Isabelle Surply : « La mosquée Millî Görüş de Saint-Chamond a été retirée des journées du patrimoine. L’État a plié »

« C’est plein d’espoir et plein d’espérance. » Isabelle Surply, conseillère régionale (Auvergne-Rhône-Alpes), se réjouit au micro de Boulevard Voltaire d’avoir réussi à faire plier l’État puisque, finalement, la mosquée Millî Görüş de Saint-Chamond (Loire) a été retirée de la liste des journées européennes du patrimoine qui ont lieu ce week-end.

Marc Eynaud : Pourquoi la mosquée Millî Görüş de Saint-Chamond ne sera-t-elle pas présentée aux journées du patrimoine ?

Isabelle Surply. Merci de poser la question, c’est un vrai sujet. La mosquée ne fera pas partie des journées européennes du patrimoine, comme je l’ai demandé au ministère de la Culture. Ma demande est remontée au cabinet de Gérald Darmanin et nous sommes d’accord sur le fait que la mouvance Millî Görüş fait partie des quatre mouvances de l’islam radical présentes en France.

M. E. : Pourquoi cette mosquée proche du pouvoir turc est-elle gênante ?

I. S. : Je suis dans un État de droit, et comme de nombreux élus, je m’emploie à faire respecter la loi. Les citoyens peuvent le faire aussi. La mouvance de la conférence Millî Görüş est le bras armé d’Erdoğan, beaucoup de politologues comme Alexandre del Valle le caractérisent ainsi. J’estime que, mosquée ou pas mosquée, on n’a pas à faire rentrer des citoyens dans un lieu qui prône l’islam radical.

M. E. : Pourquoi la mosquée de la municipalité de Saint-Chamond veut-elle promouvoir cette mosquée ?

I. S. : Hervé Reynaud, le maire LR, premier vice-président de la métropole de Saint-Étienne, a posé en 2015 la première pierre de cette mosquée. À l’époque, je m’en étais émue. C’est du clientélisme, de l’électoralisme. Je suis extrêmement choquée, d’autant que, sur place, nous avons une grande communauté arménienne. J’interpelle également Mme Mousseghian, l’adjointe au maire, conseillère régionale dans la majorité de Laurent Wauquiez qui est pourtant du côté de ceux qui défendent la loi et s’opposent à l’expansion de l’islam radical.
Il y a un immense clientélisme, et la chaîne hiérarchique ne fonctionne plus, puisque ce qu’a fait le ministère de l’Intérieur, en le retirant, devrait aussi être fait par la municipalité. J’attends toujours sa réponse.

M. E. : L’exécutif s’est mobilisé pour empêcher l’islamisme de faire surface. C’est plutôt une bonne nouvelle…

I. S. : C’est plein d’espérance. J’ai eu énormément de messages de soutien, car les gens sont choqués que l’on puisse proposer aux journées européennes du patrimoine une mosquée turque. Il y a un vrai illogisme dans ce procédé. Je crie victoire, car les internautes se sont réveillés et surveillent ce qui se fait chez eux. Ils m’ont signalé une autre mosquée Millî Görüş inscrite par la DRAC aux journées européennes du patrimoine au péage de Roussillon-en-Isère. Nous faisons le travail que ne fait pas l’État, un travail de veille et de surveillance. Un élu dans l’opposition peut faire plier l’État et je m’en réjouis. Il ne faut pas désespérer d’aller aux urnes et d’avoir des élus d’opposition car nous servons vraiment à quelque chose.

M. E. : La présence de cette mosquée aux journées du patrimoine ne pourrait-elle pas favoriser le mieux vivre ensemble ?

I. S. : On est un peu pris au piège de cette toile d’araignée que représente la laïcité prônée aujourd’hui par nos gouvernants. J’ai reçu beaucoup de messages de musulmans choqués que l’on puisse faire visiter un lieu de culte de l’islam radical. Ils ne considèrent pas que cela fasse partie du patrimoine. Ils n’y voient pas d’animosité particulière contre la communauté musulmane. Le thème de cette année est « mémoire durable ». Je rappelle simplement au ministre de la Culture et au ministre de l’Intérieur que celui qui a fait la France, c’est Clovis, et il s’est converti au christianisme. Donc, ce serait parfait de rester dans les rails de l’Histoire et les vaches seront bien gardées !

Tribune reprise de Boulevard Voltaire