Folies fiscalistes, par Jean-Gilles Malliarakis

On a commencé ce 18 juillet à l’Assemblée nationale un débat sur le projet de loi gouvernemental supposé compenser, par 20 milliards d’aides ciblées, les pertes de « pouvoir d’achat » résultant de la hausse des prix. Les travaux parlementaires seront une fois de plus perturbés par l’avalanche des quelque 1 100 amendements déposés en 48 heures.

Dans la pratique cependant, il est à peu près clair que personne n’ose envisager vraiment de remettre en cause ni la revalorisation à hauteur de 4 % des retraites et des minima sociaux ou celle de 3,5 % sur les aides au logement, quand les chiffrages officiels reconnaissent une dérive des prix d’au moins 5 %, ni même le triplement de la fameuse « prime Macron ». En revanche, un autre débat suivra, qui le conditionne, autour du budget rectificatif supposé « financer » toutes ces générosités compensatrices. Or, l’article 40 de la constitution interdit en principe, aux députés, toute proposition de dépense nouvelle qui ne serait pas couverte par une recette correspondante : sur ce principe, le gouvernement s’assoit en général allègrement puisque depuis quelque 50 ans aucune loi de finances n’est équilibrée en France.

Car dans le même temps, la coupure de la ristourne de 18 centimes sur le carburant en octobre, la fin du bouclier tarifaire à l’horizon 2023 illustrent le passage systématique à ce que le gouvernement évoque désormais comme des « aides ciblées » en réponse à la flambée des prix de l’énergie et la baisse du pouvoir d’achat.

Ceci veut dire que, sous prétexte de venir en aide à 8 millions d’habitants de l’Hexagone, on s’apprête une fois de plus à faire payer les classes moyennes, cet ensemble de catégories les plus diverses englobant les 2/3 des Français.

À cet égard Véronique Louwagie, députée de l’Orne, hélas peu connue du grand public, interrogée par Louis de La Houplière ce 13 juillet dans Valeurs Actuelles, répondait à la question fondamentale : « Bruno Le Maire a confirmé une politique d’aides ciblées à partir de janvier 2023, le gouvernement verserait alors une aide économique en fonction du revenu des ménages. Est-ce judicieux ? »

Face aux absurdités du pouvoir technocratique si bien représenté par Bruno Le Maire, – toujours si péremptoire – elle dénonce notamment le phénomène bien connu de l’impôt cumulatif sur l’impôt la TVA qui s’applique sur toutes les taxes parafiscales qui existent au niveau de l’électricité, du carburant et du gaz. Elle affirme par conséquent : « la seule réponse durable que nous proposons c’est d’aller vers des diminutions de taxes de manière générale ».

Une voix et un discours que l’on n’entend pas assez. Dans notre pays l’augmentation du pouvoir d’achat, qui suppose une augmentation de la productivité, passe d’abord par une réduction des prélèvements obligatoires. Et par conséquent une réduction des dépenses démagogiques.

On ne s’étonnera pas qu’opposé à cette doctrine de bon, faux-économiste « à la française », en tête des manipulateurs des statistiques se retrouve un Piketty. Dans un nouveau livre à la gloire de l’Égalité il répartit nos compatriotes en trois catégories : une moitié théorique des 50 % de « pauvres », une minorité de 10 % de « riches », les « classes moyennes » étant ramenées à 40 %. Un tel découpage, totalement arbitraire, ne repose sur rien, dans un pays par exemple, où 60 % des citoyens sont propriétaires de leur logement. Mais il a une fonction politique et psychologique : celle de justifier les hausses d’impôts, sachant que, depuis Hollande, 57 % des électeurs ne payent pas l’impôt sur le revenu mais sont supposés décider de son montant.

La réalité finale fait qu’en dehors même de cet impôt sur le revenu, tout le monde en France paye trop d’impôts, sous des formes diverses. La matière la plus imposée est finalement le travail, du fait de la sécurité sociale monopoliste dont le budget dépasse, depuis la réforme constitutionnelle Juppé-Chirac de 1996, celui de l’État.

Depuis 10 ans maintenant j’ai proposé qu’un débat se déroule effectivement, franchement et pourquoi pas courtoisement, entre le livre rouge de Piketty, qui se conclut par « place au débat », et s’intitule « pour une révolution fiscale ». Ma modeste réponse prit la forme d’un petit livre bleu « pour une libération fiscale ».

Je présumais, certes, que cet auteur à succès, enfermé dans les certitudes du sectarisme de gauche ne répondrait pas au modeste exercice de style d’un adversaire de droite.

Le glorieux Piketty a, depuis, publié un autre livre, pratiquant l’intimidation par le nombre de ses 970 pages, « le Capital au XXIe siècle » dont l’ambition est annoncée dans le titre lui-même… reprendre le « chef-d’œuvre », Das Kapital, que Marx lui-même a mis 30 ans à ne pas écrire et que son ami Engels achèvera artificiellement après sa mort

Son livre est tellement gros que, commercialisé à des dizaines de milliers d’exemplaires, aucun insomniaque ne peut prétendre l’avoir lu jusqu’au bout. Quelques économistes américains se sont employés courageusement à en relever toutes les impostures méthodiques, peine perdue.

Ses oracles continuent d’inspirer hélas dans notre pays les délires fiscalistes qui le ruinent.

Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent