York, qui proclamait fièrement un droit à l’hébergement pour les migrants, doit ainsi faire face à un afflux considérable de faux réfugiés que les gouverneurs républicains du Texas et de l’Arizona ont eu la bonne idée de leur expédier par bus. « Le système de la ville est proche de son point de rupture », se lamente un conseiller du maire démocrate qui voit pâlir l’étoile du gauchisme de Park Avenue. Même embouteillage à Washington, DC, où Kamala Harris, la vice-présidente démocrate, ne sait plus quoi faire des migrants que le gouverneur du Texas lui livre pour ainsi dire à domicile, devant sa résidence. Féru d’Alphonse Allais, le gouverneur républicain de Floride, Ron DeSantis, a lui affrété deux avions remplis de clandestins. Destination : une île huppée du Massachusetts, rendez-vous balnéaire de l’élite démocrate, où Barack Obama vient siroter des cocktails et faire des bains de pieds.

Tartuffe, apôtre de la diversité

Ces belles âmes ont le sentiment d’être moralement irréprochables en accueillant sans restriction les Bons – et les Mauvais – Samaritains d’où qu’ils viennent, mais ils les accueillent toujours dans le salon des autres – et désormais la chaumière des autres. Ainsi raisonne Tartuffe. Il tient le premier rôle dans ce qui est pour lui une comédie et pour nous une tragédie. Ce que nous dit à l’envi le théâtre de Molière, c’est qu’une posture cache toujours une imposture. L’imposture, c’est l’aptitude à l’hypocrisie, à surjouer la générosité, à broder sur le thème de la felix culpa, la « faute délicieuse » qui procure une gratification à celui qui s’y abandonne. C’est ce que le psychanalyste Daniel Sibony a appelé la « culpabilité narcissique » : le sujet, toujours un Blanc, affiche une culpabilité collective superlative, mais c’est précisément pour s’en exonérer à titre personnel et lui opposer un angélisme individuel au-dessus de tout soupçon.

Il a dû bien arriver au moins une fois à Macron de prendre un train de banlieue ou le RER, ne serait-ce que pour se rendre à l’aéroport, mais a-t-il déjà emprunté un TER ou un Intercités ? Il y aurait vu combien l’immigration a déjà colonisé les sous-préfectures. Demandez aux contrôleurs de la SNCF ce qu’ils en pensent. La plupart d’entre eux sont syndiqués à la CGT Cheminots, mais dans l’isoloir ils votent Marine. Eux gèrent l’immigration clandestine au quotidien dans les transports en commun de la France périphérique. Laissez-moi vous dire qu’ils ont fort à faire. Neuf fois sur dix, foi de quinze ans de déplacement en TER, les problèmes ont une origine extra-européenne. Mais chut ! Partout la politique du non-dit, du sous-entendu, du déni, de l’euphémisme, de l’autruche. À l’entrée « Politique de l’autruche » dans le dictionnaire de la novlangue contemporaine, on devrait lire : « Nom relatif à la politique migratoire des gouvernements européens depuis 50 ans. » Partout l’informulé. Le seul formulé autorisé, c’est : Tout va très bien, Madame la marquise. La chanson finit très mal, autant pour la marquise que pour les petits marquis qui nous gouvernent. À commencer par Macron. Que vient faire la transition démographique dans son discours ? Cela fait deux siècles qu’elle est derrière nous. Ce que Macron appelle transition démographique, c’est l’extension à tout le territoire du Grand Remplacement.

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