« Vulcain » s’accroche à son monde irréel, par Ivan Rioufol

Emmanuel Macron se prend donc pour Vulcain, dieu du feu et de la forge, à défaut d’avoir su être Jupiter. Lui-même a suggéré ce parallèle lors de son entretien télévisé du 14 juillet. Les journaux, ce vendredi, ne s’attardent pas sur cette nouvelle poussée de fièvre du Narcisse ; elle aurait pourtant fait hurler de rire la cour médiatique, si cette outrance était venue de Donald Trump ou de Vladimir Poutine. Cette comparaison épique dit beaucoup, pourtant, du monde irréel dans lequel évolue le chef de l’Etat. Il demeure plus que jamais éloigné des faits et des gens. Le récit présidentiel n’a le plus souvent rien à voir avec les réalités. Son narratif a même pris les caractéristiques du « Contrôle de la Réalité » : ce mécanisme totalitaire décrit par George Orwell, dans 1984, permet à la novlangue d’imposer la « double pensée » de Big Brother, qui n’est pas sans rappeler le « en même temps » de notre Vulcain.

Cette double pensée permet, « en pleine conscience et avec une absolue bonne foi (d’) émettre des mensonges soigneusement agencés ». Dans le roman, par exemple, la propagande annonce une brillante victoire militaire contre l’armée eurasienne, immédiatement suivie de la décision de réduire la ration de chocolat de trente à vingt grammes. Hier, Macron assuré, parlant des forces ukrainiennes, que « l’armée repousse l’assaillant », avant de reconnaître que les Français allaient devoir subir très rapidement des réductions importantes dans leur consommation de gaz et d’électricité.

La confusion ressort du discours de Macron. Le 16 mars 2020 le chef de l’Etat avait répété six fois : « Nous sommes en guerre », en parlant du Covid. Cette fois, il a assuré, à propos du conflit en Ukraine : « Nous ne sommes pas partie prenante ». Le président a néanmoins admis que la France allait connaître « une économie de guerre », afin d’accentuer ses aides militaires à l’Ukraine. « Nous allons produire plus vite et plus fort », a-t-il notamment annoncé, tout en assurant en substance : « Nous voulons stopper cette guerre sans faire la guerre ». Que comprendre de cet illogisme sinon que Macron, au nom de la France, est entré sans débats dans un conflit qui pourrait devenir mondial. C’est d’ailleurs pour cette raison que Poutine a décidé de répliquer aux sanctions européennes en coupant le gaz.

« La Russie veut utiliser le gaz comme instrument de cette guerre », a reproché Macron en dénonçant une « guerre hybride ». Reste qu’une fois de plus les Français, à peine sortis de l’hystérie hygiéniste de l’Etat-Nounou, doivent s’attendre à être une nouvelle fois maltraités, au nom de la crise énergétique. Après le passe vaccinal, il ne serait d’ailleurs pas surprenant de voir apparaître, en tout cas pour les entreprises sommées de faire des économies, un passe énergétique. Macron promet de faire de la guerre en Ukraine une opportunité pour « aller beaucoup plus vite sur le climat ». Mais Vulcain se rend-il compte que son trône est posé sur un volcan ?

Ivan Rioufol

Texte daté du 20 juin 2022 et repris du blog d’Ivan Rioufol