Gérald Darmanin sait-il compter ?

Presque chaque jour, Gérald Darmanin nous abreuve de statistiques visant à défendre son bilan. Problème : un bref exercice de vérification permet de se rendre compte qu’il a un problème avec les chiffres.

« Le petit-fils d’immigrés que je suis ne fait pas le lien entre immigration et délinquance. Mais il serait idiot de ne pas dire qu’il y a une part importante de la délinquance qui vient des personnes immigrées ». Oui, le discours de Gérald Darmanin dans le JDD a de quoi troubler. À l’encontre des lois les plus élémentaires de la logique, le ministre de l’Intérieur cherche désespérément une ligne « centriste » sur la question migratoire.

Un bilan franchement mauvais à défendre

Si 75% des Français considèrent que le bilan de Gérald Darmanin en matière d’insécurité est mauvais, c’est peut-être qu’il y a une raison. À moins qu’Eric Dupont-Moretti, toujours prêt à défendre son collègue, nous reparle de « sentiment d’insécurité », il serait peut-être utile de lui opposer des chiffres.
Parlons peu, parlons immigration. Si Gérald Darmanin est si habile, si « ferme », comment explique-t-il que sous sa direction, le taux d’OQTF exécutées soit plus faible que sous le mandat de François Hollande ? De 13,5% en 2017, on chute d’année en année à 12,4%, 12%, 6,9%, puis 5,6% en 2021 ! Certes, la crise du Covid-19 n’y est pas pour rien, mais enfin, on est bien loin des objectifs ! En 2019, dans un entretien accordé à Valeurs Actuelles, le Président de la République affirmait vouloir exécuter 100% des OQTF prononcées. Aujourd’hui, où en est-on ? Cela dépend des médias : au Figaro le 3 août, Gérald Darmanin annonce que 30% d’entre elles ont été exécutées depuis la fin de la crise Covid contre environ 7% à RTL le 26 juillet, sur le premier semestre 2022. Le premier chiffre a l’air pour le moins optimiste, nous tablerons sur une erreur journalistique du Figaro.
Sur le même sujet, on retrouve d’autres chiffres fort confus. « Plus de 700 étrangers soupçonnés de radicalisation ont été expulsés ces derniers mois » annonce le ministre dans le JDD. Or, selon l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste cité par Le Figaro, seuls 77 étrangers ont été expulsés durant le premier semestre 2022 « pour prévention de la radicalisation à caractère terroriste ». Qui croire alors ?

Résoudre la dissonance cognitive

Gérald Darmanin le reconnaît lui-même : « Aujourd’hui, les étrangers représentent 7,4 % de la population française et commettent 19 % des actes de délinquance. Refuser de le voir, ce serait nier le réel » (le JDD). D’ailleurs, à Paris, ils représentent même 48% des actes de délinquance, 55% à Marseille et 39% à Lyon. « Il est évident que nous avons un problème de délinquance étrangère » ajoute-t-il ! Un problème de délinquance étrangère, mais pas de lien entre immigration et délinquance donc. Comment se sortir de ce pétrin ? Par une pirouette évidemment : « la très grande majorité des personnes immigrées apporte beaucoup à notre pays ». Mais, même en admettant que cela soit vrai -ce dont nous doutons fort- le lien, Darmanin le fait lui-même ! Dès lors qu’il y a une corrélation entre étrangers et taux de criminalité, il y a un lien entre délinquance et immigration ! Cela n’empêche d’ailleurs pas la seconde proposition d’être vraie !
Mais appuyons un peu là où ça fait mal. Pour 3,3% de la population en France ayant une nationalité d’un pays africain (Maghreb compris), nous avons : près de 15% des détenus, 10% des homicides, 29% des vols violents sans arme, 22% des cambriolages, 8% des violences sexuelles, 11,1% du trafic de stupéfiants et 10% des coups et blessures volontaires. D’où viennent ces chiffres ? Du ministère de l’Intérieur !

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