Ukraine : qui ment, et pourquoi ?

Qualifiée de « propagandiste de Poutine » par The Times, flétrie dans Le Point pour son « consentement au pire », Amnesty International file un mauvais coton politique. Une première pour cette organisation portée aux nues depuis sa création en 1961 par l’avocat britannique Peter Solomon dit Benenson et dont les premières cibles furent le Portugal du président Salazar et l’Algérie Française. Son crime ? Avoir, dans un rapport publié le 4 août, mis en cause les méthodes de la présidence et du commandement ukrainiens, par définition intouchables alors qu’ils sont loin d’être exemplaires. Ce qui ne les empêchera pas de recevoir une aide supplémentaire de 1,5 milliard d’euros à des fins militaires, comme l’a annoncé le 11 août le ministre danois de la Défense à l’issue de la Conférence des donateurs qui se tenait à Copenhague.
Une tribune signée Camille Galic.

Amnesty au pilori

Dans ce rapport explosif, Amnesty démontre en effet, exemples à l’appui, que les forces de Kiev mettent en danger leurs concitoyens en « établissant des bases et en utilisant des systèmes d’armement dans des zones résidentielles habitées, notamment des écoles et des hôpitaux ». Plus grave, elles lancent à dessein des attaques depuis des zones civiles habitées, sans « prendre toutes les précautions possibles pour protéger la population », qui se retrouve ainsi en butte aux représailles russes. Autant de « tactiques de combat [qui] violent le droit international humanitaire et mettent gravement en danger la population civile, car elles transforment des biens de caractère civil en cibles militaires », regrette Amnesty qui a donc aussitôt été accusée par Volodymyr Zelensky de reprendre les allégations de Poutine sur l’utilisation par Kiev de civils innocents comme boucliers humains et, par-là, de « tenter d’amnistier l’État terroriste russe ». Reproche repris par Dmytro Kouleba, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, qui a stigmatisé « ce faux équilibre entre l’oppresseur et la victime, entre le pays qui détruit des centaines et des milliers de civils, de villes, de territoires, et le pays qui se défend désespérément ».

Ainsi mise au pilori de la Conscience universelle, Amnesty International a dit comprendre « le désarroi et la colère » suscités par son rapport mais précisé en « maintenir pleinement » la teneur, « fondée sur des preuves obtenues lors d’investigations de grande ampleur soumises à des normes rigoureuses ». « Le fait de se trouver dans une position de défense ne dispense pas l’armée ukrainienne de respecter le droit international humanitaire », a déclaré sa secrétaire générale Agnès Callamard en rappelant que sa priorité, « dans ce conflit comme dans tout autre, est de veiller à ce que les civils soient protégés ». Ce qui n’aurait été le cas ni à Boutcha, ni à Marioupol ni à Kherson, « villes martyres » mises en avant par Zelensky.

Si Amnesty répercute la propagande russe, faut-il croire la propagande ukrainienne ? Selon Kiev, la Russie aurait déploré 42 200 morts et jusqu’à 117 000 blessés depuis le début l’invasion de sa voisine le 24 février, alors que l’Ukraine n’aurait quant à elle perdu que 10 000 combattants, 30 000 autres étant blessés — ponctions effroyables pour des pays où sévit la « peste blanche » de la dénatalité et de nature à réjouir tous les ennemis du monde blanc, forts de leur démographie exponentielle. Toutefois, les chiffres ne sont-ils pas démesurément accrus pour un camp et minimisés pour l’autre ? Car, héritage de neuf décennies de cohabitation, l’intox, domaine dans lequel l’URSS était (et reste) maître, est aussi communément pratiquée par l’Ukraine. Laquelle, si elle était en panne de fake news, peut également compter sur « la désinformation pratiquée par le temple atlantiste » dont, estime le gaulliste Henri Guaino, « le jeu dangereux pourrait nous faire basculer dans un conflit généralisé ».

Le doute subsiste ainsi sur le bombardement ayant fait le 29 juillet 53 morts dans la prison de Yelenovka (République de Donetsk) où les Russes détiennent de nombreux prisonniers de guerre ukrainiens, y compris des combattants du bataillon Azov qui s’étaient retranchés à Azovstal. Quel intérêt les Russes auraient-ils eu à perpétrer cette frappe, dont les Ukrainiens, suivis par tous les media occidentaux malgré le démenti formel apporté par Moscou, leur imputent l’entière responsabilité ? Et pourquoi bombarderaient-ils la centrale nucléaire de Zaporijjia dont ils s’étaient emparés d’amblée, alors que Kiev les accuse de vouloir relier cette centrale à la Crimée ?

Le « grenier à blé » bradé aux multinationales US…

Même flou sur la destination des cargos de céréales ukrainiennes à destination des masses affamées d’Afrique et dont le départ avait été négocié entre Kiev et Moscou sous la houlette du Turc Erdogan — auquel la crise actuelle a donné une stature et une influence auxquelles il n’aurait jamais rêvé d’accéder. Premier à quitter Odessa le 1er août, avec 26.000 tonnes de maïs à son bord, le Razoni devait accoster le 5 août au Liban. Mais il est retenu dans le port turc de Merzin, sur l’Egée, et sa cargaison pourrait échoir à un acquéreur turc. Huit autres bateaux ont quitté les ports ukrainiens, l’un voguant également vers la Turquie et les autres vers la Chine, l’Italie, la Croatie, la Grande-Bretagne et l’Irlande. Quid des Africains pour lesquels Zelensky réclamait justice, et pitance ?

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